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Nouvel Ouest : Hervé Louboutin pourrait-il passer la main ?

29 octobre 2017

Temps de lecture : 3 minutes

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Nouvel Ouest : Hervé Louboutin pourrait-il passer la main ?

Nouvel Ouest : Hervé Louboutin pourrait-il passer la main ?

C’est une petite brève dans la lettre confidentielle Presse News mais elle fait beaucoup de bruit dans le landerneau nantais. Selon la lettre, Hervé Louboutin, ancien rédac-chef de Presse-Océan (1986–1997) et créateur du mensuel économique Nouvel Ouest, pourrait passer la main d’ici 2019. Ce serait alors l’un des seuls indépendants dans la presse nantaise qui s’en irait.

Hors du groupe Ouest-France, du groupe du Télé­gramme et des télés ou radios locales sub­ven­tion­nées par les col­lec­tiv­ités (Télé­nantes, Tébéo, Cit­i­zen Nantes, Canal B à Rennes, Prun’ à Nantes…) il n’y a que très peu d’indépen­dants dans l’in­for­ma­tion générale bre­tonne. Citons tout de même Les infos du pays gal­lo dans le nord du Mor­bi­han, Châteaubri­ant Actu­al­ités, Medi­aweb à Saint-Nazaire, Breizh Info – de loin le plus gros sur le web – ou encore l’ancêtre glo­rieux mais néan­moins un peu désaf­fec­té, l’Agence Bre­tagne Presse. On peut encore y ajouter les sites locaux de la nébuleuse d’ex­trême-gauche, à savoir Indy­media Nantes, Brest médias libres ou Expansive.info à Rennes.

Sur sup­port papi­er, il y en a encore moins : Le Nou­v­el Ouest qui se spé­cialise dans l’é­conomie, et L’E­cho d’Ance­nis et du Vig­no­ble – qui avait d’ailleurs été sauvé et géré de 1998 à 2002 par Hervé Louboutin ; il titre à 5400 exem­plaires tous les jeud­is. Ain­si que Le Peu­ple bre­ton, tombé à moins de 4000 exem­plaires et organe de l’UDB, une qua­si-fil­iale du PS à la mode bre­tonne. Enfin, il y a La Let­tre à Lulu, de paru­tion irrégulière et proche de la gauche lib­er­taire, éditée à 3300 exemplaires.

Selon nos infor­ma­tions, Presse News n’a pas tout à fait rai­son… sans avoir tort. Hervé Louboutin, majori­taire au cap­i­tal (55%) envis­age en effet de se trou­ver un suc­cesseur d’i­ci deux ans, mais n’en­vis­age pas de par­tir ou d’ar­rêter s’il ne trou­ve pas une voca­tion. L’indépen­dance, c’est une grande lib­erté, mais elle a aus­si un prix : main­tenir un média, même dans une niche solide (l’é­conomie), dans un secteur en crise et écrasé par le groupe Ouest-France, est en effet une entre­prise dif­fi­cile qui n’est pas à la portée de chacun.

Né d’un père noir­moutrin et d’une mère bre­tonne de Locro­nan, Hervé Louboutin est tout sauf un incon­nu dans la presse locale. Il s’est lancé dans Presse-Océan en 1974 alors qu’il était à la fac de droit – à l’époque, le suc­cesseur du Phare de la Loire était tou­jours le grand jour­nal des nan­tais, alors qu’il est main­tenant une fil­iale d’Ouest-France, moins impor­tant en Loire-Atlan­tique que ne l’est le Cour­ri­er de l’Ouest dans le Maine-et-Loire. En 1976 il part dans l’édi­tion vendéenne de Presse-Océan, cofonde le Puy-du-Fou avec de Vil­liers – il y fera 400 représen­ta­tions à cheval – et la radio Alou­ette en 1981. Ren­tré à Nantes en 1986, il est rédac­teur-chef de Presse-Océan.

Il s’op­pose frontale­ment au rachat de son jour­nal par Ouest-France et finit par le quit­ter, nan­ti d’une con­fort­able indem­nité de licen­ciement qui lui per­met de lancer le Nou­v­el Ouest. Ce dernier, dif­fusé dans une zone allant de la Basse-Nor­mandie au Poitou, compte à ses débuts huit jour­nal­istes per­ma­nents, qua­tre aujourd’hui. Mais tient tou­jours. Même s’il a revu à la baisse ses objec­tifs : en 1998 il annonçait 25 000 exem­plaires et 5000 dis­trib­u­teurs, pour une moyenne réelle de vente de 1631 exem­plaires – de 586 à 4609 selon les édi­tions, se gaus­sait alors la Let­tre à Lulu.

De gros cap­i­taux ont com­plété ses apports, lis­tait Libéra­tion en 1997 : « les Bre­tons Patrick Le Lay et François Pin­ault qui vont côtoy­er des sociétés vendéennes et nan­tais­es, les bateaux Bénéteau, les agen­das Quo Vadis, le trans­porteur Joy­au, les vête­ments New Man, et une banque, le Crédit indus­triel de l’Ouest (CIO, du groupe CIC) ». En 2000, le rap­proche­ment entre l’Heb­do de Nantes (groupe le Télé­gramme) et le Nou­v­el Ouest échoue cepen­dant, du fait de l’op­po­si­tion de la rédac­tion du pre­mier jour­nal. En 2008 le groupe immo­bili­er de Michel Lelièvre, du Mans, avait pris 25% du jour­nal, qui a survécu aus­si à une procé­dure de sauve­g­arde (2009–2011).

Les détracteurs d’Hervé Louboutin – dont le jour­nal­iste nan­tais Nico­las de la Casinière, mar­qué à gauche (il ani­me la let­tre à Lulu) et à l’époque cor­re­spon­dant local de Libéra­tion, affir­ment qu’il a été boulé de Presse-Océan après un édi­to­r­i­al qui a pris la défense de Mau­rice Papon le 24 jan­vi­er 1997 et qui a fait débat ; Hervé Louboutin y affir­mait seule­ment, cepen­dant, que Papon était un lamp­iste et qu’il était dif­fi­cile de le juger des décen­nies après les faits, encore plus d’en faire un sym­bole. L’édi­to­r­i­al avait fait scan­dale à gauche, mais Presse-Océan avait soutenu Hervé Louboutin.

Rebelle dans la presse locale et catholique dans un milieu jour­nal­is­tique encore dom­iné par l’op­pres­sion morale de la gauche mon­di­al­iste, ancré dans les sujets économiques alors que nom­bre de jour­naux ont fait des faits-divers une rente de sit­u­a­tion, financé par le privé alors que la qua­si-total­ité du secteur vit des aides publiques et des monopoles de fait tels que les annonces légales, Hervé Louboutin a don­né au Nou­v­el Ouest une stature très par­ti­c­ulière dans la presse bre­tonne. C’est aus­si le dernier avatar des ambi­tions des milieux économiques nan­tais (et vendéens) dans la presse, alors que les col­lec­tiv­ités locales (de gauche) et le ren­nais Ouest-France ont presque tout lam­iné. Nul doute que, quelle que soit l’is­sue, sa suc­ces­sion sera très suiv­ie localement.

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