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Étrangers mineurs : des enfants à prendre en charge pour les médias de grand chemin

9 avril 2019

Temps de lecture : 7 minutes
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Étrangers mineurs : des enfants à prendre en charge pour les médias de grand chemin

9 avril 2019

Temps de lecture : 7 minutes

Depuis quelques années, plusieurs médias font le constat que « la France (est) débordée par l’explosion du nombre de mineurs isolés étrangers » arrivant dans le pays. Ces jeunes, majoritairement originaires de pays d’Afrique subsaharienne, étaient selon l’Assemblée des départements de France 40 000 fin 2018. Cet afflux migratoire est surtout présenté dans nombre de médias comme un problème de prise en charge d’enfants isolés. Alors que quelques élus locaux font de la résistance passive face à ce détournement de l’aide sociale à l’enfance, des sites d’informations subventionnés par l’État donnent de précieux renseignements aux migrants, entraînant (volontairement ?) la pompe aspirante.

Des enfants à prendre en charge

Plusieurs jour­naux et sites d’informations relaient l’afflux de jeunes étrangers en France et leur prise en charge. Par­mi ceux-ci, L’Humanité et La Provence présen­tent le 1er avril (ce ne sont pas des pois­sons du jour) une « bâtisse » du diocèse de Mar­seille trans­for­mée en cen­tre d’accueil pour jeunes migrants. 150 jeunes y ont déjà trou­vé refuge. Le Parisien nous informe, le 4 avril, que « 174 mineurs isolés obti­en­nent une mise à l’abri à Mar­seille ». Le quo­ti­di­en nous apprend incidem­ment que le cen­tre d’ac­cueil du diocèse était, en fait, un squat. Son occu­pa­tion illé­gale par de jeunes étrangers, dont l’âge n’a pas encore été éval­ué pour cer­tains, se ter­mine donc par leur héberge­ment à l’hôtel.

Ouest-France nous informe le 6 mars que « 40 migrants mineurs seront accueil­lis dans l’Orne », dans un cen­tre à Per­rou. « 20 emplois » sont créés pour l’occasion et un « accom­pa­g­ne­ment pluridis­ci­plinaire » est mis en place, selon le quo­ti­di­en région­al. 20 Minutes relate l’expérience d’Ariane, qui accueille un jeune étranger chez elle : « c’est une belle aven­ture humaine ». Les appels à accueil­lir chez soi des jeunes migrants sont relayés par La Croix, La Nou­velle République, etc.

Médiac­ités Lyon souligne, le 13 mars, l’engorgement des struc­tures d’accueil dans l’agglomération lyon­naise. La radio France Bleu Vienne se veut ras­sur­ante le 9 jan­vi­er : « ça s’arrange pour l’accueil des mineurs non accom­pa­g­nés dans le Poitou ». On apprend que dans le départe­ment, « 70% des jeunes se présen­tant comme mineurs sont en fait majeurs ». Le Parisien évoque le 21 jan­vi­er l’afflux de jeunes étrangers dans les Yve­lines et les Hauts de Seine. Le 18 mars, le site Info­Tours fait état de « l’affluence des mineurs étrangers » dans l’agglomération de Tours et des actions mil­i­tantes des asso­ci­a­tions les défendant.

Les jeunes étrangers arrivant en France sont essen­tielle­ment présen­tés comme des vic­times et par­fois comme des exemples.

Le site d’information des­tiné aux « acteurs san­i­taires et médi­co soci­aux » Santésocial.fr titre un arti­cle sur les jeunes migrants qui sont « des enfants avant tout ». Même tonal­ité sur les ondes publiques : pour France Info le 28 mars, bien que « ces dernières années, les mineurs isolés arrivent plus nom­breux en Europe, c’est la dou­ble peine ». La dou­ble peine, c’est pour France Info l’évaluation de l’âge des jeunes par les ser­vices soci­aux, afin de véri­fi­er s’ils sont mineurs et peu­vent pré­ten­dre à l’aide sociale à l’enfance. L’autre peine, c’est quand le jeune devient majeur. Il doit fournir des papiers d’identité pour con­tin­uer à être pris en charge. On aura com­pris que ces démarch­es sont insup­port­a­bles pour la radio publique qui est sur la même posi­tion que les asso­ci­a­tions de défense des migrants.

France cul­ture reprend la qual­i­fi­ca­tion de « dou­ble peine » au sujet d’un « mineur et migrant ». Celui-ci a saisi la Cour européenne des droits de l’homme qui a con­damné la France à le pren­dre en charge.

Alors que Le Monde évoque le 28 févri­er le « par­cours du com­bat­tant de trois mineurs isolés étrangers » au Havre, on apprend au cours de la lec­ture de l’article…qu’ils sont pour­suiv­is pour escro­querie pour avoir demandé des visas sous une fausse identité.

Les médias dressent égale­ment des por­traits qui don­nent une image pos­i­tive l’immigration. Par exem­ple, Le Berry répub­li­cain présente Djakiss et Stéphane, deux migrants mineurs qui ont des pro­jets pro­fes­sion­nels. Le Répub­li­cain Lor­rain fait état le 16 mars de l’initiative de pro­fesseurs qui présen­tent à leurs élèves l’accueil des migrants mineurs.

Les actions juridiques

Les médias ont ample­ment cou­vert depuis le début de l’année les actions des asso­ci­a­tions de défense des migrants visant à annuler les rares mesures des­tinées à lim­iter le détourne­ment de l’aide sociale à l’enfance.

Depuis le début de l’année 2019, un fichi­er nation­al des éval­u­a­tions de l’âge des jeunes est en « expéri­men­ta­tion » dans cer­tains départe­ments. Son objec­tif est d’éviter qu’un jeune fasse éval­uer son âge dans dif­férents départe­ments jusqu’à se faire recon­naitre mineur. Selon le Figaro du 28 févri­er, une ving­taine d’as­so­ci­a­tions ont saisi récem­ment le Con­seil d’É­tat afin de faire annuler le « fichi­er con­tro­ver­sé des mineurs isolés ». Le Monde nous apprend que cer­tains départe­ments ont déjà annon­cé qu’ils ne l’utiliseraient pas.

En mars, le Con­seil con­sti­tu­tion­nel a eu, à l’initiative d’un jeune guinéen et d’associations, à se pronon­cer sur la légal­ité des tests osseux, pour déter­min­er l’âge des jeunes. Le Monde, l’Humanité, Libéra­tion, l’Express, RFI, etc. relaient ample­ment les cri­tiques con­tre ces tests. LCI nous informe le 21 mars que ces tests sont « validés ».

Locale­ment, des asso­ci­a­tions assig­nent fréquem­ment les Con­seils généraux en jus­tice afin d’obtenir une prise en charge rapi­de des jeunes étrangers. C’est le cas dans les Hauts de Seine selon Le Parisien le 29 mars. Le Prési­dent du Con­seil général indique cepen­dant au jour­nal­iste que les jeunes en ques­tion « sont majeurs ». L’Humanité fait état de l’astreinte payée par le Con­seil général des Bouch­es du Rhône, au motif que la col­lec­tiv­ité ne respecte pas « son oblig­a­tion de loger tous les mineurs isolés ».

Les associations veillent

Les médias relaient plusieurs ini­tia­tives d’associations d’aide aux migrants visant à défendre, voire éten­dre leurs droits. France Info fait état de la créa­tion d’un « pôle » d’avocats à Bor­deaux qui a pour objec­tif « de faire en sorte que ces mineurs étrangers soient pris en charge par l’Aide Sociale à l’En­fance (ASE) ». Le site Info migrants, cofi­nancé par l’Union européenne et France Médias Monde (une société publique de pro­gramme) présente aux aspi­rants migrants « tout ce qu’il faut savoir sur votre prise en charge à votre arrivée en France » : adresse des ser­vices chargés de recon­naitre l’âge des jeunes, con­seils juridiques, etc. Il est claire­ment indiqué qu’un jeune mineur est inex­pulsable. Des infor­ma­tions pré­cieuses, comme celles col­lec­tées égale­ment sur le site Infomie.net, un « site ressources sur les mineurs isolés étrangers », qui a comme parte­naires financiers le Min­istère de l’intérieur, le Min­istère des affaires sociales, la Région Ile de France, etc. Le site Info droit étrangers, sub­ven­tion­né par le Min­istère de l’intérieur et la CAF de l’Isère, est égale­ment très pro­lixe en la matière.

Les mineurs étrangers délinquants

Plusieurs arti­cles font état d’une aug­men­ta­tion de la délin­quance dont sont respon­s­ables des jeunes étrangers. Aujourd’hui en France nous informe le 1er avril d’une « hausse de plus de 33 % des vols à la tire sur les voies des métros, RER et Tran­silien ». « 56 % des inter­pel­lés sont mineurs ». « Les suites judi­ci­aires sont lim­itées du fait de l’âge des per­son­nes inter­pel­lées. Les recon­duites à la fron­tière ne peu­vent pas non plus s’effectuer. Les voleurs sont en majorité d’origine étrangère, à 90  % d’Europe de l’Est ou d’Afrique du Nord ». Selon Le Parisien le 24 mars, « les mineurs isolés délin­quants frap­pent en ban­lieue ». L’article présente ce phénomène en pleine expan­sion. De véri­ta­bles fil­ières organ­is­eraient cam­bri­o­lages de maisons et vols dans les trans­ports en com­mun, com­mis sou­vent par des « mineurs maro­cains ou algériens ».

Une délin­quance qui touche aus­si Mar­seille, dont la Provence nous donne un exem­ple le 3 avril, Mont­pel­li­er selon Mét­ro­pol­i­tain, Rennes, Nantes, etc. En jan­vi­er, ce sont trois mineurs non accom­pa­g­nés de 16 ans qui selon Sud Ouest ont agressé à Méri­gnac une nonagé­naire. Libéra­tion con­sacre le 1er avril un arti­cle à la sur­pop­u­la­tion car­cérale. « Le nom­bre de mineurs incar­cérés n’a jamais été aus­si impor­tant (…). Par­mi eux, la sit­u­a­tion des mineurs étrangers non accom­pa­g­nés, qui explique en grande par­tie cette crois­sance ».

Le coût de la prise en charge

Les dépens­es crois­santes engen­drées par la prise en charge des jeunes étrangers ne sem­blent pas le sujet pri­or­i­taire. On apprend par La Dépêche que des départe­ments sig­nent des pro­to­coles avec l’État pour assur­er une meilleure prise en charge des jeunes, dont le coût est estimé à « 50 000 euros par an et par jeune ». Libéra­tion nous informe fin 2018 que l’Assemblée des départe­ments de France « éval­ue à près de 2 mil­liards d’euros le coût (de cette prise en charge NDLR) pour les départe­ments cette année ». Dans un silence médi­a­tique général, le site Infomie fait état d’une propo­si­tion de loi de par­lemen­taires de l’opposition déposée le 20 févri­er visant à faire pren­dre en charge finan­cière­ment par l’État les mineurs étrangers non accom­pa­g­nés con­fiés par déci­sion de jus­tice. Par­tant du con­stat que « les jeunes de ces familles sont déposés par les passeurs exacte­ment devant les ser­vices de l’aide à l’enfance juste avant leur ouver­ture », la propo­si­tion de loi prévoit égale­ment de ne plus délivr­er automa­tique­ment de carte de séjour au jeune qui devient majeur.

La résistance passive d’élus locaux

En dehors de la propo­si­tion de loi présen­tée précédem­ment, l’opposition de cer­tains élus à ces arrivées subies est plutôt « pas­sive ». France Bleu nous apprend le 26 mars qu’à Sainte Agnès (Alpes mar­itimes), le maire con­teste un pro­jet de cen­tre d’accueil de migrants mineurs. Ouest France fait état du non-respect par le Con­seil départe­men­tal de Maine et Loire d’une mesure ordon­née par la Cour européenne des droits de l’homme con­cer­nant une jeune camer­ounaise de 16 ans. En Seine mar­itime, selon Actu.fr, « sur les dernières éval­u­a­tions réal­isées, les trois-quarts des per­son­nes sont déclarées majeures », souligne le Départe­ment pour expli­quer la non prise en charge de ces migrants « en attente ».

Les dif­férents arti­cles et reportages cités ont en com­mun de présen­ter les jeunes étrangers comme des enfants qu’il faut avant tout « met­tre à l’abri ». Ils passent sous silence plusieurs aspects de ce phénomène :

- comme souligné dans un récent arti­cle sur le site Polemia, l’aide sociale à l’enfance a été créée ini­tiale­ment pour pren­dre en charge les orphe­lins et les enfants en dan­ger et non les migrants d’Afrique. Pas une seule fois le détourne­ment de ce dis­posi­tif n’est évoqué.

- la « souten­abil­ité » de la prise en charge de jeunes étrangers, de plus en plus nom­breux chaque année, est passée sous silence. Ceci alors que, comme le souligne l’ADF, le coût est de 50 000 euros par jeune annuelle­ment. Le bud­get de l’immigration serait donc le seul à échap­per aux con­traintes budgé­taires et béné­ficierait d’un droit de tirage illimité.

- aucune mise en per­spec­tive de ce phénomène n’est faite, en par­ti­c­uli­er par rap­port à la déshérence d’une par­tie impor­tante des jeunes en France. Ain­si, selon l’OCDE, près de 3 mil­lions de jeunes ne sont ni en enseigne­ment, ni en for­ma­tion, ni en emploi.

- aucun arti­cle n’envisage que des jeunes africains puis­sent avoir une stratégie et, comme le dis­ait la démo­graphe Michèle Trib­al­at au Figaro, vien­nent en éclaireur, afin d’organiser au moment de la majorité le regroupe­ment famil­ial en France et béné­fi­cient de son généreux sys­tème social.

- tant de nom­breux médias que des asso­ci­a­tions sub­ven­tion­nées par de l’argent pub­lic présen­tent favor­able­ment le détourne­ment de l’aide sociale à l’enfance de son objet ini­tial. Ce qui pour­rait accréditer l’idée que nous sommes face à une poli­tique délibérée de peu­ple­ment. Dans l’intérêt de qui ?

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