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Élections en Italie : les médias pompiers veulent-ils éteindre le feu ?

7 août 2018

Temps de lecture : 3 minutes
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Élections en Italie : les médias pompiers veulent-ils éteindre le feu ?

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 12 mars 2018

L’analyse des résultats d’une élection est un exercice difficile. À l’occasion des élections législatives qui ont eu lieu le 4 mars en Italie et de la progression de partis dits « populistes », nombre de médias ont trouvé une explication rapide. Ils utilisent des éléments de langage, dont on ne sait plus qui les a introduits ni pourquoi on les répète ad nauseam. Ils présentent l’avantage de ne pas remettre en cause les schémas existants alors que de nombreux électeurs italiens ont voulu renverser la table. Illustration.

Les résultats

Comme le souligne la chaîne Euronews, « le par­ti pop­uliste Mou­ve­ment 5 Étoiles est au fir­ma­ment à l’is­sue des lég­isla­tives ital­i­ennes. La coali­tion entre la droite de Berlus­coni et l’ex­trême droite de Salvi­ni est en pole posi­tion ».

Les positions sur l’immigration des partis en tête aux élections législatives

Le mou­ve­ment 5 Étoiles veut selon Nice Matin « sign­er plusieurs traités inter­na­tionaux. Le but : rap­a­tri­er les migrants, qui sont en sit­u­a­tion irrégulière en Ital­ie, vers leur pays d’o­rig­ine ». La Croix indique qu’il se fixe « un objec­tif « zéro débarquement ».

Quant à la Ligue, son leader, Mat­teo Salvi­ni, « s’en­gage à expulser 500 000 migrants clan­des­tins s’il accède au pou­voir », peut-on lire sur RT Actu. On ne peut être plus clair.

Pour­tant, sur le thème de l’immigration, l’interprétation du résul­tat des élec­tions par de nom­breux médias est la suiv­ante : si beau­coup d’italiens ont porté leurs suf­frages sur cer­tains par­tis dits « pop­ulistes », c’est parce que les insti­tu­tions européennes et les pays européens n’ont pas « fait preuve de sol­i­dar­ité », en ne se répar­tis­sant pas les cen­taines de mil­liers de migrants arrivés sur le sol italien.

Les autres pays européens responsables

Ain­si, le spé­cial­iste  de l’Italie Marc Lazar inter­viewé par Les Inrocks attribue le résul­tat des élec­tions « à (cause de) la sit­u­a­tion économique et sociale mais aus­si (de) la sit­u­a­tion des migrants, (où) les Ital­iens ont eu l’im­pres­sion d’être aban­don­nés, et ont été aban­don­nés par les dif­férents pays de l’U­nion européenne ». Même son de cloche pour France Info : « Les électeurs de 5 étoiles ont sanc­tion­né le manque de sol­i­dar­ité de l’U­nion dans la crise migratoire ».

Le Monde pose une ques­tion dont on pressent la réponse : « L’Union Européenne paie-t-elle, avec ce scrutin ital­ien, son inca­pac­ité à aider le pays, en pre­mière ligne dans la crise des migrants, alors que les Ital­iens ont eu, ces dernières années, la légitime impres­sion d’avoir été aban­don­nés par Brux­elles ? ».

Pour L’Obs « les parte­naires de l’Italie au sein de l’Union Européenne ont qua­si­ment pro­gram­mé (la vic­toire des par­tis anti immi­gra­tion NDLR), en lais­sant la pénin­sule se débrouiller, seule, face à une puis­sante vague migra­toire venue d’Afrique, via la Libye. Plus de 600 000 per­son­nes ont tra­ver­sé la méditer­ranée depuis cinq ans, dans un pays inca­pable d’absorber un tel accroisse­ment de la pop­u­la­tion, pour des raisons économiques et budgé­taires ».

Une chroniqueuse d’Europe 1, Hélène Jouan, accuse « une Europe indi­gente et impuis­sante à régler de façon sol­idaire cette urgence migra­toire, comme si l’Europe n’avait pas lais­sé l’Italie bien seule face aux migrants de Lampe­dusa ».

France Info inter­viewe le prési­dent de Civi­co Europa, un cer­cle de réflex­ion pro-européen. Celui-ci répond pos­i­tive­ment à la ques­tion du jour­nal­iste: « l’Eu­rope ne paye pas le prix d’avoir lais­sé l’I­tal­ie seule face aux 700 000 migrants qui sont arrivés depuis 2013 ? ». Etc…

Les guillemets d’une citation d’Emmanuel Macron

Comme si cela ne suff­i­sait pas, ces argu­ments sont égale­ment accolés aux déc­la­ra­tions du Prési­dent Macron qui réagis­sait le 5 mars au résul­tat de ces élec­tions. Ain­si, pour Le Figaro du 5 mars, «  le prési­dent français Emmanuel Macron a pour sa part expliqué ce résul­tat par la « forte pres­sion migra­toire » pesant sur l’I­tal­ie, qui s’est sen­tie seule face aux près de 700.000 migrants débar­qués depuis 2013 ». Tout est dans l’emplacement des guillemets qui cadrent les pro­pos du Prési­dent français. Alors qu’aucun extrait de l’intervention du chef de l’État n’accrédite ces affirmations.

Par ce raison­nement, s’insinue l’idée que l’immigration mas­sive est un phénomène naturel qu’il con­vient de gér­er au mieux, mais qu’en aucun cas on ne peut con­tenir, et que c’est le mes­sage que nom­bre d’italiens ont voulu don­ner. Alors que les posi­tions des par­tis pour lesquels ils ont voté sont sans ambiguïté sur le sujet.

Encore une fois, cer­tains sujets sem­blent tou­jours tabous pour les médias, comme la remise en cause du non refoule­ment des embar­ca­tions en mer, gravé dans le mar­bre du code des fron­tières Schen­gen. Alors que le ren­force­ment depuis l’été 2017 du con­trôle des navires d’O.N.G. évo­qué par France 24 a fait baiss­er le nom­bre d’arrivées en Ital­ie et a accrédité l’hypothèse d’un pont mar­itime entre la Lybie et l’Italie. Pas un mot, ou de très rares, sur la poli­tique de l’Australie qui régule les entrées sur son ter­ri­toire en refoulant les embar­ca­tions clan­des­tines, une « stratégie payante » selon Le Figaro. Silence sur le nom­bre dérisoire de ren­vois par l’État ital­ien de clan­des­tins, 15 000 recon­duites sur 500 000 arrivées recen­sées en 2015 et 2016 selon Les Échos.

« Ils feignent de s’af­fliger des con­séquences tout en s’ac­com­modant des caus­es » dis­ait déjà Bossuet au 17e siè­cle. L’expression n’a pas pris une ride. Et à l’arrivée tou­jours la même incom­préhen­sion médi­a­tique de l’inexorable-poussée-des-partis-populistes…

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