Élections allemandes : des commentaires de la presse française souvent indigents et partiaux. Première approche et mise en perspective

La crise politique allemande franchit une étape historique en transposant maintenant au parlement fédéral les fragilisations politiques déjà partout apparues dans les parlements régionaux depuis 2013 : des commentaires de la presse française au mieux passables, souvent indigents, au pire dignes d’une presse extrémiste. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les élections législatives allemandes n’ont pas passionné les journalistes français. Elles n’ont certes pas tout à fait été reléguées dans les faits divers, mais tout de même généralement à la seconde page ou au mieux en bas de première page, loin derrière les Unes consacrées aux luttes suscitées par la loi Travail II, voire le Rwanda, la crise des Rohingyas et bien d’autres sujets. Il s’agit pourtant d’élections historiques pour l’Allemagne, et partant pour l’Europe. Mais quels sont les résultats (encore provisoires) ?

Parti politique
Résultats
Évolution

Ancien score

Nouveau score

CDU/CSU (chrétiens démocrates et chrétiens-sociaux bavarois)

41,5%

33%

-8,5%

SPD (sociaux-démocrates)

25,7%

20,5%

-5,2%

AfD

4,7%

12,6%

+7,9%

FDP (libéraux)

4,8%

10,7%

+5,9%

Linke (gauche radicale)

8,6%

9,2%

+0,6%

Grünen (Verts)

8,4%

8,9%

+0,5%

Autres divers

6,3%

5,1%

-1,2%

Total

100,0%

100,0%


Quelques remarques incontestables

Les perdants sont les grands partis traditionnels, c’est-à-dire la CDU/CSU et le SPD, même si la CDU/CSU reste la seule formation politique encore en mesure de former (difficilement) un gouvernement ; la grande coalition a été désavouée ; les vainqueurs sont les libéraux du FDP (sachant que ce parti réalise tout son score à l’Ouest et ne parvient pas à convaincre les Ossis, qui lui préfèrent l’AfD ou bien l’extrême-gauche), et surtout l’AfD qui rencontre de bons succès à l’Ouest où il s’affirme comme troisième force politique, et fait un carton à l’Est où il s’affirme comme seconde force politique en arrivant même en tête en Saxe (ce fait est très important pour l’avenir) ; la gauche radicale et les Verts sont stables, sachant que Die Linke a ses bastions plutôt à l’Est et Die Grünen plutôt à l’Ouest.

Les échos dans la presse française (Le Monde, Le Figaro, voir aussi ici, Le Nouvel Obs) sont relativement uniformes sur le fond, les articles se différenciant essentiellement au niveau du ton adopté :

  • victoire en demi-teinte de la CDU pour Le Monde, amère pour Le Figaro (du fait du score de l’AfD) ;
  • défaite du SPD qui rejette toute nouvelle GroKo (grande coalition) ;
  • poussée de l’extrême-droite « néo-nazie » (Le Monde), ou bien élection assombrie par la percée historique du parti de droite nationaliste AfD… de la droite radicale portée par des « angoisses identitaires » (Le Figaro) ;
  • le casse-tête des coalitions a commencé (Le Figaro).

Ces manches, très peu contradictoires sur le fond, tout au plus modulées dans leur tonalité, illustrent l’état semi-comateux dans lequel se trouve une grande partie de la presse française en ce début de siècle, une presse qui ne connaît pratiquement plus aucun pluralisme (une atteinte majeure et extrêmement inquiétante à un des piliers de toute démocratie véritable), une presse recourant systématiquement de façon indifférenciée à une logorrhée orwellienne, une presse enfin incapable de comprendre et de produire des réflexions sur les événements de son propre siècle, probablement à cause de la profonde inculture historique, politique, économique, philosophique et littéraire d’une partie des journalistes et de l’absence de liberté d’expression et de pluralisme – une non-presse en quelque sorte.

Dans le détail

L’AfD est d’abord majoritairement décrite comme une formation d’extrême-droite (Le Monde), voir néo-nazie (L’Obs, Libération), au mieux comme de droite radicale (Le Figaro, seul journal citant néanmoins les positions « traditionnelles du parti sur la famille », eurosceptique, hostile à la monnaie unique et ne croyant pas au réchauffement climatique) ; quant à L’Obs, il préfère carrément mettre en avant les « manifestations spontanées » (sans indiquer à aucun moment qu’il s’agit de groupuscules miliciens extrémistes relevant des mouvances « black blocs » et « antifas » assurément peu représentatifs de la population, contrairement à ce que suggère l’article), en hurlant des slogans du style « Les nazis dehors » et « Berlin hait les nazis » (pour mémoire, dans la mosaïque politique tribale berlinoise, cf., l’AfD dépasse les 20% dans les quartiers « ossis » comme Marzahn, et obtiendra un bon score à Berlin, seulement légèrement inférieur à la moyenne des États fédérés de l’Est de l’Allemagne). L’article de L’Obs est digne d’une feuille de chou de presse à scandale.

Rappelons ici les principaux points du programme de l’AfD

  1. L’AfD est actuellement, qu’on le veuille ou non, un parti démocratique : non seulement il estime qu’il faut défendre bec et ongles la Loi Fondamentale allemande (Grundgesetz), mais il estime que le traité de Lisbonne représente un coup d’État contre cette même constitution puisque ce dernier a transféré 80% du pouvoir législatif allemand de son parlement élu (le Bundestag) vers une institution nommée et non élue (la Commission européenne) ; cet argument ferait en principe des autres partis allemands des « partis putschistes » (verfassungswidrig) qui ont commis alors un acte anticonstitutionnel couvert des seules apparences de la légalité ; c’est la base de l’euroscepticisme et de l’hostilité à la monnaie unique de l’AfD ; l’AfD veut enfin prévenir à l’avenir de tels coups d’État en approfondissant la démocratie directe en Allemagne. Personne ne comprend donc en quoi l’AfD serait un parti « d’extrême-droite », puisque – les mots ayant un sens –, un parti d’extrême-droite doit nécessairement être un parti prônant un État fort, autoritaire et surtout antidémocratique, donc le contraire de ce que défend l’AfD : il y a ici clairement inversion du sens des mots.
  2. On décrit cette position comme souverainiste et partant « nationaliste ». On joue ici sur les mots : le terme de « nationalisme » est en effet polysémique. Il peut désigner en effet une idéologie impérialiste, colonialiste et souvent raciste, comme c’est ou c’était le cas du jacobinisme, du pangermanisme ou encore du panslavisme, de l’ottomanisme et autres idéologies justifiant que certains grands États s’arrogent le droit d’agresser, d’annexer et de soumettre leurs voisins. Mais il peut aussi signifier strictement l’inverse, c’est-à-dire la volonté des petits peuples à échapper à la soumission aux empires, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le droit à l’indépendance. La volonté de l’AfD de restaurer la totalité des droits et libertés du peuple allemand et son indépendance, éventuellement dans le cadre d’une UE totalement refondée sur des principes fédéraux/confédéraux et démocratiques, est donc l’inverse de l’ancien pangermanisme et non sa résurgence : il y a donc ici aussi inversion du sens des mots.
  3. L’AfD est un parti libéral, prônant grosso-modo des positions néo-conservatrices au sens américain du terme.
  4. La même chose vaut pour la régulation de l’immigration. L’AfD ne souhaite pas l’interdire et ne prône même pas la « remigration ». Elle prône un système à points similaire à ce qui existe au Canada. Il est curieux à ce sujet de voir que toute la presse française, y compris la presse réputée de droite, ne connaisse aucun autre discours que la langue de bois habituelle.
  5. L’AfD est réputée « islamophobe ». Ce terme est désormais systématiquement employé par la presse française, toutes tendances confondues. Il s’agit pourtant d’une invention sémantique manipulatrice dans le cadre d’un djihad verbal et juridique destiné à euphémiser , au niveau de la communication, le terrorisme islamique. L’AfD ne prône pas l’interdiction de l’islam, le parti a réaffirmé à maintes reprises son attachement libéral à la liberté de culte. Il veut seulement exiger que les autorités musulmanes reconnaissent clairement la Loi Fondamentale allemande.
  6. Enfin l’AfD est un parti conservateur au plan sociétal, défendant la famille, opposé au mariage homosexuel, hostile aux expérimentations sociales, sociétales et culturelles les plus loufoques, et par-dessus le marché climatosceptique. Il est inquiétant de voir la totalité de la presse française recourir systématiquement – comme le fait d’ailleurs une partie de la presse allemande – à la langue de bois d’une dictature totalitaire pour qualifier l’AfD. Une telle pratique, destinée à imposer (comme en Allemagne) un cordon sanitaire entre l’AfD et les autres partis allemands en confisquant les droits civiques et politiques d’une partie de la population, avec des conséquences que nous allons approfondir, représente une atteinte et une attaque frontale contre la démocratie en Europe. Le Figaro est le seul à citer certaines positions, non exhaustives, de l’AfD. Mais il abandonne très vite l’information et le débat argumenté pour psychiatriser les électeurs de l’AfD, atteints d’« angoisses identitaires », comme le faisait le régime soviétique dans ses grandes heures. Les articles publiés dans la presse française, entièrement constitués de phrases toutes faites ânonnées jusqu’à l’écœurement montrent que presque aucun journaliste n’est capable en France de penser par soi-même, ne fût-ce que de rechercher des informations, d’entamer des réflexions contradictoires. Aucune information, aucune argumentation, aucune perspective. Les « décodeurs » ne lisent visiblement pas eux-mêmes Le Monde et sa pensée toute faite en kits…

Autre remarque en passant : les journalistes français lisent-ils les commentaires de leurs propres lecteurs ? Les termes outranciers, malhonnêtes, standardisés utilisés à l’égard de l’AfD par toute la presse ont en effet clairement offusqué au moins une partie de l’électorat de chaque journal, et ce même à gauche. Plusieurs lecteurs, souvent connaisseurs de l’Allemagne, font même des remarques pertinentes, toutes tendances confondues. Un sondage récemment organisé en ligne le 25/09/2017 par Le Figaro a donné des résultats édifiants : à la question « Le score de l’extrême-droite (en Allemagne) vous inquiète-t-il ? », 71% parmi 15.000 votants ont répondu NON. Les lecteurs du Figaro, qui ne sauraient tous être des nazis, ne suivent plus le langage orwellien de la bien-pensance… Certains journalistes français, qui ont complètement déserté leur métier, n’écrivent plus que pour eux-mêmes.

Citons, une fois n’est pas coutume, un assez bon article de Libération. Cet article écrit par une allemande expose avec une certaine clarté certains tenants et aboutissants de cette élection, tout en restant un peu court.

C’est cet article qui nous servira de tremplin pour approfondir de nombreux faits complètement occultés par une presse paresseuse et esquisser une mise en perspective et des hypothèses pour l’avenir : cette élection est en effet une élection historique, qui marque le passage d’un second cap de la crise qui malmène le système politique allemand depuis 2013, crise dont les étapes pour rappel, tant au niveau des États fédérés qu’au niveau fédéral (ce second niveau marquant généralement un décalage dans le temps par rapport aux élections régionales) ont été :

Étape 1 : la fin, lors des élections législatives 2013, du système des coalitions CDU/CSU-FDP contre SPD-Grünen qui a marqué la période 1998 – 2013 avec la nécessité pour Angela Merkel de constituer une grande coalition (Grosse Koalition ou GroKo) CDU/CSU-SPD, et ce en dépit du fait que l’AfD avait alors manqué de peu l’entrée au parlement fédéral en réalisant le score décevant de 4,7%, donc inférieur à la barre fatidique des 5% pour pouvoir obtenir des députés.

Notons au passage que la mort programmée de l’AfD au premier semestre, suite notamment aux conflits entre « libéraux » et « souverainistes » n’était que pur fantasme…

Étape 2 : l’échec de la GroKo. Un tel échec n’est certes pas inéluctable (cf. l’exception sarroise), mais tout de même assez vraisemblable : une telle coalition, qui est en quelque sorte la version allemande de nos « cohabitations » à la française, a tendance à mener une politique contradictoire et incohérente marquée par des mesures visant à satisfaire tour à tour une fois la droite et une fois la gauche. Cette pratique consistant à souffler alternativement le chaud et le froid sur des clientèles très partagées voire opposées finit généralement par mécontenter tout le monde. C’est ce qu’on a pu observer dans de nombreux cas d’élections fédérales ou régionales depuis 1949.

Nous y sommes. L’AfD, jouant une fois de plus le rôle du « chien dans un jeu de quilles » (cf. https://www.ojim.fr/dossier-coalition-gouvernementale-au-schleswig-holstein-une-presse-francaise-trop-superficielle/), vient de faire une entrée fracassante au parlement fédéral en atteignant presque 13% des voix.

Le SPD ne veut plus de GroKo, sachant parfaitement qu’il ne peut dans ce cadre que poursuivre son déclin.

Et Angela Merkel ne veut pas de coalition croupion minoritaire CDU/CSU-SPD, parfaitement consciente que ce genre de choix, rarissime en Allemagne, ne permet pas de gouverner de façon stable.

L’étape 3 consiste donc à substituer à la grande coalition en déroute une coalition multicolore, du genre rose-vert-rouge (SPD-Grünen-Die Linke) coalisant la gauche et l’extrême-gauche, comme à Berlin depuis 2016 ou bien encore une coalition dite « jamaïcaine » (Jamaika-Koalition, coalition CDU/CSU-FDP-Verts, donc noir-jaune-vert à l’instar des couleurs du drapeau de la Jamaïque avec sûrement aussi un clin d’œil au caractère « exotique » de cette association) comme récemment au Schleswig-Holstein. Là aussi, de telles coalitions faites de bric et de broc n’ont que peu de chances de mener des politiques capables de satisfaire les électeurs de tous bords. Les compromis qu’elles doivent adopter sont souvent trop hasardeux pour parvenir à des résultats probants. Leur échec n’est pas certain, mais tout de même nettement plus vraisemblable que leur succès.

Quelle serait alors l’étape 4 ? L’Allemagne n’est pas la France et les élections ne peuvent être confisquées ad vitam aeternam au-delà du Rhin comme elles le sont en-deçà de ce fleuve. La mentalité allemande est plus réaliste et moins extrémiste que la française ; l’Allemagne de l’Est connaît une évolution politique plus ou moins comparable, toutes choses étant égales par ailleurs, à celle que connaissent les pays du Groupe de Visegrád – leur expérience communiste commune immunise davantage ce pays des dérives politiques et sociétales de l’Ouest de l’Allemagne. Enfin le CSU bavarois peut lui aussi évoluer.

Nous l’avons déjà dit lors des élections générales dans le nord de l’Allemagne, les électeurs ont en réalité clairement choisi, au niveau fédéral comme à Kiel, une coalition CDU/CSU-FDP-AfD. Parce que la dictature du politiquement correct et la diabolisation, aussi délirante qu’anticonstitutionnelle (voir l’article ahurissant du TAZ « Les héritiers du racisme »), de l’AfD interdit de suivre les vœux des électeurs (une sorte de « cordon sanitaire » à l’allemande), Merkel va devoir choisir une brinquebalante « coalition jamaïcaine ».

Rien ne peut certes jamais être exclu, mais ce type de configuration s’est avéré par le passé encore moins convaincant que les « GroKo » :

  • une coalition alliant des perdants (CDU/CSU) à des gagnants (FDP) et à des Verts plus que jamais divisés entre « Realos » compatibles et « Fundis » incompatibles est assez incohérente ; Merkel devra user de toute son intelligence politique (indéniable) pour mener sa barque à bon port et non sur des récifs ;
  • en excluant certains gagnants comme l’AfD, qui est pourtant bien plus compatible avec la CSU ou le FDP par exemple qu’une grande partie des Verts ; ce choix peut rebuter des électeurs qui sont beaucoup moins fascinés par le politiquement correct que les bien-pensants ne le croient ;
  • les Verts ne sont pas des gagnants de ces élections, ils se sont tout juste maintenus au niveau fédéral comme ils l’avaient fait au Schleswig-Holstein (tropisme danois), mais avaient subi toute une série de revers partout ailleurs dans les régions ; à cela vient s’ajouter deux phénomènes structurels : 1) l’opposition interne entre « Realos » (réalistes, compatibles) et « Fundis » (fondamentalistes d’extrême-gauche, incompatibles) pourrait entraîner au pire un éclatement du parti, au mieux une forte défection des électeurs fondamentalistes à la prochaine échéance et 2) Les Verts ont tous leurs soutiens à l’Ouest et sont anecdotiques à l’Est – ils conviennent donc davantage à des coalitions régionales que fédérale ; les Verts sont le maillon faible de la coalition « jamaïcaine ».

Seule l’AfD a en effet une dimension fédérale pour une coalition fédérale, car elle remporte de bons scores à l’Ouest et cartonne à l’Est ; comme nous l’avons souvent souligné, l’attitude vis-à-vis de l’AfD connaît un fort clivage Est-Ouest préfigurant une forme d’éclatement (politique) de l’Allemagne ; l’AfD est bien mieux acceptée par des Ossis plus hostiles au totalitarisme de la gauche occidentale que les Allemands de l’Ouest ; l’AfD a relégué le SPD à la troisième place à l’Est, les Ossis de gauche lui préférant carrément Die Linke et se désintéressant des Verts ; l’AfD occupe partout la seconde place et même la première en Saxe ; le temps pourrait venir où aucune coalition gouvernable ne pourra plus être mise sur pied sans l’AfD à l’Est, d’autant que reléguer le parti vainqueur des élections en Saxe paraît un déni de démocratie dangereux qui pourrait entraîner de vrais troubles au sein de la population (n’oublions pas qu’en Allemagne, le scrutin es proportionnel à deux voix modéré par la barre des 5% ). ; Les coalitions « jamaïcaines » qui ont actuellement succédé aux « GroKo » à l’Est ne doivent pas nécessairement, mais pourraient – avec une probabilité non négligeable – être balayées au moins en partie par des tempêtes tropicales inévitables sous ce type de climat (politique) . Le jour où l’AfD fera partie de gouvernements régionaux à l’Est (Saxe…), l’équilibre au sein du Bundesrat (le conseil fédéral, l’assemblée haute qui peut elle aussi entraver l’action du gouvernement) pourrait s’en trouver bouleversé. Si l’AfD sait faire taire les dissensions internes entre « libéraux » et « souverainistes » et se montre capable de bien gouverner au centre (mais à cette condition aussi), la désinformation se trouvera prise en porte-à-faux . Mais les réelles dissensions au sein du parti illustrées par le départ fracassant de son ex co-présidente Frauke Petry peuvent ralentir ce processus ou le bloquer.

Un autre maillon faible du système des alliances politiques actuel est par ailleurs patent dans l’incontournable Bavière ; là, la CSU bavaroise dont les racines comportent un versant identitaire indéniable, outre un catholicisme ombrageux et un conservatisme sociétal affirmé, a vu de nombreux dirigeants récemment critiquer la politique migratoire d’Angela Merkel et prôner l’idée de faire de la culture allemande la « Leitkultur » (culture de référence) en Allemagne… La CSU adopte depuis un certain temps vis-à-vis de l’AfD un discours nettement plus modéré que les pro-Merkel du CDU ; la peur de perdre leur majorité absolue dans leur bastion bavarois pourrait inciter plus tard la CSU à franchir le pas de l’alliance avec l’AfD, en tout cas au plan régional.

On le voit, rien n’est écrit. La digue élevée par le politiquement correct contre l’AfD, lisible dans des manchettes de presse ahurissantes, empêche Merkel de mettre sur pied la coalition voulue par les électeurs. Mais ces élections législatives allemandes sont bel et bien historiques et méritaient un autre commentaire que les accumulations de phrases toutes faites trop superficielles qu’on a pu lire en France.