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Crise migratoire : campagne d’opinion pour mettre fin au « non accueil »

29 décembre 2017

Temps de lecture : 3 minutes
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Crise migratoire : campagne d’opinion pour mettre fin au « non accueil »

[Red­if­fu­sion – arti­cle pub­lié ini­tiale­ment le 23/11/2017]

Si ça n’est pas une campagne d’opinion, ça y ressemble. Depuis quelques semaines, les reportages critiquant la politique migratoire supposément restrictive de l’Union européenne se multiplient. On trouve à l’origine de nombreux article les mauvais traitements infligés à des migrants en Libye. Et à l’arrivée, une demande d’ouverture plus large des frontières.

L’accord con­clu avec la Turquie en 2016 a per­mis de frein­er l’arrivée quo­ti­di­enne de mil­liers de migrants par bateau sur des îles grec­ques de la mer Égée. Avant cet accord, rien qu’en 2015, 856 000 migrants étaient en effet arrivés en Europe par les côtes grec­ques. Les flux migra­toires vers l’Europe se sont déportés en Ital­ie via les côtes libyennes. L’Obs infor­mait en août 2017 que « l’I­tal­ie a vu débar­quer plus de 600 000 migrants depuis 2014, essen­tielle­ment passés par la Libye ».

Face à cette sit­u­a­tion, Le Monde décrit « la nou­velle approche, intran­sigeante » de l’Union européenne : elle « s’est matéri­al­isée en novem­bre 2015 avec le Fonds fidu­ci­aire UE-Afrique. Lors d’une réu­nion à Malte, les dirigeants européens ont alors offert un mon­tant ini­tial de 1,8 mil­liard d’euros pour aider à expulser les migrants indésir­ables et empêch­er les gens de par­tir ».

Qua­tre grands jour­naux européens — Le Monde, le Guardian (quo­ti­di­en anglais), Der Spiegel (heb­do­madaire alle­mand), El País (quo­ti­di­en espag­nol) – vien­nent de pub­li­er de façon simul­tanée une série de reportages sur le thème : « Quand l’Europe ren­voie la crise migra­toire de l’autre côté de la Méditer­ranée ».

Le ton est don­né dès la présen­ta­tion des reportages sur le site du Monde : « En endiguant le flux migra­toire en prove­nance du Maghreb, l’Union européenne a provo­qué un goulet d’étranglement cauchemardesque en Afrique ». « Les cri­tiques esti­ment que l’Europe essaie sim­ple­ment d’exporter le prob­lème et de le con­tenir loin de ses côtes pour des raisons d’opportunisme poli­tique, mais que cette approche ne fonc­tion­nera pas ».

La présen­ta­tion dans le quo­ti­di­en The Guardian est encore plus sévère : « La con­séquence (de cette poli­tique) a été de sous-traiter la crise migra­toire à la par­tie du monde la moins apte à la gér­er ». « Nous créons le chaos dans notre arrière-cour et nous paierons un prix élevé si nous n’arrangeons pas la sit­u­a­tion ».

Une vidéo accusatrice

La coopéra­tion de l’U­nion européenne avec la Libye est sous les feux d’une cri­tique large­ment médi­atisée : RFI, à l’instar notam­ment de LCI, Cour­ri­er Inter­na­tion­al, etc. relaient les dénon­ci­a­tions de l’ONU des con­di­tions de déten­tion des clan­des­tins dans ce pays.

Le jour­nal télévisée de TF1 con­sacre le 17 novem­bre un reportage sur le thème : « l’Europe est-elle inhu­maine avec les migrants ? ». Des extraits d’une vidéo tournée avec les acteurs Math­ieu Kasso­vitz et Mari­na Fois sont dif­fusés afin de sen­si­bilis­er l’opinion, « parce que la fer­me­ture des fron­tières tue », et « afin d’accueillir des migrants en Europe ». Le jour­nal­iste con­clut le reportage en indi­quant : « l’Europe est dev­enue une forter­esse ».

France Info nous informe que le clip a été pro­duit par le « Col­lec­tif pour une Nation Refuge, qui œuvre pour dénon­cer les con­di­tions actuelles du non-accueil des per­son­nes exilées en France et ailleurs ».

Le clip est mis en ligne sur de nom­breux sites de jour­naux : Le Parisien, LCI, Elle, Sud-Ouest, etc…

Exil physique et exil fiscal

On savait que Math­ieu Kasso­vitz avait été lui-même ten­té par l’exil, fis­cal, cette fois. On con­nais­sait aus­si son sens de la mesure. Ce qui est plus éton­nant, c’est de voir l’absence de recul du jour­nal­iste de TF1 par rap­port au mes­sage véhiculé par le col­lec­tif ayant pro­duit le clip : « pro­té­geons les humains, pas les fron­tières ». Selon celui-ci, il faudrait délaiss­er la pro­tec­tion des fron­tières au prof­it de celle des humains. Comme si les deux étaient incom­pat­i­bles. Comme si en par­faite antithèse, l’un devait absol­u­ment se sub­stituer à l’autre.

Si la cri­tique de l’application par cer­tains pays africains de mesures pour empêch­er les migrants de par­tir de Libye est une chose, dire comme le col­lec­tif pro­duisant le clip que la France a une poli­tique de « non accueil » en est une autre.

Non accueil ? Vraiment ?

La réal­ité est dif­férente : les deman­deurs d’asile n’ont jamais été aus­si nom­breux en France, tout comme le nom­bre de migrants mineurs – qui « explose » selon des chiffres pub­liés par le jour­nal La Croix. Les sit­u­a­tions de ten­sion migra­toire ne se lim­i­tent plus à Calais et à la Porte de la chapelle. Elles essai­ment en Nor­mandie, à Annecy, Metz, dans les Alpes du sud, etc.

D’après des infor­ma­tions disponibles sur le site de la CIMADE, le nom­bre de places d’hébergement des deman­deurs d’asile qui stri­ent le ter­ri­toire français devrait lui aus­si con­tin­uer à aug­menter.

L’Aide médi­cale d’État pour les clan­des­tins voit son bud­get pass­er en 2018 à 882 mil­lions d’euros selon le quo­ti­di­en du Médecin.

Il faut lire les comptes ren­dus des débats par­lemen­taires pour appren­dre que dans le bud­get 2018 de la France, « les crédits de la mis­sion “Immi­gra­tion, asile et inté­gra­tion” représen­tent 1,383 mil­liard d’euros, soit une hausse de 26 % par rap­port à 2017 ». Tan­dis que les crédits dédiés à la lutte con­tre l’immigration clan­des­tine bais­seront de 7 mil­lions d’euros.

Si l’Europe est une forter­esse, comme l’affirme le jour­nal­iste de TF1, on peut con­stater que le pont levis de la France est bais­sé et que l’on y entre en nom­bre, du moins pour qui se donne la peine d’aller au-delà de for­mules défini­tives et d’images cen­sées mar­quer l’opinion. Un tra­vail de jour­nal­iste, en somme…

Pho­to : (cc) via pxhere.com

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