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Une Commission du Parlement européen à Varsovie pour enquêter sur la liberté des médias

29 septembre 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Une Commission du Parlement européen à Varsovie pour enquêter sur la liberté des médias

Dans le cadre de la procédure de sanction sous le régime de l’article 7 lancée contre la Pologne en décembre par la Commission européenne, une délégation de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen était en visite à Varsovie du 19 au 21 décembre pour y rencontrer des représentants des autorités, mais aussi des représentants de la société civile et des médias. Cette visite de trois jours doit permettre au rapporteur Claude Moraes, un travailliste britannique, de préparer un rapport sur la base duquel le Parlement européen pourra décider à la majorité des deux tiers s’il décide de donner son feu vert à la procédure initiée par la Commission devant le Conseil européen. Il s’agit donc d’un rapport comme celui préparé à propos de la Hongrie par la députée verte néerlandaise Judith Sargentini, également membre de la Commission LIBE présidée par Moraes, et sur la base duquel le Parlement européen votait le 12 septembre à propos du lancement d’une procédure de sanction du même type que pour la Pologne.

Com­ment se passe une telle vis­ite en ce qui con­cerne les médias ? Quels médias la Com­mis­sion LIBE a‑t-elle souhaité ren­con­tr­er et quels médias a‑t-elle voulu éviter ? L’Obser­va­toire du jour­nal­isme s’est adressé à plusieurs acteurs de ces ren­con­tres varso­vi­ennes pour en avoir le cœur net, et l’image qui ressort de notre enquête est celle d’un rap­por­teur, Claude Moraes, et d’une Com­mis­sion LIBE qui ne veu­lent enten­dre que les voix les plus hos­tiles au gou­verne­ment polon­ais.

C’est le pro­gramme prévu par la Com­mis­sion LIBE, auquel nous avons pu avoir accès le 18 sep­tem­bre, qui nous a alerté. En effet, sur cinq médias dont les représen­tants avaient été invités pour venir par­ler devant la délé­ga­tion par­lemen­taire européenne de la lib­erté de la presse en Pologne le 21 sep­tem­bre, qua­tre sont con­nus pour leur vio­lente hos­til­ité au PiS et leurs con­vic­tions très net­te­ment libérales-lib­er­taires (alors que le PiS, au pou­voir depuis l’automne 2015, passe pour avoir un pro­gramme plutôt con­ser­va­teur). Le cinquième, le quo­ti­di­en Rzecz­pospoli­ta, a certes une ligne plus libérale-con­ser­va­trice que les qua­tre pre­miers, mais son pro­prié­taire depuis 2011 est un homme d’affaires très proche de per­son­nal­ités impor­tantes de la Plate­forme civique (PO), le par­ti de Don­ald Tusk qui dénonce juste­ment à Brux­elles les vio­la­tions de la démoc­ra­tie et de l’État de droit par le PiS. Qui plus est, cet homme d’affaires a acquis ce quo­ti­di­en en 2011 avec le sou­tien act­if du gou­verne­ment de Don­ald Tusk que l’on dis­ait agacé par les cri­tiques de ce jour­nal pres­tigieux. Peu après le change­ment de pro­prié­taire, la rédac­tion a été changée et les cri­tiques con­tre le gou­verne­ment de Tusk sont dev­enues plus douces, tan­dis que celles con­tre le PiS s’accentuaient. Par­mi les qua­tre autres médias, deux – le quo­ti­di­en Gaze­ta Wybor­cza et la radio Tok FM – appar­ti­en­nent en fait au même groupe médi­a­tique, Ago­ra, soutenu finan­cière­ment par George Soros. Leur grande hos­til­ité au PiS est de notoriété publique et ne date pas de 2015. Quand le PiS était dans l’opposition, il était déjà la cible priv­ilégiée des attaques de ces deux médias d’obédience ouverte­ment libérale-lib­er­taire. Quant à l’hebdomadaire Poli­ty­ka, égale­ment sur la liste des médias invités par la Com­mis­sion LIBE lors de son pas­sage à Varso­vie, c’est un média bien ancré à gauche, post-com­mu­niste, qui n’est sans doute pas moins hos­tile au PiS que les deux précé­dents.

Une télévi­sion avait aus­si été invitée, et pas n’importe laque­lle. Il y a en Pologne trois grands groupes de télévi­sion : la télévi­sion publique (TVP), pro-gou­verne­men­tale, et donc pro-PiS aujourd’hui comme elle était pro-PO hier, Pol­sat, d’idéologie libérale-lib­er­taire et générale­ment assez cri­tique vis-à-vis du PiS, et TVN qui est depuis des années, avec Ago­ra, le groupe médi­a­tique le plus ouverte­ment engagé dans une véri­ta­ble guerre con­tre le PiS. Or c’est un représen­tant de TVN qui avait été invité.

Au final, il n’y avait cepen­dant que les qua­tre pre­miers médias men­tion­nés ci-dessus qui ont pu envoy­er leur représen­tant, et il n’y avait donc per­son­ne pour TVN.

Toute la semaine, le député français Nico­las Bay (RN), mem­bre de la délé­ga­tion, a demandé au secré­tari­at de la Com­mis­sion LIBE, sous l’autorité du prési­dent de la Com­mis­sion Claude Moraes, d’ajouter des médias classés à droite pour assur­er le plu­ral­isme des points de vue présen­tés à la délé­ga­tion en mis­sion à Varso­vie et avoir une image plus com­plète et plus réal­iste de la lib­erté des médias en Pologne sous le gou­verne­ment du PiS. Nico­las Bay a trans­mis à la Com­mis­sion LIBE les coor­don­nées de jour­nal­istes appar­tenant à trois médias de droite : le quo­ti­di­en catholique Nasz Dzi­en­nik, l’hebdomadaire con­ser­va­teur Do Rzeczy et le groupe de presse proche du PiS Gaze­ta Pol­s­ka. Il lui a été dit que Moraes avait don­né son accord pour que ren­dez-vous soit pris avec les représen­tants de deux de ces rédac­tions. En réal­ité, le secré­tari­at de la Com­mis­sion LIBE n’a téléphoné qu’au jour­nal­iste de Nasz Dzi­en­nik et n’a même pas daigné pren­dre con­tact avec les deux autres médias. Le jour­nal­iste de Nasz Dzi­en­nik s’est vu pro­pos­er par le secré­tari­at de la Com­mis­sion LIBE un ren­dez-vous pour le ven­dre­di 21 sep­tem­bre à 16h30, après la ren­con­tre avec les jour­nal­istes des qua­tre médias résol­u­ment anti-PiS. Le même secré­tari­at avait été chargé de réserv­er les bil­lets d’avion des députés du Par­lement européen en mis­sion à Varso­vie, et il ne pou­vait donc pas ne pas savoir que l’unique jour­nal­iste de droite invité pour venir par­ler de la lib­erté des médias ne ren­con­tr­erait que trois députés sur les sept qui fai­saient par­tie de la délé­ga­tion, les qua­tre autres – dont le rap­por­teur Moraes – étant déjà repar­tis à l’aéroport…

C’est donc unique­ment devant la députée française Noëlle Berg­eron (ex-FN, aujourd’hui non-inscrite et affil­iée au groupe de Nigel Farage au PE), la députée verte néer­landaise Judith Sar­gen­ti­ni et la députée com­mu­niste ital­i­enne Bar­bara Spin­nel­li que ce jour­nal­iste d’un média catholique a pu don­ner son point de vue sur la lib­erté des médias dans son pays. Un point de vue selon lequel la sit­u­a­tion se serait plutôt améliorée par rap­port à l’époque de Don­ald Tusk, mais il est per­mis de douter que Moraes en tien­dra compte dans son rap­port sur la Pologne, puisqu’il n’était plus là pour l’entendre.

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