Accueil | Actualités | Médias | Claire Chazal sauve sa place sur France Télévisions, mais pas son équipe

Claire Chazal sauve sa place sur France Télévisions, mais pas son équipe

Claire Chazal est encore accusée d’avoir fait cavalier seul, et d’avoir mené sa carrière au détriment de ses collaborateurs. Cette fois sur France 5 où elle animait de 2016 à juin 2019 l’émission culturelle Entrée Libre. Car si elle sauve sa place à l’antenne – elle animera la quotidienne de Passage des Arts, au même horaire (20h20) mais produite en interne, ses 70 collaborateurs restent sur le carreau suite à la décision du service public audiovisuel d’arrêter l’émission.

Audience insuffisante

Le Parisien consacre un article fouillé à l’affaire, le 27 juillet 2019. Les premières rumeurs de la suppression de l’émission commencent à l’automne 2018, sur fond d’audiences jugées insuffisantes :

« Contrainte à des économies drastiques, la direction de France Télévisions veut remettre à plat ses programmes culturels. Soumise à des clauses d'audience de plus en plus élevées et qu'elle n'atteint pas (1,4 % de PDA au lieu du 1,6 % demandé), « Entrée libre » est dans le collimateur ».

Le 12 avril, c’est confirmé, Takis Candilis, numéro 2 de France Télévisions, reçoit Jean-François Boyer, le patron de Tétra Média, qui produit l’émission, et lui annonce son arrêt. Ce dernier mobilise ses réseaux pour tenter de la sauver.

Claire Chazal, le syndrome de la star ?

Par ailleurs, Claire Chazal est accusée d’en faire trop et d’avoir la grosse tête. Deux fois mieux payée que son prédécesseur Laurent Goumarre, elle s’est rapidement fâchée avec la productrice Sabrina Azoulay. Elle affirme pourtant avoir divisé son salaire par quatre : de 120.000 € bruts par mois en 2015 sur TF1 selon Challenges, elle en gagnerait donc 30.000. Elle aurait demandé plus : jusqu’à 45.000 € par mois, soit 2.500 € par numéro, alors que son prédécesseur en gagnait 500, selon Téléstar – la direction de France Télévisions avait démenti ces chiffres et affirmé qu’elle ne gagnerait « que » 20% de plus que son prédécesseur.

Cependant elle a aussi touché un confortable chèque d’indemnités de licenciement à son départ : pas moins de 3.5 millions d’euros. « Ce qui est certain, aujourd’hui, c’est que j’ai divisé mon salaire par quatre! Ma démarche d’animer Entrée libre est sincère. (...) Je ne fais pas ça pour l’argent, mais parce que je suis passionnée », expliquait-elle alors.

« Cela n'a jamais été très simple. Claire Chazal faisait ce qu'elle voulait. Elle arrivait sur le plateau avec son coiffeur, sa maquilleuse et il était impossible de modifier ses textes », [...] « Pour qu'elle se sente bien, il a fallu changer le décor, les lumières » [...] «  lors de l'enregistrement des numéros le lundi, elle n'adressait plus la parole à la productrice, renchérit un habitué. Elle la critiquait. C'était la cour d'école », expliquent des proches de l’émission au Parisien.

Résultat, un nouveau rédacteur chef est dépêché en septembre 2017 pour tenter d’aplanir les angles entre la présentatrice et la production de l’émission.

Claire Chazal se démène pour sauver sa place... jusqu’à Brigitte Macron

En parallèle, Claire Chazal mobilise aussi ses réseaux. Philippe Besson, le ministre de la Culture Franck Riester, et même la première dame Brigitte Macron.

« Retirer un programme culturel à 20h20 était compliqué politiquement à assumer pour la direction de France Télé. En plus, dès que Claire Chazal voyait un des patrons, elle montrait des textos qu'elles s'envoyaient avec Brigitte Macron ».

Ses équipes espèrent qu’en sauvant l’émission, elle sauvera aussi leurs postes. En réalité, elle propose la même chose, à la même heure, mais moins cher. Takis Candilis annonce le concept le 19 mai dans Le Parisien, ce qui permet aussi de recaser des salariés maison de deux émissions supprimées, Thé ou Café  et C au programme, de France 2. Les 70 personnes de Tétra Média – dont 10 journalistes – qui travaillent pour Entrée Libre, sont larguées en rade.

Procès en contrefaçon

Quant à Jean-François Boyer, il menace d’attaquer France 2 pour contrefaçon :

« Ce n'est pas un problème d'arrêter un programme car personne n'est propriétaire de sa case. Ce qui en est un, c'est d'annoncer qu'il va lancer à la place une émission produite en interne sur la même thématique, la même chaîne, à la même heure avec la même animatrice. En sachant, en outre, que c'est nous qui avons permis l'arrivée de Claire Chazal à France Télévisions. Nous avions, à l'époque, demandé à Laurent Goumarre, qui présentait le programme depuis 2011, de partir pour accueillir Claire Chazal selon le souhait de la chaîne ».

Il annonce donc un contentieux à venir :

« France Télévisions a un devoir général de loyauté dans les affaires avec ses partenaires. Cela m'oblige à déclencher un contentieux contre le groupe public sur cette base, mais aussi pour parasitisme, contrefaçon et défaut de bonne foi dans l'exécution des contrats. Nos avocats ont été saisis. Et nous ferons une demande de réparation du préjudice [...]il y a une façon de faire des affaires. Là, c'est presque de la spoliation ! Je travaille avec toutes les chaînes depuis vingt ans et je n'avais jamais vu cela. »

Près de trois siècles après, le célèbre proverbe des fables de la Fontaine peut être ainsi modernisé : selon que tu aies échangé des SMS avec Brigitte Macron ou non, la direction de France Télévisions te rendra riche ou chômeur.

Tant que vous êtes ici...

Ce contenu a été financé par les donateurs de l'OJIM

L’Ojim est là pour vous aider à vous guider dans le monde opaque et souvent univoque des médias.

Contrairement à beaucoup, nous avons choisi une formule gratuite qui permet de mettre nos informations à la disposition de tous, indépendamment de leurs moyens. L’Observatoire est totalement indépendant, libre de toute publicité, de toute subvention, de tous actionnaires. Ce qui nous permet de donner une voix à ceux qui sont rarement entendus. Ce qui nous différencie de nombreux médias à un moment où la loyauté de l’information devient cruciale. Votre contribution, modeste ou importante, sert directement à régler la partie technique du site et à rémunérer nos rédacteurs. Chaque don bénéficie d’un reçu fiscal de 66%. Un don de 100 € ne vous coûtera que 33 €. Merci de votre soutien.

Share This