Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
5 questions autour de Strategika, nouveau site de géopolitique

5 mars 2020

Temps de lecture : 6 minutes
Accueil | Veille médias | 5 questions autour de Strategika, nouveau site de géopolitique

5 questions autour de Strategika, nouveau site de géopolitique

Pierre-Antoine Plaquevent est connu de nos lecteurs pour avoir écrit le seul livre disponible en français consacré à George Soros, Soros et la société ouverte, métapolitique du globalisme, (Le Retour aux sources éd, 2018, 366p, 25€) dont nous avions publié les bonnes feuilles au moment de sa parution. C’est en tant que fondateur de Strategika que nous l’avons rencontré.

Pierre-Antoine Plaquevent, pouvez-vous nous présenter Strategika ?

Strate­gi­ka (strategika.fr) est à la fois un groupe de recherche (think tank), un cab­i­net de con­seil en géopoli­tique et un pro­jet édi­to­r­i­al qui pub­lie les recherch­es d’analystes et de poli­to­logues indépen­dants. Notre action et notre réseau se dévelop­pent au sein d’un écosys­tème inter­na­tion­al aux côtés d’initiatives telles que le forum non-aligné de Chișinău en Mol­davie. Strate­gi­ka se pro­pose de trac­er une voie d’indépen­dance et de coopéra­tion inter­na­tionale face aux nar­ra­tions géos­tratégiques imposées par l’u­nipo­lar­ité décli­nante. En tant que think tank, Strate­gi­ka se donne pour but d’orienter les acteurs poli­tiques et stratégiques dans le con­texte des recon­fig­u­ra­tions des équili­bres en cours dans le domaine des rela­tions inter­na­tionales.

Dans le cadre de mes activ­ités auprès de Strate­gi­ka, je suis chargé de pilot­er notre pro­gramme de veille stratégique des ONG et des acteurs clefs du glob­al­isme inti­t­ulé Soros Watch.  Cette veille de l’activité des réseaux glob­al­istes nous per­met de pro­cur­er à nos lecteurs et à nos parte­naires toutes les infor­ma­tions disponibles sur les activ­ités des ONG et des acteurs du glob­al­isme en temps réel.

Vous consacrez une veille à George Soros et son influence, n’est-ce pas de l’acharnement ?

Je ne crois pas, il faut tou­jours garder en tête les moyens dont dis­posent les réseaux Soros pour com­pren­dre l’intérêt d’examiner en détail leurs activ­ités. Pour 2020 le bud­get offi­ciel de l’OSF (Open Soci­ety Foun­da­tions) de George Soros est de 1.2 mil­liards de dol­lars. Les dépens­es totales de l’OSF depuis sa créa­tion sont estimées quant à elles à plus de 15 mil­liards de dol­lars pour ses trois décen­nies d’activité. Cela donne une idée de l’ampleur des moyens dont dis­pose le réseau Open Soci­ety Foun­da­tions. George Soros a fait don à l’OSF depuis 1984 d’au moins 32 mil­liards de dol­lars sur sa for­tune per­son­nelle si on inclut les derniers 18 mil­liards de dol­lars qu’il a légués en 2017. Une manne finan­cière qui per­met d’influencer directe­ment les poli­tiques des États.

Je rap­pelle à titre d’exemple le rôle que jouent les ONG liées à l’Open Soci­ety dans la ges­tion cat­a­strophique de la ques­tion migra­toire par l’Union européenne depuis des années. Le bud­get que l’Open Soci­ety con­sacrait à la seule ques­tion migra­toire en 2018 était de 63,3 mil­lions de dol­lars. En sep­tem­bre 2016, George Soros promet­tait d’investir 500 mil­lions de dol­lars de place­ments en actions dans des investisse­ments qui béné­fi­cient aux migrants. Mais Soros ne s’est pas con­tenté de soutenir les ONG qui mili­tent pour la réin­stal­la­tion des migrants du Moyen-Ori­ent et d’Afrique du Nord en Europe, il a aus­si con­tribué per­son­nelle­ment à l’élab­o­ra­tion du « Plan Merkel », un plan conçu par l’ESI (Euro­pean Sta­bil­i­ty Ini­tia­tive), dont le prési­dent, Ger­ald Knaus, est mem­bre de l’OSF. Selon ce plan, l’Alle­magne accordera l’asile à 500 000 réfugiés syriens. Ger­ald Knaus est aus­si mem­bre de l’ECFR — Euro­pean Coun­cil on For­eign Rela­tions — auquel je con­sacre l’un des dossiers que j’ai réal­isés pour Strate­gi­ka.

En illus­tra­tion de la manière dont les réseaux Soros manip­u­lent cynique­ment l’immigration clan­des­tine on pour­rait rap­pel­er ceci : en 2015, sur l’île grecque de Les­bos, un reporter de Sky News avait mis la main sur un véri­ta­ble mini-guide de voy­age du réfugié. Un fas­ci­cule qui con­te­nait des cartes, des numéros de télé­phone et des adress­es d’organisations sus­cep­ti­bles d’aider les réfugiés. Plusieurs par­cours européens y étaient détail­lés ain­si que les démarch­es à suiv­re pour arriv­er à des­ti­na­tion. Les cen­tres de fil­trage des migrants y étaient égale­ment indiqués. L’illustration de la brochure mon­trait un homme regar­dant vers la mer. Ces manuels, rédigés en arabe, avaient été remis aux réfugiés avant leur tra­ver­sée de la Méditer­ranée par un groupe appelé w2eu (Wel­come To Europe), un réseau directe­ment financé par l’Open Soci­ety et lié aux réseaux européens des mil­i­tants « no bor­ders ».

Au moment où j’écris ces lignes, les ONG glob­al­istes sont tou­jours actives pour aider les migrants en prove­nance de Turquie et les aider à forcer les fron­tières de l’UE. Comme je l’écrivais dans mon livre Soros et la société ouverte, un vaste réseau transna­tion­al per­met ain­si aux ONG glob­al­istes de s’ingérer à tous les niveaux de la crise migra­toire. À la source, par exem­ple en Syrie avec les accu­sa­tions de crime con­tre l’humanité que l’association Human Rights Watch porte régulière­ment con­tre l’État syrien depuis le début de la guerre. Puis tout au long de la route des migrants par un mail­lage d’ONG « human­i­taires » qui vien­nent assis­ter les migrants à chaque étape de leur tra­jet et enfin en Europe même par les aides juridiques qu’apportent les ONG aux migrants. Mais aus­si par les pres­sions médi­a­tiques et poli­tiques visant à faire accepter les trans­ferts mas­sifs de pop­u­la­tions allogènes aux pop­u­la­tions natives-européennes. Cela au tra­vers de réseaux et d’associations chargées d’encadrer le dis­cours médi­a­tique sur la ques­tion migra­toire et de faire pres­sion sur la société civile et les gou­verne­ments.

Une ini­tia­tive comme Soros Watch est donc plus que jamais néces­saire.

L’hebdomadaire Valeurs Actuelles a consacré un dossier à l’infiltration des réseaux Soros à la CEDH, la Cour Européenne des Droits de l’Homme, en quoi ce noyautage est-il inquiétant ?

Le rap­port réal­isé par Gre­gor Pup­pinck, prési­dent du Euro­pean Cen­tre for Law and Jus­tice (ECLJ), a révélé au grand jour quelque chose qui est bien con­nu des milieux poli­tiques européistes, à savoir la col­lu­sion idéologique entre la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et cer­taines ONG dont par­ti­c­ulière­ment l’Open Soci­ety Foun­da­tions de Georges Soros. L’excellent tra­vail de Gre­gor Pup­pinck mon­tre qu’un nom­bre impor­tant de per­son­nes issues de l’Open soci­ety sont dev­enues juges à la CEDH. Ce noy­au­tage est typ­ique des rela­tions inces­tueuses qu’entretiennent cer­taines fon­da­tions et ONG glob­al­istes influ­entes avec les insti­tu­tions inter­na­tionales. Au-delà de la seule CEDH, c’est sur l’ensemble des insti­tu­tions européennes que s’exerce l’influence des réseaux Soros. Ceci au tra­vers de dif­férents organes de pres­sion dont l’un des plus impor­tants est l’ECFR – Euro­pean Coun­cil on For­eign Rela­tions, un groupe de réflex­ion et d’influence européiste de haut niveau fondé sous l’impulsion de George Soros et financé avec l’aide de l’Open Soci­ety Foun­da­tions. L’ECFR est la ver­sion européenne du célèbre Coun­cil on For­eign Rela­tions (CFR) créé par les ban­quiers Rock­e­feller et JP Mor­gan en 1919 dont fait aus­si par­tie George Soros et qui peut être con­sid­éré comme l’une des instances les plus influ­entes de la puis­sance impéri­ale améri­caine depuis un siè­cle. L’ECFR rassem­ble quant à lui des mem­bres influ­ents de la poli­tique, des affaires, des médias et du monde mil­i­taire européen. Par­mi ceux-ci on retrou­ve George Soros et son fils Alexan­der Soros ain­si qu’un pan­el impres­sion­nant de per­son­nal­ités poli­tiques européennes. Pour la France on peut citer entre autres l’ancien min­istre des affaires étrangères Bernard Kouch­n­er, le Min­istre de l’É­conomie Bruno Le Maire ou encore le précé­dent com­mis­saire européen aux affaires économiques, Pierre Moscovi­ci.

Au sein de l’ECFR on retrou­ve aus­si Shahin Val­lée, per­son­nage peu con­nu du grand pub­lic auquel je con­sacre un dossier sur Strate­gi­ka. Shahin Val­lée fût aupar­a­vant con­seiller économique d’Herman Van Rompuy puis celui d’Emmanuel Macron quand celui-ci était Min­istre de l’économie ; depuis 2015 il tra­vaille pour le Soros Fund Man­age­ment. Comme George Soros avant lui, il est issu de la Lon­don School of Eco­nom­ics, cette poupon­nière de l’élite de l’anglosphère qui fût fondée en 1895 par plusieurs mem­bres de la célèbre Société fabi­enne (Fabi­an Soci­ety). Shahin Val­lée fût celui par qui le con­tact entre LREM et le Mou­ve­ment 5 étoiles con­tin­u­ait de se main­tenir lors des trac­ta­tions entre la Lega de Mat­teo Salvi­ni et le M5s en 2018. Le but était alors de ne pas se couper des élé­ments européistes et glob­al­istes du M5s. Cette stratégie s’avérera payante puisque le M5s blo­quera sys­té­ma­tique­ment les actions de Salvi­ni pous­sant ce dernier à faire explos­er la coali­tion alors au pou­voir afin d’obtenir des élec­tions en août dernier. Action qui s’est sol­dée par l’échec du pari de Salvi­ni et par la con­sti­tu­tion d’un gou­verne­ment Par­ti Démoc­rate / Mou­ve­ment 5 Etoiles.

Se pencher sur les actions de ce type d’hommes d’influences peu con­nu du pub­lic s’avère fon­da­men­tal pour com­pren­dre les rouages de la poli­tique réelle, der­rière la scène de la poli­tique spec­ta­cle.

Comment peut-on trouver Strategika, y a‑t-il une formule d’abonnement ?

Une par­tie de nos arti­cles est en libre accès et cer­tains de nos dossiers et e‑books sont payants. La vente de nos e‑books et de nos enquêtes ain­si que les dons de nos lecteurs sont les deux ressources prin­ci­pales de Strate­gi­ka. Notre struc­ture ayant pour spé­ci­ficité d’être entière­ment indépen­dante et auto-financée, ce qui est assez rare dans le domaine des groupes de recherche en géopoli­tique et rela­tions inter­na­tionales. Dans la con­ti­nu­ité de mon livre, j’ai rédigé les deux pre­miers dossiers du pro­gramme de veille Soros Watch qui por­tent respec­tive­ment sur l’ECFR – Euro­pean Coun­cil on For­eign Rela­tions ain­si que sur Shahin Val­lée.

Vos projets pour l’année 2020

Con­tin­uer de dévelop­per Strate­gi­ka à tous les niveaux : analyse et prospec­tive, recherche de parte­nar­i­ats aptes à per­me­t­tre notre développe­ment, pro­mo­tion de nos auteurs etc. Nous souhaitons aus­si dévelop­per notre activ­ité de con­seil stratégique en met­tant en rela­tion nos chercheurs avec les décideurs intéressés au nation­al et à l’international. En ce sens same­di 29 févri­er 2020 a eu lieu le lance­ment de l’édition roumaine du livre Soros et la société ouverte à Chișinău. Une présen­ta­tion qui fût aus­si l’occasion de dessin­er les con­tours d’un front pop­u­laire inter­na­tion­al anti-Soros avec la par­tic­i­pa­tion de Vladimir Voronin – ex-prési­dent de Mol­davie et Narek Malian, prési­dent du mou­ve­ment arménien anti-Soros “Veto“. Une con­férence qui coïn­cidait avec le lance­ment de la ver­sion ital­i­enne du livre ce mois-ci. Actuelle­ment je tra­vaille aus­si à une nou­velle édi­tion de mon livre en français (actuelle­ment épuisé) ain­si qu’à la rédac­tion d’une série d’articles de géopoli­tique et de philoso­phie poli­tique pour Strate­gi­ka. Arti­cles qui auront notam­ment pour thème l’affrontement entre les ten­dances lour­des qui tra­versent le sys­tème des rela­tions inter­na­tionales ain­si que la géopoli­tique des reli­gions et des idéolo­gies. Domaine auquel Strate­gi­ka a déjà con­sacré un e‑book que j’ai co-écrit.

Sur le dossier de Valeurs Actuelle con­sacré au noy­au­tage de la CEDH par les réseaux Soros, voir notre arti­cle ici.

Les réseaux Soros
et la "société ouverte" :
un dossier exclusif

Tout le monde parle des réseaux de George Soros, cet influent Américain d’origine hongroise qui consacre chaque année un milliard de dollars pour étendre la mondialisation libérale libertaire.

En effet, derrière un discours "philanthropique" se cache une entreprise à l'agenda et aux objectifs politiques bien précis. Mais quelle est l’étendue de ce réseau ?

Pour recevoir notre dossier rejoignez nos donateurs (avec un reçu fiscal de 66% de votre don).

Derniers portraits ajoutés

Abel Mestre

PORTRAIT — Faut-il class­er Abel Mestre dans la caté­gorie jour­nal­iste ? Abel Mestre con­stitue à lui seul un fourre-tout de l’extrême extrême-gauche, allant du stal­in­isme à l’anarchisme en pas­sant par le trot­skisme expéri­men­tal et l’action de rue.

Sophia Aram

PORTRAIT — Issue d’une famille d’o­rig­ine maro­caine, Sophia Aram est née à Ris-Orangis (Essonne) le 29 juin 1973. Sophia Aram s’ini­tie à l’art de l’im­pro­vi­sa­tion dans les étab­lisse­ments sco­laires de Trappes puis au sein de la com­pag­nie « Déclic Théâtre », où elle côtoie Jamel Deb­bouze.

Christophe Ono-dit-Biot

PORTRAIT — Né en jan­vi­er 1975 au Havre, Christophe Ono-dit-Biot a fait Hypokhâgne et Khâgne au lycée Jan­son-de-Sail­ly, à Paris, puis un DEA de Lit­téra­ture com­parée sur les écrivains fin de siè­cle « déca­den­tistes ». Il est agrégé de let­tres mod­ernes (2000).

Ali Baddou

PORTRAIT — Ali Bad­dou n’est pas seule­ment présen­ta­teur-jour­nal­iste et pro­fesseur de philoso­phie poli­tique à Sci­ences-Po. Ce mem­bre de l’hyperclasse mon­di­ale est avant tout au cœur des réseaux de pou­voir maro­cains, français (mit­ter­ran­di­ens et social­istes) et médi­a­tiques.

Johan Hufnagel

PORTRAIT — Bien qu’il n’ait, pour un jour­nal­iste, pas écrit grand chose, Johan Huf­nagel n’en est pas moins par­venu à se hiss­er aux postes clés des médias où il a posé ses valis­es. Il n’y a là rien d’é­ton­nant : son secteur d’ac­tiv­ité n’est ni l’in­ves­ti­ga­tion, ni même la sim­ple rédac­tion, mais le numérique.

"Le partage, c'est le secret du bonheur."

Sylvain Augier, reporter, animateur de radio et de télévision