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Censure de certains hommes politiques par Facebook ? Le Monde ne s’inquiète pas

8 juin 2021

Temps de lecture : 4 minutes

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Censure de certains hommes politiques par Facebook ? Le Monde ne s’inquiète pas

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Censure de certains hommes politiques par Facebook ? Le Monde ne s’inquiète pas

8 juin 2021

En janvier 2021, alors que Donald Trump était toujours président des États-Unis, Facebook et Twitter fermaient ses comptes. Le président des États-Unis aurait favorisé une « tentative de coup d’État » quand des émeutiers ont envahi le Capitole. Facebook a confirmé la suspension. Qu’en pense Le Monde ? Du bien.

Conseil de surveillance

Mer­cre­di 5 mai 2021, le récem­ment créé Con­seil de sur­veil­lance de Face­book, mis en place pour un coût estimé à 130 mil­lions de dol­lars, et large­ment con­sti­tué de proches de George Soros, a con­fir­mé la sus­pen­sion de l’ancien prési­dent des États-Unis pour avoir « légitimé et encour­agé la vio­lence. », et propagé de la « dés­in­for­ma­tion ». Cette con­fir­ma­tion était alors annon­cée comme pro­vi­soire : le con­seil demandait que la déci­sion soit réé­tudiée dans 6 mois. Une inter­dic­tion de la lib­erté d’expression prise en dehors de toute déci­sion de jus­tice sur la base d’une inter­pré­ta­tion de la notion de « désinformation ».

Le rap­port du con­seil de sur­veil­lance soulève d’autres prob­lèmes que celui de la jus­tice. Il ques­tionne aus­si le pou­voir des GAFAM : les réseaux soci­aux qui ont inter­dit Trump de parole, Face­book, Insta­gram et Twit­ter, ont inter­dit d’expression une per­son­ne qui était tou­jours le prési­dent des États-Unis jusqu’à la date de la pas­sa­tion de pou­voir. Au même moment, un de ses dis­cours était cen­suré sur CNN.

Le con­seil de sur­veil­lance de Face­book, une façade en réal­ité, a dû réé­tudi­er la sus­pen­sion du fait de la charte de l’entreprise qui ne com­por­tait pas la pos­si­bil­ité de sus­pendre indéfin­i­ment une per­son­ne. C’est pour cela que la déci­sion devait être réé­tudiée. Le réseau social dis­po­sait de six mois pour pren­dre cette déci­sion, suite à l’avis du con­seil de sur­veil­lance. Elle survient après seule­ment un mois. Une for­mal­ité, en somme.

 Face­book ne s’interroge donc pas sur le fond : est-il légitime pour une entre­prise de décider qui a le droit de dire quoi ? L’ancien prési­dent des États-Unis ne s’y est d’ailleurs pas trompé, déclarant : « Ce que Face­book, Twit­ter et Google ont fait est une honte absolue. On a retiré la lib­erté dexpres­sion au prési­dent des États-Unis parce que des fous de la gauche rad­i­cale ont peur de la vérité mais la vérité sor­ti­ra de toute façon, plus grande et plus forte que jamais. »

Qu’en pense le quotidien Le Monde ?

Le Monde est revenu sur la ques­tion de la suspension/interdiction de Don­ald Trump dans sa rubrique « Pix­els » datée du ven­dre­di 4 juin 2021. Le quo­ti­di­en analyse la déci­sion de Face­book, prise à l’encontre de l’ancien prési­dent des États-Unis.

La déci­sion ? Face­book main­tient la sus­pen­sion du compte de Don­ald Trump, par ailleurs tou­jours inter­dit de Twit­ter, pour deux ans. L’ancien prési­dent a immé­di­ate­ment riposté : « La déci­sion de Face­book est une insulte aux 75 mil­lions de per­son­nes qui ont voté pour nous en 2020 (…) Face­book ne devrait pas être autorisé à s’en tir­er avec cette cen­sure et ce muse­lage ».

Jusqu’alors, Face­book con­sid­érait qu’un mes­sage posté par un chef d’État, de gou­verne­ment ou par des élus et respon­s­ables poli­tiques devait rester en ligne en tant qu’information de nature poli­tique et à car­ac­tère pub­lic. La sus­pen­sion de mes­sages d’hommes poli­tiques était raris­sime. Le cas de Don­ald Trump est un précé­dent qui va donc faire « jurispru­dence » sauf que cela se passe en dehors de tout tri­bunal et de toute déci­sion de jus­tice. Aucun État de droit n’a con­damné ce pour quoi Face­book sanc­tionne l’ancien prési­dent des États-Unis.

Le Monde ne trou­ve pas cela anor­mal, ne le sup­pose d’ailleurs même pas, alors que ce quo­ti­di­en en appelle par ailleurs très sou­vent à la lib­erté d’expression (celle de ses idées). Au con­traire, l’article paru dans la rubrique Pix­els con­tient de nom­breux élé­ments de lan­gage qui, au coeur de la descrip­tion des faits, revi­en­nent à con­sid­ér­er que le prob­lème n’est pas la cen­sure sans base juridique de respon­s­ables poli­tiques tels que Trump mais l’existence des idées qui ne sont pas celles du Monde.

Exemples d’éléments de langage

« Le compte Face­book de M. Trump avait finale­ment été sus­pendu en jan­vi­er, après l’invasion du Capi­tole par des sup­por­t­eurs du prési­dent sor­tant, que ce dernier avait incités à marcher sur le siège de la cham­bre des représen­tants et du Sénat ». Il y a ici plusieurs fake news : Trump était tou­jours prési­dent des États-Unis ; il n’a pas « incité » à marcher vers le Capi­tole, la fin de son dis­cours con­viant ses par­ti­sans à « man­i­fester paci­fique­ment leur désac­cord ». Trump n’a donc pas appelé à « l’invasion », un terme pour le moins fort, et n’a d’ailleurs pas été con­damné pour ce que Le Monde con­sid­ère comme étant la réalité.
C’est ain­si que se fab­rique l’information « véri­fiée » et « décodée » des médias de grand-chemin.

Le Monde indique aus­si que Trump avait affir­mé « au mépris de toutes les preuves (une for­mule qui, elle, méprise la déon­tolo­gie jour­nal­is­tique) que des fraudes mas­sives avaient eu lieu lors des élec­tions de novem­bre 2020 et qu’il était le vrai prési­dent élu ». Le quo­ti­di­en sem­ble trou­ver nor­mal qu’un réseau social puisse reprocher un avis à un prési­dent bat­tu lors des élec­tions et, ce, jusqu’à l’interdire de parole. Pour­tant, quoi de plus nor­mal qu’un homme poli­tique bat­tu qui, de dépit, sup­pose des fraudes ? Rien que de très banal dans la vie poli­tique et rien d’interdit par la loi. Ce qui est moins nor­mal c’est que le monde juge… nor­mal de sus­pendre un compte et donc la lib­erté d’expression sur cette base.

Autre for­mule révéla­trice : la poli­tique bien­veil­lante de Face­book « a mon­tré les lim­ites de cette poli­tique, l’ancien prési­dent des États-Unis ayant util­isé à de mul­ti­ples repris­es son compte pour dif­fuser des théories du com­plot, des attaques per­son­nelles con­tre des jour­nal­istes, voire des men­aces à peine voilées con­tre d’autres dirigeants étrangers ». Là aus­si, sur quelles bases juridiques et quelles con­damna­tions l’auteur de cet arti­cle du Monde se base-t-il ? Qu’est-ce qu’une théorie du com­plot ? Lesquelles ont été dif­fusées par Trump ? Pas d’information sur ces sujets. Le jour­nal­iste part de pré­sup­posés per­son­nels et assène des argu­ments d’autorité.

Finale­ment ? Extrait du Monde : « Face­book con­firme plus générale­ment, comme lannonçait le site spé­cial­isé The Verge, quil compte lim­iter les priv­ilèges de mod­éra­tion dont jouis­sent les élus et chefs de gou­verne­ment. Le réseau social pour­rait aus­si faire preuve de plus de trans­parence sur les aver­tisse­ments don­nés en cas dinfrac­tion à ses règles, qui peu­vent con­duire à lexclu­sion des comptes récidi­vistes. »

Cela n’interroge pas du côté du Monde : qu’un média en forme de réseau social se pré­pare à lim­iter ou inter­dire la lib­erté d’expression de per­son­nes choisies pour leurs opin­ions, en pre­mier lieu poli­tiques, ne paraît pas dan­gereux pour la démoc­ra­tie dans les pages d’un quo­ti­di­en qui se tar­gue en per­ma­nence de défendre la démoc­ra­tie. Cherchez l’erreur.

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