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Bellingcat : Le Monde victime de la propagande britannique, ou complice ?

6 août 2022

Temps de lecture : 3 minutes
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Bellingcat : Le Monde victime de la propagande britannique, ou complice ?

6 août 2022

Temps de lecture : 3 minutes

Pre­mière dif­fu­sion le 27 mai 2022

Quand un « grand quotidien du soir » qualifie Bellingcat, une émanation des services britanniques, « d’ONG », le tout dans le contexte du conflit russo-ukrainien, que faut-il en penser ? Amateurisme ou complicité ? Nous laissons au lecteur le soin de tirer sa propre conclusion. Visite des lieux.

Bellingcat et les crimes de guerre

L’article paru le 21 mai 2022 sous la sig­na­ture de Lucas Min­isi­ni traite des crimes de guerre com­mis par les russ­es en Ukraine. Le titre, « Belling­cat, l’ONG pour qui la vérité coule d’open source », éclaire deux opin­ions du journaliste :

  1. Belling­cat serait une organ­i­sa­tion non gou­verne­men­tale, une sorte d’association human­i­taire au ser­vice des médias.
  2. Cette asso­ci­a­tion human­i­taire est égale­ment au ser­vice de la vérité.

Le con­tenu sur les « crimes de guerre » est l’expression même du qua­trième principe des 10 principes de la pro­pa­gande de guerre :

« L’ennemi com­met des atroc­ités, et si nous en com­met­tons, c’est involon­taire­ment »

Présentation sympathique de Bellingcat

Après avoir détail­lé un « meurtre silen­cieux » (russe bien évidem­ment) en Ukraine, l’auteur détaille sa ren­con­tre sym­pa­thique avec Eliot Hig­gins, le créa­teur de Belling­cat, dans un pub de la ban­lieue de Leices­ter. Le char­mant Hig­gins est un ancien « employé dans un cen­tre d’accueil pour réfugiés, puis père au foy­er », il vit dans « sa petite mai­son en brique de Leices­ter », il ne manque que l’auréole, envoi au Vat­i­can et San­to subito ! En 2014 il crée Bellincat « un groupe d’enquêteurs indépen­dants en ligne » qui « invente une nou­velle manière de faire du jour­nal­isme ».

Voir aus­si : Mécaniques du jour­nal­isme : France Cul­ture en parte­nar­i­at avec Belling­cat, financé par Soros et cie

Ils sont « trente employés et cinquante con­tribu­teurs éparpil­lés dans les bureaux d’Amsterdam, aux Pays-Bas, et le reste du monde. Leurs pro­fils sont très dif­férents des jour­nal­istes des médias tra­di­tion­nels : pro­gram­meurs, anciens juristes inter­na­tionaux et même anciens mil­i­taires ou employés des ser­vices de ren­seigne­ment, qui tous tra­vail­lent ensem­ble ». Attar­dons-nous un peu sur cette char­mante équipe, son finance­ment et ses objec­tifs réels.

Qui se cache derrière Bellincat ?

Nous avons réal­isé un dossier com­plet sur Belling­cat, réservé à nos dona­teurs. Nous en pub­lions des extraits ci-dessous.

Qui finance Bellingcat ?

L’article du Monde n’en touche pas un mot, et pour cause. Par­mi les sou­tiens financiers on retrou­vera l’Open Soci­ety de George Soros, la Dig­i­tal News Ini­tia­tive de Google. Hig­gins a aus­si tra­vail­lé avec l’Organized Crime and Cor­rup­tion Report­ing Project, lui aus­si financé par l’Open Soci­ety. Belling­cat est l’un des mem­bres fon­da­teurs, avec Google News Ini­tia­tive de First Draft News Ini­tia­tive, pour « lut­ter con­tre la dés­in­for­ma­tion sur internet ».

Par­mi les autres sou­tiens, comme c’est sur­prenant, on trou­vera la « fon­da­tion » améri­caine Nation­al Endow­ment for Democ­ra­cy, très proche de la CIA, habituée à financer des mou­ve­ments poli­tiques ou cul­turels à tra­vers le monde et financée très offi­cielle­ment par le Con­grès améri­cain ; l’État pro­fond dans son expres­sion la plus franche. L’organisation est aus­si parte­naire, entre autres, de l’OIP, Open Infor­ma­tion, Part­ner­ship, financée par le Bureau des affaires étrangères du gou­verne­ment bri­tan­nique et de l’Atlantic Coun­cil dont le nom indique l’objectif.

Les aller-retour Bellingcat/services de renseignement

C’est une espèce de yoyo qui est décrit dans un arti­cle (14/04/2021) de la pub­li­ca­tion spé­cial­isée sur le monde du ren­seigne­ment Intelli­gence Online. Des rédac­teurs de Belling­cat vien­nent du ren­seigne­ment ou a con­trario le rejoignent après avoir tra­vail­lé pour lui. Ain­si Christo­pher Big­gers est un ancien de la Nation­al Geospa­tial Intel­li­gence Agency (NGA) améri­caine. Il a pub­lié des dizaines d’articles pour le site entre 2014 et 2017 avant de rejoin­dre une autre société privée de rensei­gnement, le Jane’s Infor­ma­tion Group. Dans l’autre sens Veli-Pekka Kivimä­ki, ancien rédac­teur entre 2014 et 2019, a inté­gré en 2020 le ser­vice de ren­seigne­ment finlandais.

Les rela­tions sont aus­si étroites avec les GAFAM. La car­rière d’Alber­to Fittarel­li en est un joli exem­ple. Il tra­vaille suc­ces­sive­ment chez Pay­Pal (2008/2010) puis Face­book (2010/2014), Uber (2015), revient chez Face­book en tant qu’analyste puis chef des enquêtes sur les men­aces émer­gentes. Il est rédac­teur inter­mit­tent sur Belling­cat ; comme le monde est petit.

Résumons

Le déli­cieux « employé de cen­tre d’accueil pour réfugiés et père au foy­er », évolue dans un monde ondoy­ant mais très restreint : celui des ser­vices anglo-sax­ons et de l’atlantisme opérationnel.

Belling­cat est un faux nez ser­vant à des opéra­tions d’information/désinformation au ser­vice d’intérêts bien iden­ti­fiés. L’auteur de l’article a‑t-il péché par excès de naïveté et de con­fi­ance ou par son exact con­traire ? Comme nous sommes indul­gents par nature, nous opterons pour la pre­mière inter­pré­ta­tion, mais rien n’interdit à nos lecteurs de pencher pour la seconde.

Voir aus­si : Le Monde déroule le tapis rouge au secré­taire général de l’Otan

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