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Aux Inrocks, l’Obamania reconnaissante

3 novembre 2018

Temps de lecture : 3 minutes
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Aux Inrocks, l’Obamania reconnaissante

À l’approche des élections américaines de mi-mandat, et en son numéro du 24 octobre 2018, le magazine Les Inrockuptibles proposait une « Enquête sur les héritiers d’Obama ». Analyse.

L’enquête porte plus pré­cisé­ment sur « les bébés d’Obama ». Un dossier que Jean-Marie Pot­ti­er, intro­duit ain­si : « Dix ans après la vic­toire de Barack Oba­ma, une quar­an­taine de ses dis­ci­ples sont can­di­dats aux élec­tions de mi-man­dat du 6 novem­bre dans un paysage poli­tique dévasté par la vic­toire de Trump. Ou plane encore, deux ans après son départ, l’ombre de l’ancien prési­dent ». OJIM, par­donne-leur, je te prie, ils ne savent pas ce qu’ils font ! La séman­tique de cette sim­ple intro­duc­tion révèle un cer­tain état de con­fu­sion men­tale (pas nou­veau) aux Inrock­upt­ibles : Oba­ma en gourou/Jésus dont la stature haute­ment mes­sian­ique plan­erait tou­jours au-dessus des Etats-Unis, ayant des « dis­ci­ples » face au dia­blotin Trump le paysage est infer­nal « dévasté ». Les Inrock­upt­ibles ou « Oba­ma bless Amer­i­ca », en somme.

In Obama, they trust !

On peut crois­er l’auteur de l’article par ailleurs, et comme il se doit , dans So Foot, sur France Inter et dans Slate, en famille. Ici, l’objet de l’enquête est de faire ressen­tir au lecteur une sorte de nos­tal­gioba­ma­nia. Cela com­mence par le témoignage d’une sup­por­t­rice d’Hillary Clin­ton en 2016„ laque­lle devait accouch­er le jour de l’élection de sa cham­pi­onne… mais, Hillary battue, Trump élu, son bébé est « finale­ment arrivé plus tard ». Au sein de la rédac­tion des Inrock­upt­ibles, per­son­ne ne doute que l’élection de Trump a (au moins) boulever­sé l’ordre de la nature. La maman est main­tenant can­di­date démoc­rate en Cal­i­fornie. Selon « l’organisation Oba­ma Alum­ni, qui revendique 15 000 mem­bres » (n’oublions pas que nous par­lons d’un pays con­ti­nent), les ini­tia­tives des anciens proches d’Obama se seraient mul­ti­pliées, dont une quar­an­taine de can­di­da­tures aux prochaines élec­tions, dans le souci de com­bat­tre le Mal, par­don le Trump. Il y en aurait même qua­torze, rien que cela, can­di­dats à la Cham­bre des représen­tants. Pourquoi ? « Nous devons nous sauver nous-mêmes », dit l’un. Rien de moins. Il y a de l’intimité, ain­si : « Mon père est nigéri­an, ma mère est une blanche du Kansas, ma femme s’appelle Michèle et nous sommes tous les deux avo­cats. Quand j’ai passé mon entre­tien d’embauche avec Barack, il m’a dit en riant : « Vous êtes qui, mon frère ? ». Les sou­venirs des années Oba­ma « se trans­for­ment sou­vent en réc­its de vie mêlant l’intime et la poli­tique ».

Obama, nombril du monde

Le monde des bobos, en somme, auto­cen­trés sur un nom­bril con­fon­du avec l’axe du monde. Une petite touche au sujet de l’obamacare et de tous ces améri­cains séroposi­tifs qui ont cru en l’advenue du Messie, ayant reçu l’onction Prix Nobel pour cause de couleur de peau, un critère comme un autre sans doute. Puis l’article insiste sur le fait que l’ancien prési­dent est plus pop­u­laire (60 %) que le nou­veau (45 %). Sans pour­tant remar­quer, que 45 % d’opinions favor­ables pour un prési­dent améri­cain, à mi-man­dat, cela tient de l’exploit. Ce que l’auteur de l’article ne peut pas faire remar­quer puisqu’il obère un fait, un prési­dent Trump pop­u­laire. La réal­ité imposée ici est celle d’un nou­veau culte, la nou­velle Église obamanienne.

L’avant garde du Bien

Ce que remar­que Pot­ti­er, c’est que les can­di­dats démoc­rates se référant à Oba­ma for­ment un groupe à la fois mul­ti­cul­turel et forte­ment fémin­isé, ils seraient ain­si une sorte d’avant-garde du Bien en marche out­re-Atlan­tique. Un témoin con­firme que tout va mieux « avec toutes ces femmes et ces hommes de couleur qui se présen­tent ». Il y aurait un avenir puisque les minorités eth­niques, la gauche de la gauche du par­ti démoc­rate, ont de plus en plus de can­di­dats, con­tre les vieux mâles blancs (qui hélas écu­ment aus­si ce par­ti), et que cela pour­rait faire naître « un nou­v­el Oba­ma en 2022 ». Quand il est démoc­rate, social libéral et libéral cul­turel, le mes­sian­isme ne choque pas. C’est que « Face à un Joe Biden ou un Bernie Sanders qui affichent le même pro­fil (mâle, blanc, âgé, hétéro ?), cer­tains plaident pour jouer le con­traste ou le saut de généra­tion ». Bien sûr, dans ce mag­a­zine, par­ler de « con­traste » au sujet de couleurs de peau n’a rien de racial­iste. Refuser un can­di­dat parce qu’il est blanc et « mâle » ne pose pas de prob­lème, par con­tre celui qui refuserait une can­di­date noire et jeune…Les voies des Inrock­upt­ibles sont impéné­tra­bles, ou le con­traire. Le nec plus ultra reste « la fille d’un père jamaï­cain et d’une mère indi­enne », un sur­prenant critère de com­pé­tence politique.

Les Inrock­upt­ibles, un heb­do­madaire éton­nant, dont chaque sor­tie sem­ble des­tinée à mon­tr­er à quel point le paysage médi­a­tique est coupé du paysage humain réel, y com­pris quand il par­le des États-Unis. Les racines (autres que issues des minorités), sont inter­dites aux Inrock­upt­ibles, alors on prend ses rêves mes­sian­iques pour des réal­ités. Les lende­mains de cuite ou de joint seront peut-être douloureux…

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