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Violences lors des manifestations : un écran de fumée si utile

7 décembre 2020

Temps de lecture : 3 minutes

Accueil | Veille médias | Violences lors des manifestations : un écran de fumée si utile

Violences lors des manifestations : un écran de fumée si utile

Violences lors des manifestations : un écran de fumée si utile

C’est désormais une habitude : des scènes de guérilla urbaine émaillent les manifestations les plus importantes organisées à Paris. Dans ce chaos devenu rituel, il y a les idiots utiles, ceux qui minimisent les événements et, plus rares, les lanceurs d’alerte. Revue de presse.

La man­i­fes­ta­tion organ­isée à Paris le 5 décem­bre 2020 con­tre la loi de sécu­rité glob­ale a, comme la semaine dernière, été mar­quée par de nom­breuses vio­lences. Voitures incendiées, jets de cock­tails molo­tov, com­merces et devan­tures incendiées, marteau jeté con­tre un polici­er, chas­se aux forces de l’ordre, la sit­u­a­tion était encore une fois totale­ment hors de con­trôle dans le cen­tre de Paris. Les mil­ices d’extrême gauche tien­nent le haut du pavé, et elles le tien­nent fer­me­ment. Il y a un an, l’Ojim soulig­nait le jeu d’ombres présen­té par les médias de grand chemin à l’occasion de la man­i­fes­ta­tion des gilets jaunes du 16 novem­bre 2019.

Un an après, rien ne sem­ble avoir changé : la ques­tion du main­tien de l’ordre et de la stratégie employée est tou­jours large­ment passée à la trappe dans les médias de grand chemin. Alors que cela con­stitue poten­tielle­ment un scan­dale d’État. Le rejet en 2018 par la majorité des députés au par­lement du lance­ment d’une com­mis­sion d’enquête sur les black blocs, évo­qué notam­ment par L’Opinion, est une nou­velle illus­tra­tion de l’omerta à ce sujet.

Les idiots utiles

Plusieurs lead­ers poli­tiques ont fer­me­ment con­damné les vio­lences com­mis­es en plein cen­tre de Paris. Pil­lages, incendies, agres­sions, etc. sont désor­mais devenus un spec­ta­cle qua­si­ment et tris­te­ment banalisé.

Le député La France Insoumise Éric Coquer­el était invité par BFMTV le soir du 5 décem­bre pour com­menter la man­i­fes­ta­tion. On cherche vaine­ment tout au long de son inter­view la moin­dre con­damna­tion des vio­lences com­mis­es par les black blocks lors de la man­i­fes­ta­tion. L’obsession d’Éric Coquer­el, c’est « la vio­lence sociale » du gou­verne­ment qui expli­querait la mon­tée des tensions.

« Un jour trot­skyste, trot­skyste tou­jours », c’est le con­stat fait par Jean-Yves le Gal­lou lors de l’émission IMe­dia sur TV Lib­ertés (37,5 min) du 3 décem­bre, en com­men­tant des images mon­trant « une con­nivence entre un black block et un des respon­s­ables du char » sur lequel Edwy Plenel harangue la foule lors de la man­i­fes­ta­tion du 28 novem­bre à Paris.

Policiers et petits commerçants dans le même sac sur France Inter

Si vous vous inter­ro­giez à quoi sert la rede­vance, vous savez désor­mais pour quoi et surtout pour qui. La rede­vance sert notam­ment à pay­er les humoristes ricanant de la radio affil­iée à l’État français, France Inter. Le 5 décem­bre, c’était jour de manif con­tre les vio­lences poli­cières et la loi sur la sécu­rité globale.

Le « chroniqueur » Guil­laume Mau­rice de France Inter “tweete” à 10h53 pour l’occasion :

Pour les non-ini­tiés, ACAB veut dire « all cops are bas­tards ». Tous les flics sont des bâtards. À peine quelques jours plus tôt, c’était con­tre les com­merçants qu’il livrait le « com­bat du siè­cle », comme nous en informe Mar­i­anne. Une belle illus­tra­tion de l’esprit d’indépendance qu’entend pro­mou­voir la radio d’État.

Pas de con­damna­tion à atten­dre non plus du « jour­nal­iste » com­mu­nau­tariste Taha Bouhafs qui s’exprime sur Twit­ter : « Il n’y a pas de bons ou de mau­vais manifestants ».

Les « incidents » qui ont émaillé la manifestation parisienne

Comme la semaine précé­dente, la man­i­fes­ta­tion du 5 décem­bre a été mar­quée par de très nom­breuses vio­lences et des scènes de guerre civile. Heureuse­ment, l’AFP est là pour dis­tribuer les élé­ments de lan­gage aux médias de grand chemin :

On hésite pour com­pren­dre le terme employé entre les 2 sens du mot « incident » :

« Petit évène­ment qui survient » ou « évène­ment peu impor­tant en lui-même mais capa­ble d’en­traîn­er de graves con­séquences ». Guil­laume Pot recadre les événe­ments sur Twitter :

Les lanceurs d’alerte

À qui ser­vent ces vio­lences vis­i­ble­ment tolérées ? Si la syn­di­cal­iste poli­cière Lin­da Keb­bab ne répond pas à cette ques­tion, elle souligne néan­moins devant Jean-Jacques Bour­din que « les Black blocks sont con­nus, iden­ti­fiés par les flics et on les laisse ren­tr­er dans les man­i­fs ». Elle ajoute qu’elle a été men­acée d’enquête par la police des polices, l’IGPN, suite à ces déclarations.

Le crim­i­no­logue Xavier Raufer affirme quant à lui  au micro de TV Lib­ertés :

Si la peur a changé de camp, elle est sûre­ment main­tenant du côté des policiers et des com­merçants dont l’outil de tra­vail est régulière­ment van­dal­isé par les fils de bour­geois. Ain­si, sur Twit­ter, Bat­mantroop­er peut affirmer en toute tranquillité :

Les mod­éra­teurs de Twit­ter, si prompts à sus­pendre les comptes de l’OJIM et con­sorts, sont pour une fois aux abon­nés absents.

Au final, le temps passé par les médias à par­ler en sur­face des vio­lences urbaines aura per­mis d’éluder qua­si totale­ment cer­taines joyeusetés de la loi sur la sécu­rité glob­ale, la sur­veil­lance par drones, les nou­veaux pou­voirs don­nés aux agents de sécu­rité, etc. Une affaire ron­de­ment menée. De son côté le prési­dent annonce sur Brut la créa­tion « d’une plate­forme con­tre les discriminations »…

Voir la tri­bune « con­tre la haine » signée par Christophe Meurice et 90 per­son­nal­ités dans Le Monde du 15 octo­bre 2019.

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