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Un jour dans la vie de Ouest-France

26 juillet 2020

Temps de lecture : 4 minutes

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Un jour dans la vie de Ouest-France

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Un jour dans la vie de Ouest-France

26 juillet 2020

[Pre­mière dif­fu­sion le 3 jan­vi­er 2020]

Le 26 décembre est un jour un peu spécial. C’est le lendemain de Noël. Le Pape a prononcé la veille son discours « urbi et orbi ». Cette année encore, les migrants occupent une large part de la bénédiction du souverain pontife. Le quotidien régional Ouest-France est non seulement en phase avec les positions pro-migrants et sans frontières du Pape, il l’appuie dans plusieurs articles de l’édition du 26 décembre 2019. Au risque de tomber dans la caricature.

Le discours « urbi et orbi »

L’affaire n’est pas nou­velle, le Pape François con­fond char­ité et poli­tique migra­toire. En pré­ten­dant s’inscrire dans la tra­di­tion catholique, le sou­verain pon­tife mul­ti­plie depuis des années les posi­tions les plus extrêmes en matière d’immigration. Le dis­cours « urbi et orbi » pronon­cé le 25 décem­bre 2019 à Rome a été sans sur­prise. Ouest-France titre que « le Pape con­tin­ue à défendre les migrants ». Com­men­tant ce dis­cours, le quo­ti­di­en région­al rap­pelle que « le Pape (qui) fait du sou­tien des migrants l’une des pri­or­ités de son pon­tif­i­cat ».

Le Pape François se sin­gu­larise par une vision extrême­ment car­i­cat­u­rale de l’immigration, en refu­sant la dis­tinc­tion migrant économique — réfugié poli­tique, en occul­tant la dimen­sion religieuse de l’immigration en prove­nance de pays musul­mans et en érigeant la migra­tion comme une solu­tion aux pays d’origine des migrants. Tous ces argu­ments, Ouest-France n’en a cure, si l’on ose dire. Au con­traire, le quo­ti­di­en région­al appuie le dis­cours car­i­cat­ur­al du Pape par d’autres arti­cles en faveur de la « grande migra­tion ».

« Pas de trêve de Noël pour SOS Méditerranée »

Le grand titre sur la page de cou­ver­ture de Ouest-France est con­sacré à l’O.N.G. SOS Méditer­ranée qui sec­ourt des migrants en mer méditer­ranée. L’article à ce sujet occupe égale­ment la plus grande par­tie de la dernière page de l’édition du 26 décem­bre. Titré « Sur l’Océan Viking, Noël a la saveur du devoir accom­pli », il four­mille de détails émou­vants, tant sur l’équipage, qui a « les traits tirés en ce matin du 25 décem­bre » que sur les rescapés, qui à l’occasion d’un sauve­tage sont aus­si appelés des « dés­espérés, dont une femme avec un bébé embar­qués sur un bateau de bois qui menaçait à tout de moment de se retourn­er ». On est dans le reg­istre de l’émotion pure, voire de la sidéra­tion, sans aucune dis­tance cri­tique sur l’action de l’O.N.G.

Le quo­ti­di­en région­al présente SOS Méditer­ranée en des ter­mes élo­gieux. Tout est sim­ple dans cette affaire : il s’agit de sec­ourir des migrants qui ont été lâchés en mer par des passeurs sur de frêles embar­ca­tions. L’Océan Viking ne sem­ble avoir qu’une option : recueil­lir et con­duire les clan­des­tins en Europe. Ce n’est qu’une ques­tion d’heures pour que « Malte et l’Italie se met­tent d’accord pour pro­pos­er un port sûr pour débar­quer ».

Comme le soulig­nait récem­ment un arti­cle du site aus­tralien Quil­lette, les médias occi­den­taux « nég­li­gent scrupuleuse­ment de s’interroger sur les régimes des pays des migrants et ne recon­nais­sent pas que c’est leur crise migra­toire avant celle de l’Europe ». Ouest-France ne fait pas excep­tion avec sa vision binaire de ladite « crise des migrants ».

Si le quo­ti­di­en région­al men­tionne le finance­ment de SOS Méditer­ranée, « à 98% de dons privés », il ne nous dit pas un mot sur le sou­tien indi­rect du mil­liar­daire George Soros, qui a été détail­lé dans un arti­cle d’Antipresse repris par l’OJIM. Une dis­cré­tion bien gardée par Ouest-France sur un mil­liar­daire qui fait par­tie « des gens, peu nom­breux mais puis­sants médi­a­tique­ment et sociale­ment qui refusent sans le dire ouverte­ment le respect des lois migra­toires », comme le soulig­nait G.W. Gold­nadel dans un arti­cle du Figaro en juin 2018.

« Un Noël solidaire pour oublier la précarité »

Un autre arti­cle est con­sacré à un repas sol­idaire organ­isé à Laval par une asso­ci­a­tion car­i­ta­tive. Ce n’est pas un tra­vailleur pau­vre ou un chômeur français à qui Ouest-France donne la parole. Non, c’est Mamadou qui s’exprime. Il a fui la Guinée-Conakry, il est « sans papi­er ». Au repas de Noel, « aujourd’hui, il y a des chré­tiens, des musul­mans, on est tous égaux » affirme-t-il. Voilà qui change effec­tive­ment de la Guinée Conakry où les con­flits inter religieux ont été sanglants dans les dernières années. Mais l’essentiel n’est-il pas comme l’affirme une ani­ma­trice de l’événement que « des jeunes comme Pamo, qui ont envie d’aider (à organ­is­er ce type d’événement NDLR), il y en a beau­coup. Comme ils ne peu­vent pas tra­vailler car ils n’ont pas de papiers, ils sont pleins d’énergie et volon­taires ». Aucun com­men­taire de Ouest-France. Le prob­lème ne serait donc pas qu’un étranger soit présent illé­gale­ment en France, mais qu’il n’ait pas de papiers.

« Brexit : les jeunes migrants sur la touche »

Pour ceux qui n’auraient pas com­pris que les fron­tières, c’est mal, un autre arti­cle est con­sacré au vote le 20 décem­bre par le par­lement bri­tan­nique d’un pro­jet de loi « traduisant l’accord de sor­tie de l’Union européenne (et qui) sonne le glas du regroupe­ment famil­ial ».

Si les par­ti­sans du Brex­it ont voulu notam­ment que leur pays puisse retrou­ver la maitrise de ses flux migra­toires, la fin prochaine de la pos­si­bil­ité de regroupe­ment famil­ial des mineurs étrangers n’a pas les faveurs de Ouest-France. Le quo­ti­di­en région­al donne la parole aux asso­ci­a­tions de défense des migrants. Ce sera l’unique argu­men­taire dévelop­pé dans l’article. « La mesure bri­tan­nique pousse les mineurs à recourir aux ser­vices des passeurs en n’autorisant plus le regroupe­ment famil­ial ou les con­damne à devenir des parias ».

La maitrise des flux migra­toires est non pas présen­tée comme une pro­tec­tion des bri­tan­niques mais sous l’angle de sit­u­a­tions famil­iales ponctuelles. C’est ce que l’on peut appel­er pren­dre le prob­lème par le petit bout de lorgnette.

Tout au long des arti­cles de l’édition du 26 décem­bre de Ouest-France, le dis­cours papal aura été appuyé par plusieurs illus­tra­tions, cen­sées démon­tr­er que les fron­tières sont des obsta­cles inhu­mains et que la maitrise des flux migra­toires un objec­tif cru­el, tan­dis que la régu­lar­ité du séjour en France est une for­mal­ité dis­pens­able. Pen­dant ce temps, Breizh Info nous appre­nait en sep­tem­bre qu’en rai­son de l’explosion du nom­bre de migrants, l’État leur a payé 40 000 nuits d’hôtel à Rennes depuis début jan­vi­er. « +27% de migrants en plus en Bre­tagne par rap­port à 2018 » selon la Préfète de Bre­tagne. Des détails sans doute pour Ouest-France au lende­main de Noël… mais ses lecteurs n’en sauront rien.

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