Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
PUBLICATIONS
Yann Barthès, Dilcrah, Netflix, Frontex, Bellingcat... Découvrez les publications papier et numériques de l'Observatoire du journalisme.
→ En savoir plus
Censure par les médias sociaux américains : Elon Musk lève le voile

14 décembre 2022

Temps de lecture : 6 minutes
Accueil | Veille médias | Censure par les médias sociaux américains : Elon Musk lève le voile

Censure par les médias sociaux américains : Elon Musk lève le voile

14 décembre 2022

Temps de lecture : 6 minutes

Ce contenu est gratuit. L’Ojim vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 50 € revient à 17 €, un don de 100 € revient à 34 €.

Il ne s’agit plus des simples agissements d’une entreprise privée, mais d’une censure apparemment encouragée par le FBI, y compris pour faire élire le « bon » candidat aux élections présidentielles, ceci en violant allègrement la constitution américaine et en particulier son premier amendement, garant de la liberté d’expression.

Twitter files et les frasques de Hunter Biden

Les « Twit­ter files », ou « dossiers Twit­ter », pub­liés par le nou­veau pro­prié­taire de Twit­ter, le mil­liar­daire améri­cain Elon Musk, con­cer­nent notam­ment la cen­sure par les médias soci­aux et les grands médias tra­di­tion­nels – à l’approche de la dernière élec­tion prési­den­tielle qui a vu Joe Biden l’emporter con­tre le prési­dent sor­tant Don­ald Trump – de l’affaire de l’ordinateur portable de Hunter Biden, le fils du can­di­dat démoc­rate empêtré dans de nom­breuses affaires de cor­rup­tion, de drogues et de mœurs. Ils con­cer­nent aus­si la pra­tique du shad­ow ban­ning à l’encontre des con­ser­va­teurs et même des sci­en­tifiques qui ne s’alignaient pas sur la nar­ra­tion offi­cielle con­cer­nant le Covid (avec une liste noire secrète des comptes dont les mes­sages devaient être ren­dus le moins vis­i­bles pos­si­ble) et le rôle joué par cer­tains per­son­nages clés au sein de la com­pag­nie à l’oiseau bleu. Et ils con­cer­nent enfin la sup­pres­sion du compte Twit­ter du prési­dent des États-Unis en exer­ci­ce, Don­ald Trump, et la man­i­fes­ta­tion au Capi­tol qui a dégénéré quand les man­i­fes­tants sont entrés de force dans le bâti­ment du Con­grès le 6 jan­vi­er 2021. Il y avait ain­si eu, au 12 décem­bre dernier, qua­tre lots de doc­u­ments internes envoyés par le nou­veau pro­prié­taire de Twit­ter Elon Musk à des jour­nal­istes, et d’autres devaient sans doute suivre.

Musk et les réseaux sociaux

Face au dis­crédit jeté sur le nou­veau pro­prié­taire de Twit­ter par les grands médias français, rap­pelons que celui-ci n’est pas for­cé­ment un con­ser­va­teur ou même un enne­mi des démoc­rates. Voici ce qu’il écrivait lui-même le 10 décem­bre 2022 dans un tweet : « Est-ce que je pense que Trump aurait per­du de toute façon ? Oui. Et, pour rap­pel, j’ai soutenu Biden, Hilary et Oba­ma. Néan­moins, il est évi­dent que l’interférence des entre­pris­es de médias soci­aux dans les élec­tions sape la foi des gens dans la démoc­ra­tie et est mauvaise.

» Le mil­liar­daire avait toute­fois tweeté en juin qu’il avait voté pour un représen­tant répub­li­cain aux dernières élec­tions pour le Con­grès et qu’il « pen­chait » en faveur du gou­verneur con­ser­va­teur de Floride, Ron DeSan­tis, pour les pri­maires répub­li­caines de 2024, ce qui avait sus­cité la rage de la gauche libérale américaine.

L’ingérence dans l’élection présidentielle de 2020 (en faveur de Joe Biden)

La pre­mière série de doc­u­ments internes de Twit­ter – celle con­cer­nant la cen­sure de l’affaire Hunter Biden à l’approche de l’élection prési­den­tielle de 2020 – a été envoyée par Elon Musk au jour­nal­iste free­lance Matt Taib­bi, qui les a ren­dus publics dans un fil Twit­ter, avec la con­clu­sion suiv­ante sur les méth­odes en vigueur à l’époque au sein de ce média social :

« Cer­tains des pre­miers out­ils de con­trôle de la parole avaient été conçus pour lut­ter con­tre les spams et les fraudeurs financiers et autres prob­lèmes de ce type. Lente­ment, au fil du temps, le per­son­nel et les dirigeants de Twit­ter ont com­mencé à trou­ver de plus en plus d’utilisations pour ces out­ils. Des per­son­nes extérieures ont com­mencé à deman­der aus­si à l’entreprise de manip­uler la parole : d’abord un peu, puis plus sou­vent, puis con­stam­ment. En 2020, les deman­des des acteurs con­nec­tés pour sup­primer les tweets étaient une rou­tine. Un cadre écrivait à un autre : “D’autres tweets à revoir remon­tés par l’équipe Biden.” La réponse reve­nait : “Traité.” » Taib­bi nuance mal­gré tout un peu : « Les deux par­tis avaient accès à ces out­ils. Par exem­ple, en 2020, des deman­des de la Mai­son Blanche de Trump et de la cam­pagne de Biden ont été reçues et hon­orées. Cepen­dant… ce sys­tème n’était pas équili­bré. Il était basé sur les con­tacts. Et comme Twit­ter était et est très majori­taire­ment com­posé de per­son­nes d’une même ori­en­ta­tion poli­tique, il y avait plus de canaux, plus de moyens de se plain­dre, ouverts à la gauche (c’est-à-dire aux démoc­rates) qu’à la droite. »

La responsable des affaires juridiques de Twitter en première ligne

En ce qui con­cerne la déci­sion de ne pas par­ler du con­tenu com­pro­met­tant de l’ordinateur de Hunter Biden, révélé par le New York Post à trois semaines de l’élection prési­den­tielle en octo­bre 2020, Taib­bi a écrit, sur la base des doc­u­ments internes remis par Elon Musk que le jour­nal­iste a pub­lié à l’appui de ses con­clu­sions : « la déci­sion a été prise au plus haut niveau de l’entreprise, mais à l’insu du PDG Jack Dorsey, l’ancienne respon­s­able des affaires juridiques, de la poli­tique et de la con­fi­ance Vijaya Gadde ayant joué un rôle clé » (un rôle que l’Obser­va­toire du Jour­nal­isme a déjà men­tion­né en jan­vi­er 2021).

On peut voir dans les échanges entre Vijaya Gadde et l’ancien respon­s­able de la con­fi­ance et de la sécu­rité, Yoel Roth, ain­si que le porte-parole de Twit­ter, Tren­ton Kennedy et Jim Bak­er, ancien con­seiller général adjoint de cette com­pag­nie, que les respon­s­ables de la firme améri­caine avaient du mal à trou­ver la jus­ti­fi­ca­tion de la déci­sion qu’ils avaient prise, cette déci­sion sem­blant avoir précédé la recherche des motifs. Finale­ment, il a été décidé de con­sid­ér­er qu’il s’agissait de doc­u­ments piratés.

Il ne s’agit pas que de Twitter, les médias de grand chemin aussi

Et Twit­ter n’a pas été isolé dans ce choix. L’ensemble des médias soci­aux, dont bien sûr Face­book, mais aus­si des médias tra­di­tion­nels pen­chant du côté libéral lib­er­taire, large­ment majori­taires aux États-Unis, ont à l’époque décidé d’ignorer ou, s’il fal­lait en par­ler, de dis­créditer le scoop du New York Post sur le con­tenu de l’ordinateur de Hunter Biden qui était com­pro­met­tant aus­si bien pour le fils que pour le père. Ce con­tenu, dont notam­ment les échanges par e‑mail du fils, dévoilait en effet (ou con­fir­mait, pour ce qui était déjà plus ou moins con­nu, notam­ment du fait des enquêtes dont il avait déjà fait l’objet) des élé­ments cru­ci­aux sur la manière dont le fils Biden avait pu dévelop­per ses affaires dans les traces de son vice-prési­dent de père à l’époque de la prési­dence de Barack Oba­ma. Des affaires juteuses réal­isées, entre autres, en Ukraine et aus­si en Chine, avec des entre­pris­es chi­nois­es sous le con­trôle du régime com­mu­niste de Pékin.

Si cer­tains de ces grands médias libéraux (tels les jour­naux New York Times et Wash­ing­ton Post ou les télévi­sions CNN, NBC et CBS) ont depuis recon­nu l’authenticité des révéla­tions du New York Post, ce sont les mêmes qui, aujourd’hui, rel­a­tivisent très forte­ment les révéla­tions d’Elon Musk sur la cen­sure poli­tique qui était pra­tiquée par Twit­ter et sur l’interférence de cette com­pag­nie dans les dernières élec­tions prési­den­tielles (notam­ment par la cen­sure et le shad­ow ban­ning).

Le rôle étrange du FBI

Il n’a en fait jamais existé aucune preuve indi­quant que l’ordinateur portable de Hunter Biden aurait été piraté. Au con­traire, comme l’avait rap­porté le New York Post en octo­bre 2020, c’est Hunter Biden lui-même qui est à l’origine de la fuite : il avait remis son ordi­na­teur à un ate­lier de répa­ra­tion du Delaware et l’avait ensuite oublié. L’entreprise de répa­ra­tion en ques­tion, s’étant ren­du compte que l’ordinateur aban­don­né par son pro­prié­taire sem­blait con­tenir des élé­ments de nature délictueuse ou crim­inelle, l’avait ensuite remis à la police. Le FBI avait cet ordi­na­teur entre ses mains depuis 2019 et avait donc tous les moyens de savoir que son con­tenu était authen­tique, d’autant que les dates et le con­tenu des mes­sages de cour­riel com­pro­met­tants pour Hunter Biden sem­blaient cor­re­spon­dre par­faite­ment à ce qui avait déjà été établi par les enquêtes dont il avait fait l’objet. Pour­tant, en 2020, le FBI a claire­ment pré­paré le ter­rain auprès des médias pour démin­er le ter­rain avant de pos­si­bles fuites sur ce con­tenu compromettant.

Les liens étroits FBI-Twitter

En effet, dans une déc­la­ra­tion sous ser­ment, l’ancien respon­s­able de l’intégrité du site de Twit­ter, Yoel Roth, a déclaré que les représen­tants de Twit­ter avaient des réu­nions « heb­do­madaires » avec le FBI avant l’élection de 2020. « On m’a dit lors de ces réu­nions que la com­mu­nauté du ren­seigne­ment s’attendait à ce que les per­son­nes asso­ciées aux cam­pagnes poli­tiques fassent l’objet d’attaques de piratage et que le con­tenu obtenu par ces attaques de piratage serait prob­a­ble­ment dif­fusé sur les plate­formes de médias soci­aux, y com­pris Twit­ter », a déclaré Roth dans une déc­la­ra­tion faite en décem­bre 2020 à la Com­mis­sion élec­torale fédérale. « J’ai égale­ment appris lors de ces réu­nions qu’il y avait des rumeurs selon lesquelles une opéra­tion de piratage et de fuite impli­querait Hunter Biden. »

Le 10 décem­bre 2022, le prési­dent du groupe répub­li­cain désor­mais majori­taire à la Cham­bre des représen­tants, a assuré dans l’émission « One Nation » de la chaîne FNC qu’il avait l’intention de con­vo­quer devant une com­mis­sion par­lemen­taire con­sacrée à ce scan­dale 51 agents du ren­seigne­ment améri­cain qui avaient signé une let­tre affir­mant que les infor­ma­tions sur le con­tenu de l’ordinateur de Hunter Biden étaient une opéra­tion d’intoxication de la Russie.

Le même jour, le nou­veau patron de Twit­ter pre­nait toute­fois la défense du FBI qui « à de rares excep­tion près, sem­ble vouloir faire ce qu’il faut ». Le véri­ta­ble prob­lème, a assuré Elon Musk dans la suite de son tweet, c’est qu’« il ne fait aucun doute que Twit­ter a fonc­tion­né comme une machine mil­i­tante du Par­ti démoc­rate ».

D’autres révéla­tions pour­raient suiv­re, sup­port­ées par la pub­li­ca­tion de doc­u­ments internes du géant de la Big Tech passé sous le con­trôle d’Elon Musk, ce dernier ayant notam­ment évo­qué des ingérences de Twit­ter dans les élec­tions d’autres pays, comme par exem­ple lors des dernières élec­tions au Brésil. A suivre.

Voir aussi

Cet article GRATUIT vous a plu ?

Il a pourtant un coût : 50 € en moyenne. Il faut compter 100 € pour un portrait, 400 € pour une infographie, 600 € pour une vidéo. Nous dépendons de nos lecteurs, soutenez-nous !

Vidéos à la une

Derniers portraits ajoutés