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Twitter : des bénéfices et plus de censure
Publié le 

8 août 2018

Temps de lecture : 3 minutes
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Twitter : des bénéfices et plus de censure

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 26 févri­er 2018

Plus de 12 ans après sa création, Twitter engrange enfin des bénéfices – soit 91 millions de dollars (74 millions d’€) entre octobre et décembre 2017. Cependant, le réseau social est toujours au milieu des polémiques, les premières liées au caractère durable ou non de son modèle économique, les secondes à une censure croissante – surtout des opinions de droite – et à la concurrence possible, mais pour l’heure modeste, de réseaux sociaux plus libres comme GAB, un réseau social conservateur anglo-saxon en pleine expansion.

Sur l’an­née 2017, Twit­ter reste cepen­dant en perte nette, après avoir per­du 62 mil­lions de dol­lars au pre­mier trimestre, 116 au sec­ond et 21 au troisième et un recul de 3% des recettes nettes. Mais le chiffre d’af­faire est record (732 mil­lions de dol­lars) et les inno­va­tions – pas­sage aux 280 car­ac­tères, créa­tions de threads (dis­cus­sions), appli­ca­tion pour sauve­g­arder les tweets, appli­ca­tion payante pour faire des recherch­es, ver­sion payante à 99$ par mois – sem­blent avoir séduit les util­isa­teurs. Le cours de l’ac­tion a aus­si bon­di de 34% à 34.15$, même si la val­ori­sa­tion en bourse de Twit­ter (24.56 mil­liards de $) reste sans com­mune mesure avec sa rentabil­ité économique réelle.

Des utilisateurs plus actifs mais dont le nombre plafonne

Twit­ter com­mu­nique net­te­ment moins sur des mesures de licen­ciements – 350 employés sont par­tis – qui ont aus­si par­ticipé à réduire les charges. Depuis 2015, 700 emplois ont été sup­primés et les rémunéra­tions en actions de ses employés ne représen­tent plus que 18% de son chiffre d’af­faires, con­tre 31% il y a deux ans. Pis, les investisse­ments en recherche et développe­ment (R&D), mais aus­si en mar­ket­ing, ont été sabrés. Des mesures qui ont per­mis de réduire les coûts à court terme, mais dont le vivi­er d’é­conomies com­mence à se tarir.

Le nom­bre d’u­til­isa­teurs act­ifs par jour (DAU) est en aug­men­ta­tion de 12%, mais leur nom­bre total pla­fonne à 330 mil­lions d’u­til­isa­teurs act­ifs par mois, soit à peine 10 mil­lions de plus qu’en 2015 ; il est même en baisse aux Etats-Unis (1 mil­lion), une diminu­tion com­pen­sée par une aug­men­ta­tion des inscrip­tions ailleurs dans le monde. Twit­ter a annon­cé repren­dre des investisse­ments en R&D et en com pour attir­er de nou­veaux util­isa­teurs – les marges devraient donc se sta­bilis­er en 2018, voire se réduire, et non aug­menter comme l’e­spéraient les action­naires après des mil­liards de dol­lars de pertes cumulées.

Le temps d’usage aug­mente (3h02 par mois con­tre 2h37 en 2016, à rai­son de 5mn 44 par ses­sion en 2017 con­tre 4 minute 12 en 2016), à l’in­verse de Face­book, qui voit le temps d’usage chuter de 43% en un an, tan­dis que la durée de la ses­sion moyenne reste sta­ble, autour de 6 min­utes 20 sec­on­des.

Des polémiques croissantes liées à la censure anti conservatrice et russophobe

Cependant, les polémiques liées à la censure, notamment (mais pas seulement) des idées de droite, sur le réseau, vont croissant. Si la concurrence de réseaux sociaux plus libres, au premier lieu duquel GAB, reste pour l’heure assez confidentielle – comme pour YouTube, la suppression massive, en décembre dernier, de comptes d’utilisateurs de la droite radicale sans aucune raison valable (pour « délit d’opinion » donc) a laissé des traces.

En Europe et Russie, la sus­pen­sion de mil­liers de comptes (3800 en tout) soi-dis­ant liés à l’In­ter­net Research Agency, qual­i­fiée de « fab­rique de trolls pro-russ­es », a aus­si été un événe­ment mar­quant, d’au­tant que Twit­ter a aus­si tenu à aver­tir 1.4 mil­lions d’u­til­isa­teurs qui suiv­aient des comptes « en lien avec la Russie ». D’au­tant qu’en dehors d’une com­mu­ni­ca­tion tapageuse des­tinée à légitimer les accu­sa­tions de l’estab­lish­ment améri­cain con­tre l’élec­tion de Trump et la Russie, accusée de s’être mêlée des élec­tions améri­caines, les preuves tar­dent à venir. Pas plus que pour le Brex­it – comme l’a avoué Twit­ter lui-même dans une let­tre au comité de la Cham­bre des Com­munes en charge des tech­nolo­gies numériques.

L’arme absolue : le shadow ban

Après la #Twitterpurge, une série de reportages en caméra cachée chez Twitter révélait début 2018 l’existence d’une censure politique d’ampleur des idées de droite et une volonté idéologique de pousser encore plus loin cette censure.

https://twitter.com/getongab/status/966171480798126080

Le grand pub­lic a ain­si appris la notion de « shad­ow ban », qui s’ap­par­ente à une ver­sion mod­erne de la cen­sure. Les per­son­nes qui en sont vic­times ne le savent pas, elles con­tin­u­ent à poster sans que leur con­tenu soit vis­i­ble, autrement dit elles twit­tent pour elles-mêmes.– ‘appli­ca­tion tech­nique de la maxime célèbre « la dic­tature c’est ferme ta gueule, la démoc­ra­tie, c’est cause tou­jours, tu m’in­téress­es». Le shad­ow ban n’est pas pro­pre à Twit­ter : les util­isa­teurs l’ont aus­si con­staté sur Insta­gram, même si le réseau social ne com­mu­nique pas du tout à ce sujet. Ces don­nées ont été pub­liées après le qua­trième trimestre 2017 : l’avenir nous dira si elles ont impacté la rentabil­ité du réseau social. Et si les cen­sures con­tin­u­ent de prospér­er…

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