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Traoré and co, la folle semaine médiatique des communautaristes

17 août 2020

Temps de lecture : 7 minutes
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Traoré and co, la folle semaine médiatique des communautaristes

Red­if­fu­sion esti­vale 2020. Pre­mière dif­fu­sion le 16 juin 2020

Qui aurait pu imaginer il y a quelques années que des Ministres allaient plier un genou face à des revendications portées par des communautaristes extra-européens et que des médias de grand chemin allaient servir de porte-voix à des manifestations jetant l’opprobre sur toute une profession, en l’occurrence la Police ? Et même contre tous les Européens de souche ? C’est pourtant ce qu’ont observé avec effarement les français en ce mois de juin.

Le discours indigéniste et repentant : un terrain favorable

Les événe­ments qui se sont pro­duits durant la pre­mière quin­zaine de juin ne sont pas le fruit du hasard. Depuis quelques années, des per­son­nal­ités, par­fois aux plus émi­nentes respon­s­abil­ités, tra­vail­lent le ter­rain de la repen­tance par médias inter­posés. Il s’agit essen­tielle­ment de déboulon­ner le « mâle blanc » de son piédestal usurpé et de lui arracher ses priv­ilèges indus.

En juil­let 2018, nous rela­tions déjà que les « mâles blancs » n’avaient pas bonne presse. La Prési­dente de France Télévi­sion, suiv­ie par la Min­istre de la cul­ture et même par le Prési­dent Macron, n’avaient de cesse de fustiger l’omnipotence et l’omniprésence du mâle blanc. Leurs dif­férentes déc­la­ra­tions ont grande­ment facil­ité la banal­i­sa­tion du dis­cours indigéniste dans les médias.

La sit­u­a­tion ne s’est non seule­ment pas améliorée, elle a empiré. La cul­pa­bil­ité des français sem­ble une obses­sion du Prési­dent de la République. Comme le rap­pelle notam­ment Le Figaro, en févri­er 2017 puis en jan­vi­er 2020, le Prési­dent Macron a à deux repris­es com­paré la coloni­sa­tion de l’Algérie à un « crime con­tre l’humanité ». Il a même rap­proché la guerre d’Algérie à la Shoah.

La con­cur­rence vic­ti­maire a ceci de par­ti­c­uli­er qu’elle n’a pas de lim­ites. Quiconque peut se présen­ter comme une vic­time. L’écho que ren­con­trent les com­plaintes vic­ti­maires dépend grande­ment de l’importance que leur don­nent les médias. En ce mois de juin, les médias de grand chemin rivalisent d’efforts pour relay­er les dis­cours les plus rad­i­caux voire les plus déli­rants d’une poignée de mil­i­tants com­mu­nau­taristes voire racial­istes qui dis­posent ain­si d’une tri­bune inespérée.

La mort de George Floyd : une formidable opportunité pour relancer la fabrique de victimes

L’histoire se répète par­fois. En 2017, le New York Times avait rac­croché la mort d’Adama Tra­oré au mou­ve­ment « Black lifes mat­ter » (les vies des noirs comptent aus­si) né au États-Unis, en réac­tion à des vio­lences poli­cières et notam­ment à la mort d’un dénom­mé Rod­ney King. Comme nous le sig­nalions récem­ment, c’était déjà « haro sur les flics ». La mécanique bien huilée de fab­rique de vic­times ne demandait qu’à être relancée. En 2020, la chaîne améri­caine CNN tire des cir­con­stances sim­i­laires des morts de George Floyd et d’Adama Tra­oré des enseigne­ments : « Ils sont devenus des élé­ments fédéra­teurs de la lutte con­tre le racisme ».

La mort d’un noir appelé George Floyd à Min­neapo­lis, à plusieurs mil­liers de kilo­mètres de la France, a été pour le comité Adama, du nom d’un jeune délin­quant, décédé lors d’une inter­pel­la­tion par la Police, une for­mi­da­ble oppor­tu­nité pour relancer la mise en accu­sa­tion de la Police française. Après les man­i­fes­ta­tions organ­isées début juin dans plusieurs villes de France, ample­ment relayées dans les médias au regard de leur impor­tance numérique, ce sont des Min­istres qui ont indiqué l’importance qu’il con­ve­nait de don­ner aux reven­di­ca­tions de mil­i­tants récla­mant la relance de la procé­dure judi­ci­aire suite au décès d’un jeune délin­quant habi­tant Beau­mont sur Oise.

Le 8 juin, BFMTV nous informe que selon l’AFP, « le Prési­dent a enjoint à la Garde des Sceaux de “se pencher” sur le dossier de la mort d’Adama Tra­oré, en 2016 ».

Le 10 juin, au micro de RTL, la Min­istre de la jus­tice sem­ble con­firmer cette infor­ma­tion en affirmant :

« Il me sem­ble qu’il n’est pas absurde d’entendre l’émotion mais aus­si d’en­ten­dre la jus­tice que deman­dent ces per­son­nes ».

L’invitation de la Min­istre de la jus­tice à la famille Tra­oré est sèche­ment refusée par leur avo­cat qui rap­pelle au Prési­dent Macron le principe de sépa­ra­tion des pou­voirs, nous informe Paris Match le 9 juin. La fébril­ité gagne égale­ment le Min­istre de l’intérieur qui mul­ti­plie dans les médias les déc­la­ra­tions pour le moins trou­blantes (soyons gentils) :

Au micro de BFMTV, Christophe Cas­tan­er annonce non seule­ment la fin de la méth­ode d’interpellation dite d’étranglement mais égale­ment son souhait qu’« une sus­pen­sion soit sys­té­ma­tique­ment envis­agée pour chaque soupçon avéré d’actes ou de pro­pos racistes »

Le Min­istre de l’intérieur annonce égale­ment qu’en dépit de l’interdiction des rassem­ble­ments de plus de 10 per­son­nes pour raisons san­i­taires, « les man­i­fes­tants (lors des prochaines man­i­fes­ta­tions con­tre le racisme dans la Police NDLR) ne seront pas sanc­tion­nés (…), et les forces de l’ordre ne dresseront pas de procès-ver­baux », nous informe Ouest-France. Après la mort de George Floyd, « je crois que l’émotion mon­di­ale, qui est une émo­tion saine, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent », ajoute-t-il. Pas un média de grand chemin ne relèvera qu’à l’occasion d’une autre man­i­fes­ta­tion organ­isée le même jour, des man­i­fes­tants pour le Frex­it devant le siège de la Com­mis­sion européenne à Paris ont tous été ver­bal­isés, les man­i­fes­tants ne béné­fi­ciant pas de l’émotion de Castaner…

La couverture médiatique : entre soutien affiché et critiques isolées

Le mou­ve­ment con­tre les vio­lences poli­cières mené en France par la famille Tra­oré est une nébuleuse agrégeant notam­ment des racial­istes noirs, l’extrême gauche et des com­mu­nau­taristes. Pas de quoi ent­hou­si­as­mer les foules. Dans les médias de grand chemin, la cou­ver­ture des événe­ments oscille entre un franc sou­tien au mou­ve­ment organ­isé par les com­mu­nau­taristes et quelques cri­tiques for­mulées par des francs-tireurs qui s’expriment dans des tribunes.

Au rang de ces derniers, on peut men­tion­ner Nico­las Poin­caré qui rap­pelle lors de l’émission Bour­din Direct sur RMC le 11 juin le pal­marès de mem­bres de la famille Tra­oré. Ce rap­pel des faits n’a pas l’heur de plaire à celle qui sem­ble dicter non seule­ment la con­duite du cal­en­dri­er au gou­verne­ment, mais égale­ment ce qu’il con­vient de dire et de ne pas dire. Nous apprenons en effet qu’Assa Tra­oré a porté plainte con­tre Nico­las Poin­caré et Jean-Jacques Bour­din pour avoir dif­fusé le lourd casi­er judi­ci­aire de mem­bres de la famille Tra­oré. L’Obs nous apprend qu’Assa Tra­oré a déposé d’autre plaintes à l’encontre de per­son­nal­ités poli­tiques qui ont tenu des pro­pos qui l’ont contrarié.

Par­mi les com­men­ta­teurs cri­tiques de ce mou­ve­ment, on peut men­tion­ner Guil­laume Big­ot qui dans un édi­to­r­i­al du 6 juin dénonce le par­al­lélisme for­cé entre George Floyd et Adama Tra­oré et la pré­somp­tion de racisme qui s’impose peu à peu dans la société. D’autres édi­to­ri­al­istes vien­nent émet­tre de fortes réserves sur le mou­ve­ment importé des États-Unis : Céline Pina, Stéphane Rozés, Amine El Khat­mi, Kevin Bossuet, Bar­bara Lefeb­vre, Laeti­cia Strauch-Bonart, Michel Onfray, etc.

Mais du côté des jour­nal­istes de grand chemin, c’est plutôt le franc sou­tien pour les man­i­fes­ta­tions dites « anti racistes ». Le 13 juin, 20 min­utes nous informe que « Black lifes mat­ter est devenu uni­versel, c’est le me too des jeunes ». On aura com­pris que se tenir à l’écart d’un mou­ve­ment « uni­versel » va être difficile…

Le zap­ping quo­ti­di­en sur France 5 (« Vu ») est sou­vent un grand exer­ci­ce de cam­ou­flage de jour­nal­isme d’opinion. Sous cou­vert de présen­ter les images révéla­tri­ces des dernières 24 heures, il s’agit en fait par le sim­ple choix d’images d’émissions jux­ta­posées d’éduquer les mass­es. Ain­si le 10 juin, lorsque dans Vu on voit Pas­cal Praud dire que l’Etat ne se fait pas respecter, comme à la ZAD de Nantes et que cela a influ­encé des com­porte­ments lors de man­i­fes­ta­tions, ses pro­pos sont immé­di­ate­ment suiv­is d’un bébé qui vom­it devant la caméra. La classe, non ? Nous avons évidem­ment droit lors de cette séquence de zap­ping aux pro­pos poé­tiques et con­so­la­teurs de Chris­tiane Taubi­ra à l’égard d’Assa Tra­oré. Ce qui inspire ce com­men­taire à Éric Naul­leau :

« Des stat­ues sont jetées bas un peu partout, Chris­tiane Taubi­ra vient de déboulon­ner toute seule la sienne avec ce délire poéti­co-kitch dédié à Assa Tra­oré et sa mère. Chute d’une icône ».

Le Parisien, à l’instar de nom­breux autres médias, relaie large­ment l’initiative d’Omar Sy qui, des Etats-Unis où il réside, appelle dans une tri­bune pub­liée par L’Obs à dénon­cer les vio­lences poli­cières en France. Le quo­ti­di­en rap­pelle que l’acteur est un sou­tien de la famille Tra­oré depuis 2016.

Ces sou­tiens de peo­ple amè­nent selon Voici le réal­isa­teur Olivi­er Mar­chal, un ancien polici­er, à « tacler » Omar Sy :

« J’en ai marre que des espèces d’ac­teurs de deux­ième zone con­tin­u­ent à chi­er sur les flics alors que ce sont des gens qui vivent dans des quartiers priv­ilégiés et qui font des métiers de priv­ilégiés et qui surtout amè­nent ce dis­cours de haine qui n’est pas accept­able pour moi ».

Les manifestations du 13 juin 2020 surexposées médiatiquement

En ce mois de juin, les man­i­fes­ta­tions se suc­cè­dent dans plusieurs grandes villes français­es pour faire pli­er le gou­verne­ment et attis­er les sen­ti­ments vic­ti­maires. Le 13 juin, de nou­velles man­i­fes­ta­tions « con­tre les vio­lences poli­cières et le racisme », bien qu’illégales, béné­fi­cient d’une expo­si­tion médi­a­tique max­i­male, en par­ti­c­uli­er grâce à France Info. La chaîne d’État rap­pelle avant le rassem­ble­ment lors de dif­férents bul­letins l’heure et l’itinéraire de la man­i­fes­ta­tion organ­isée à Paris, au cas où cela nous aurait échappé.

Antoine Chudzig reprend dans un tweet dif­férents mes­sages et émis­sions de la radio publique au sujet de la man­i­fes­ta­tion et du mou­ve­ment ani­mé par la famille Tra­oré. C’est un véri­ta­ble festival :

  • des con­seils sont don­nés pour man­i­fester mal­gré l’interdiction sanitaire,
  • des témoignages de noirs et d’arabes « qui ont appris à éviter tout con­tact avec les forces de l’ordre par peur qu’ils se fassent arrêter, bless­er voire tuer »,
  • « Les pro­pos racistes, c’est tout le temps, tous les jours. Chez les policiers, la prise de parole est rare. Mais cer­tains ont accep­té de témoign­er ».

Tout est à l’avenant dans le reg­istre vic­ti­maire. C’est ce que l’on appelle faire mouss­er la baig­noire avec deux copeaux de savon. On aura com­pris que rien n’est exagéré sur le ser­vice pub­lic de l’information pour sus­citer des voca­tions de vic­times jusqu’ici non révélées.

Comme Patrick Edery le souligne images à l’appui, ne comp­tons pas sur les médias de grand chemin pour nous éclair­er sur les moyens dont dis­pose la famille Tra­oré lors des man­i­fes­ta­tions parisi­ennes. Ni sur les vio­lences con­tre les policiers com­mis­es notam­ment lors des man­i­fes­ta­tions du 13 juin à Paris, Mar­seille, et Lyon. Pas davan­tage de com­men­taires sur des slo­gans par­fois vio­lem­ment anti policiers. Et quand des man­i­fes­tants, voy­ant une ban­de­role de mil­i­tants iden­ti­taires dénonçant le racisme anti blancs, profèrent des insultes anti­sémites, c’est en mode vibreur que les médias de grand chemin en font état. Des mil­i­tants iden­ti­taires encore une fois très cri­tiqués sur France Info par un spé­cial­iste qui évoque le 13 juin à 19h40 leur vio­lence potentielle.

Fati­ha Agag-Boud­jahla com­mente pour sa part sur Twitter :

« Il faut m’expliquer pourquoi généra­tion iden­ti­taire n’aurait pas le droit de s’exprimer, alors que c’est open bar, open ville pour les indigénistes (…). »

On aura com­pris que le 13 juin, le sujet du jour était de dénon­cer le com­porte­ment et la vio­lence de la Police, pas ceux des man­i­fes­tants… Il aurait été dom­mage de ternir ce grand moment de com­mu­nion. L’avenir nous dira com­bi­en de temps dur­era le cirque médi­a­tique autour d’un mou­ve­ment qui peut pos­er des vraies ques­tions mais qui est util­isé par une arrière-cour peu reluisante qui tran­spire l’esprit de revanche, le com­mu­nau­tarisme et en ce qui con­cerne la gauche, la recherche d’un pro­lé­tari­at de substitution.

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