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The Guardian : vous reprendrez bien un peu de progressisme britannique ?

12 décembre 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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The Guardian : vous reprendrez bien un peu de progressisme britannique ?

The Guardian, célèbre et autrefois honorable journal britannique, a acquis ses titres de noblesse au fil des siècles, est sur le point de fêter ses 200 ans. Sa ligne éditoriale s’était toujours voulue plutôt modérée, classée comme « sociale-libérale », c’est-à-dire centre gauche. C’est pourtant ce même journal qui vient de voir une de ses meilleures chroniqueuses, Suzanne Moore, claquer la porte après une controverse à l’arrière-goût franchement idéologique.

Suzanne Moore, la porte please

Suzanne Moore était con­sid­érée comme un excel­lent élé­ment. Lau­réate du prix de la fon­da­tion Orwell en 2019, elle était une chroniqueuse recon­nue et récom­pen­sée, pub­liant régulière­ment. Mais un jour elle pub­lia le papi­er de trop. Avec une lib­erté de ton cer­taine, la chroniqueuse avait rédigé un arti­cle dans lequel elle pre­nait par­ti pour Seli­na Todd, pro­fesseur d’histoire mod­erne de l’université d’Oxford. Le tort de cette dernière ? Avoir été « dés­in­vitée » d’une journée com­mé­mora­tive de la libéra­tion de la femme après avoir par­ticipé à une réu­nion d’un groupe fémin­iste. Un groupe qui veut exclure les femmes trans­gen­res des luttes fémin­istes, au motif qu’elles sont biologique­ment des hommes (pas sim­ple, je sais, ça sent le règle­ment de comptes).

Trans de tous les pays, unissez-vous

Cela n’a pas man­qué de faire réa­gir les plus engagés qui ont crié à la trans­pho­bie. C’est ain­si qu’après la pub­li­ca­tion de son arti­cle inti­t­ulé « Women must have the right to organ­ise. We will not be silenced » (Les femmes doivent avoir le droit de s’or­gan­is­er. Nous ne serons pas réduits au silence) dans lequel on pou­vait lire que « si le genre est une con­struc­tion sociale, le sexe ne l’est pas » ; Suzanne Moore a pu être témoin de la récep­tion, par sa direc­tion, d’une let­tre cosignée par 338 de ses col­lègues qui rejet­tent en bloc la con­clu­sion de l’article qu’elle avait rédigé puis cri­ent en cœur à la trans­pho­bie. La mal­heureuse jour­nal­iste a déclaré qu’elle s’était sen­tie atta­quer comme si elle venait d’écrire Mein Kampf !

The Guardian ? So politically correct !

La rédac­tion du quo­ti­di­en a pris un virage par­ti­c­ulière­ment pro­gres­siste depuis quelques années déjà, tant et si bien qu’aujourd’hui les con­ser­va­teurs bri­tan­niques, lorsqu’ils veu­lent qual­i­fi­er un « intel­lo de gauche », dis­ent que c’est un « lecteur du Guardian ». Le départ con­tro­ver­sé de Suzanne Moore ne fait que soulign­er une dynamique enclenchée depuis un cer­tain temps. Cela fait égale­ment quelques mois que plusieurs col­lab­o­ra­teurs trans­gen­res de The Guardian ont quit­té la rédac­tion. Le sujet paraît donc assez sen­si­ble pour le jour­nal en cette période.

Rap­pelons que si l’édition papi­er de ce jour­nal a chuté de plus de 60% pen­dant les années 2010 leur site inter­net était encore le troisième plus vis­ité au monde avec près de 150 mil­lions de vis­i­teurs uniques par mois en 2012, par­mi lesquels deux tiers d’étrangers. Ce qui attribue au jour­nal la palme d’un des lec­torats les plus cos­mopo­lites du monde.

Trahie par ses collègues

Suzanne Moore a finale­ment démis­sion­né quelques mois plus tard sans plus d’explications. Twee­t­ant simplement :

(j’ai quit­té The Guardian. CERTAINES per­son­nes me man­queront beau­coup là-bas. Pour le moment c’est tout ce que je peux dire.). Autrement dit, elle part prob­a­ble­ment sans grand regret. Elle ajoutera cependant :

(Je me sens comme à mes pro­pres funérailles) et avouera s’être sen­tie « brimée et trahie par ses col­lègues ». Elle ter­min­era tout de même sur une note plus pos­i­tive : « Any­way I will keep writ­ing of course! The efforts to shut me up seem not to have been very well thought through » (Peu importe je con­tin­uerai d’écrire bien sûr ! Les efforts pour me faire taire sem­blent ne pas avoir été très bien pen­sés).

La réac­tion de Suzanne Moore témoigne de son indépen­dance d’esprit, elle déclarait encore à son chef de rédac­tion qui voulait déje­uner et dis­cuter avec elle au sujet de la sit­u­a­tion : « Je n’ai pas cinq ans, je n’ai pas besoin d’une gen­tille tape sur la tête et qu’on me donne un burg­er vegan. »

Un jour­nal­iste du média The Spec­ta­tor a écrit par la suite que le départ d’une telle jour­nal­iste « dimin­u­ait » la rédac­tion de The Guardian qui subis­sait une « étroitesse et peut-être même une fer­me­ture d’esprit jour­nal­is­tique ». On ne saurait mieux dire.

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