Inversion de la situation 28 ans après la chute du mur de Berlin : un journaliste polonais interdit en Grande-Bretagne

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Rediffusion. Première diffusion le 3 mars 2018

Rafał Ziemkiewicz est un journaliste de renom en Pologne. Il a ses pages chaque semaine dans le prestigieux hebdomadaire conservateur Do Rzeczy et a travaillé pour plusieurs autres titres de presse respectés au cours de ses vingt ans de carrière. Il est invité pour s’exprimer à la télévision. Il a eu dans le passé son émission à la télévision publique, et il en a une aujourd’hui à la télévision privée TV Republika.

C’est aussi un écrivain plusieurs fois récompensé dans son pays, auteur de quelques best-sellers. La Pologne étant un pays où le pluralisme est réel dans les médias, Rafał Ziemkiewicz a beau afficher sans complexe des opinions à la droite du PiS, plus proches des milieux nationalistes chrétiens que démocrates-chrétiens, il fait clairement partie du mainstream polonais.

Appel à la censure du Guardian et d’une députée travailliste

Le journaliste polonais Rafał Ziemkiewicz avait été invité par une organisation d’émigrés polonais en Grande-Bretagne pour animer en février des rencontres d’auteur prévues dans les villes de Cambridge, Bristol et Londres. Cela a déplu à la députée travailliste Rupa Huq, une ancienne journaliste du journal de gauche The Guardian. La députée née dans une famille musulmane originaire du Bangladesh a écrit au Home Office pour demander une interdiction de séjour pour ce journaliste polonais qu’elle juge « d’extrême droite ». Le Guardian a orchestré la campagne pour soutenir la demande de Rupa Huq également relayée par l’ONG « antiraciste » Faith Matters. Dans le passé, la même députée avait demandé que le président américain Donald Trump – qu’elle qualifie d’homophobe, d’islamophobe et de raciste – ne puisse pas non plus poser les pieds sur le sol britannique.

Les organisateurs polonais de ces rencontres d’auteur n’ont eu d’autre choix que d’annuler. Dans la « libérale » Albion, les propriétaires des locaux avaient eu des pressions de la police de Sa Majesté. C’est ainsi qu’un des pubs réservés pour une discussion des Polonais du coin avec Ziemkiewicz a été prévenu qu’il pourrait perdre sa licence en cas de troubles, et que des troubles étaient à prévoir. D’après le journaliste polonais, même le restaurant où un simple dîner avait été prévu en sa présence aurait préféré annuler la réservation !

Du communisme polonais au libéralisme à l’anglaise, même combat

On s’en doute, Rupa Huq avait été prévenue par des Polonais de gauche qui n’aiment pas le discours d’un Ziemkiewicz de droite. Le sectarisme de gauche existe aussi chez les Polonais, sauf qu’en Pologne-même ils n’arrivent pas à empêcher un journaliste d’exprimer ses opinions de droite (ce n’est pas faute d’essayer parfois). En Grande-Bretagne, s’est plaint Ziemkiewicz dans les colonnes de Do Rzeczy, « pour qu’un rassemblement soit interdit, pour qu’il soit censuré, il suffit d’être ‘controversé’ ». Ce qui a joué, selon Ziemkiewicz, c’est aussi cette alliance entre islam et extrême gauche que l’on observe au Royaume-Uni. Car il est vrai que Ziemkiewicz est très critique par rapport à l’immigration-islamisation observée en Europe occidentale.

Se réjouissant de l’annulation de la venue du journaliste polonais, l’ancienne journaliste du Guardian devenue députée travailliste a déclaré que sa commune d’Ealing avait montré qu’elle « ne tolérerait pas la haine et l’extrémisme d’intervenants néo-nazis venant de Pologne », ce pour quoi Ziemkiewicz lui promet des poursuites devant la justice britannique. « Extrémistes », « fascistes », « néo-nazis » : la rhétorique utilisée aujourd’hui en Europe de l’Ouest pour faire taire les voix dissidentes ressemble fort à celle des régimes communistes d’Europe de l’Est avant la chute du mur de Berlin en 1989.

Crédit photo : Adrian Grycuk via Wikimedia (cc)