Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Accueil | Veille médias | Quand Le Point caviarde le pacte sur les migrations de Marrakech
Quand Le Point caviarde le pacte sur les migrations de Marrakech

4 janvier 2019

Temps de lecture : 4 minutes

Accueil | Veille médias | Quand Le Point caviarde le pacte sur les migrations de Marrakech

Quand Le Point caviarde le pacte sur les migrations de Marrakech

Quand Le Point caviarde le pacte sur les migrations de Marrakech

Pre­mière dif­fu­sion le 14/12/2018 — L’Observatoire du jour­nal­isme (Ojim) se met au régime de Noël jusqu’au 5 jan­vi­er 2019. Pen­dant cette péri­ode nous avons sélec­tion­né pour les 26 arti­cles de la ren­trée qui nous ont sem­blé les plus per­ti­nents. Bonne lec­ture, n’oubliez pas le petit cochon de l’Ojim pour nous soutenir et bonnes fêtes à tous. Claude Chol­let, Président

Ceux qui ont suivi le catéchisme dans leur enfance connaissent les différentes sortes de péchés, par intention, par action, par omission (il est possible qu’il y en ait d’autres, les souvenirs du rédacteur datent un peu). Emmanuel Durget dans Le Point.fr du 7 décembre 2018 s’exercerait il dans ce coupable domaine ? Précisons que nous ne connaissons rien de ce Monsieur et que notre neutralité vis à vis de lui est absolue.

Péché par intention

Le sous-titre « Non con­traig­nant pour les Etats, le pacte de Mar­rakech a pour but de ren­forcer la coopéra­tion entre les pays. Loin des intox qui fleuris­sent que Inter­net », annonce l’angle de l’article : jus­ti­fi­er le pacte à tout prix et surtout dénon­cer ceux qui le dénon­cent (les intox). Car « sur les réseaux soci­aux, les théories les plus déli­rantes fleuris­sent sur ce que con­tient le pacte de Mar­rakech ». Des « fauss­es infor­ma­tions grossières » hélas partagées sur inter­net. Comme le dis­ait l’immortel édi­to­ri­al­iste de L’Express Christophe Bar­bi­er en jan­vi­er 2014, l’internet doit être régulé, « les Chi­nois y arrivent bien ». Et comme l’ajoute le jour­nal­iste du Point on sent « une atmo­sphère de com­plot ». Com­plot, vous avez dit com­plot ? Salles obscures, masques, manip­u­la­tions, fac­tieux, dan­gers, men­aces, répres­sion néces­saire con­tre les comploteurs.

Péché par action

L’intention n’est pas tou­jours suiv­ie par l’action, voyons si nous sommes dans ce cas de fig­ure. Hélas Emmanuel, mon frère, tu as suivi ton pen­chant (celui que tu avais énon­cé, je te l’accorde) et tu es tombé. Bien enten­du il te sera beau­coup par­don­né, mais quand même… Noy­er dans d’innombrables pré­ci­sions tech­niques le véri­ta­ble but du pacte ? Il n’y a pas de secré­tari­at de rédac­tion qui relise les arti­cles dans cet heb­do­madaire ? Il manque l’essentiel dans ce papi­er : la volon­té de péren­nis­er, organ­is­er, ren­dre « plus sûres » les migra­tions, d’ailleurs rap­pelons l’intitulé du pacte « pour des migra­tions, sûres, ordon­nées et régulières ».

Ré-gu-lières, mon bon. Tous les ans, tous les trimestres, tous les mois, et pourquoi pas tous les jours ? Et pour longtemps, au moins tant qu’un nou­veau pacte ne sera pas signé. Pas de con­fu­sion sur les mots, sur le fond il n’est pas ques­tion de réguler les migra­tions mais de leur don­ner un cadre réguli­er, inéluctable, pérenne, irréversible. Pacte sym­bol­ique ? Oui, mais le sym­bole philosophique est écras­ant et se veut per­for­matif : la morale inter­na­tionale sou­tient, sou­tien­dra les migra­tions, au nom de la morale juste­ment. Et les opposants ne peu­vent qu’être des immoraux, qu’il faut réduire au silence comme nous le ver­rons dans le péché par omission.

Il n’y a pas d’obligation ? Tu soulignes « Les ter­mes « coopér­er » et « coopéra­tion » revi­en­nent à 81 repris­es dans ce pacte de 40 pages ». Mais l’essentiel n’est pas là, c’est la créa­tion d’un stan­dard inter­na­tion­al auquel les avo­cats, les ONG, les mil­i­tants diver­si­taires pour­ront se rac­crocher, ain­si que les jour­nal­istes d’ailleurs. Les expul­sions de clan­des­tins se ver­ront oppos­er les normes morales du pacte. Il s’agit tout sim­ple­ment d’affaiblir les fron­tières, toutes les fron­tières, a min­i­ma de créer le cadre qui les ren­dra – par effet de cli­quet – petit à petit caduques. Rap­pelons pour mémoire que les Etats-Unis, Israël, la Hon­grie, l’Autriche (le Brésil est aus­si annon­cé) entre autres ont annon­cé qu’ils refuseront ce pacte qui met en scène sym­bol­ique­ment la mort des fron­tières. Le pacte forme un socle pour l’élaboration ultérieure de normes con­traig­nantes, l’effet de cli­quet comme tou­jours, c’est le sens même des engage­ments des Etats qui signeront le 19 décem­bre à New york. Bizarrement (ou le con­traire, à vous de choisir) le pacte n’a même pas été dis­cuté par le Par­lement français. Et cer­tains se gaussent des gilets jaunes qui récla­ment plus de démocratie…

Péché par omission

C’est peut-être le péché le plus dérangeant. Cacher un fait, un événe­ment, une sit­u­a­tion et le faire en toute con­nais­sance de cause, on peut crain­dre le péché mor­tel. En par­ti­c­uli­er si le pécheur le com­met dans un domaine où il peut être con­sid­éré comme un expert, en l’état le journalisme.

L’article 17 du pacte vous con­nais­sez ? Si vous lisez frère Emmanuel, vous n’en saurez rien, et pour cause. L’article 17 (qui rap­pelle la 17ème cham­bre du tri­bunal de grande instance de Paris, qui traite des affaires de presse) énonce froide­ment « Il faut élim­in­er toutes formes de dis­crim­i­na­tion, con­damn­er et con­tr­er les expres­sions, actes et man­i­fes­ta­tions de racisme, de dis­crim­i­na­tion, de vio­lence, de xéno­pho­bie et d’intolérance envers les migrants ». Comme le dit l’historien du droit Jean-Louis Harouel « ce doc­u­ment pré­conise aux Etats de couper les sub­ven­tions aux médias dif­fu­sant des dis­cours jugés xéno­phobes et intolérants. Or, un jour­nal qui pub­lierait des faits con­tre­dis­ant le dogme du car­ac­tère néces­saire­ment bien­faisant des phénomènes migra­toires serait aus­sitôt accusé d’être xéno­phobe et intolérant. Le pacte con­tribue donc à restrein­dre la lib­erté d’expression et de pen­sée » (Le Figaro, 11 décem­bre 2018). Un avan­tage col­latéral pour certains ?

À tout péché, miséricorde

Accor­dons le béné­fice du doute au frère Emmanuel, ain­si que les cir­con­stances atténu­antes : manque de temps, pres­sion des chefs, lec­ture en diag­o­nale, regard des col­lègues, soucis per­son­nels etc. Nous lui deman­derons de réécrire son arti­cle après avoir copié dix fois la charte de Munich des jour­nal­istes. Te absol­vo frère, va et ne pèche plus.

PS : Nous n’allons pas vous infliger la lec­ture d’un papi­er du 6 décem­bre dans le même jour­nal sur le même sujet de Luc de Barochez. Pour don­ner un avant-goût, quelques expres­sions glanées en moins de dix lignes « pro­pa­gande iden­ti­taire, tison de l’immigration, nationaux-pop­ulistes européens ». La mai­son migra­toire est bien gardée.

Publicité

Sur le même sujet

Related Posts

None found

Derniers portraits ajoutés

Nicolas Demorand

PORTRAIT — Nico­las Demor­and a débuté sa car­rière comme enseignant en lycée pro­fes­sion­nel (Cer­gy) et en class­es pré­para­toires, avant de choisir la voie du jour­nal­isme, en com­mençant comme cri­tique gas­tronomique au Gault&Millau et comme pigiste aux Inrockuptibles.

Pierre Ménès

PORTRAIT — Pierre Ménès, né en juin 1963 à Paris, est un jour­nal­iste sportif français. Car­ac­téris­tiques : une grande gueule et une forte corpulence.

Pierre Plottu

PORTRAIT — Pierre Plot­tu, spé­cial­iste auto­proclamé de l’ex­trême-droite, a l’at­ti­rail du par­fait mil­i­tant. Vic­time col­latérale du virage édi­to­r­i­al de France-Soir, dont il fut viré sans ménage­ment, il prophé­tise dans Libéra­tion et Slate.

Gaël Brustier

PORTRAIT — Poli­to­logue né en 1978, Gaël Brusti­er a longtemps lou­voyé entre plusieurs chapelles de la gauche sou­verain­iste, dans l’e­spoir de rénover une sociale-démoc­ra­tie acquise au néolibéralisme.

François-Régis Hutin

PORTRAIT — Tout en para­doxe, ce patron de presse a régné sans partage sur un empire de presse placé en sit­u­a­tion qua­si-monop­o­lis­tique sur le grand Ouest. Il s’est éteint le 10 décem­bre 2017 à Rennes.