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[Dossier] L’affaire Méric ou le recyclage d’un cadavre

24 juin 2013

Temps de lecture : 11 minutes
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[Dossier] L’affaire Méric ou le recyclage d’un cadavre

Comment la tragédie d’un fait divers s’est transformée en comédie nationale…

Après la mort du jeune Clé­ment Méric suite à une bagarre de rue, la machine médi­ati­co-poli­tique a démar­ré en trombe. Dans un pays où sont com­mis 2000 agres­sions et 200 vio­ls toutes les vingt-qua­tre heures selon les chiffres don­nés par Lau­rent Ober­tone (La France Orange mécanique), cette vic­time-là a soudaine­ment occupé tous les écrans de télévi­sion, fait la une des prin­ci­paux quo­ti­di­ens, sus­cité des hom­mages à la mairie de Paris, au Sénat, à la fontaine Saint-Michel et même une inter­ven­tion du prési­dent de la République en direct de Tokyo. Le gou­verne­ment a ful­miné des mesures de rétor­sion et promis une sévérité exem­plaire. Pas un respon­s­able poli­tique qui n’ait surenchéri dans la con­damna­tion, à une ou deux excep­tions près. Des man­i­fes­ta­tions furent organ­isées dans quar­ante villes français­es. La France entière fut plusieurs jours de suite som­mée de pleur­er, trem­bler, réa­gir, rugir, crier que cette fois, vrai­ment, c’en était trop ! On traqua les coupables qui se devaient d’être infin­i­ment nom­breux : les Skin­heads effec­tive­ment impliqués dans la rixe fatale ; le grou­pus­cule des Jeuness­es Nation­al­istes Révo­lu­tion­naires auquel ils étaient cen­sés être plus ou moins liés ; les grou­pus­cules com­pa­ra­bles à celui-ci ; le FN ayant eu des liens avec cer­tains représen­tants des grou­pus­cules en ques­tion ; la droite ayant par­ticipé à « dédi­a­bolis­er » le FN ; le moin­dre opposant au mariage gay qui avait pris part à des man­i­fes­ta­tions aux marges desquelles on n’avait pas tou­jours pu totale­ment évin­cer cer­tains mem­bres de ces grou­pus­cules ; tous ceux enfin, même à gauche, qui n’avaient pas réa­gi avec suff­isam­ment de force con­tre l’effet de « droiti­sa­tion » perçu dans la vie poli­tique française… En somme, presque tout le pays était coupable et presque tout le pays devait s’accuser, s’excuser et faire péni­tence devant le sang inno­cent qui venait d’être ver­sé ; tout ce pays incon­scient, veule, amnésique, auquel une mini-apoc­a­lypse, soudain, enfin, avait rap­pelé l’unique dan­ger qui menaçait encore féro­ce­ment la patrie et fai­sait trem­bler les fonde­ments mêmes de la République : le ven­tre de la bête, tou­jours fécond…

Raison perdue ?

Pour­tant… Pour­tant… Il faut savoir rai­son garder. N’est-ce pas cette expres­sion que ceux-là même qui ont per­du les pédales le 6 juin dernier, n’ont cessé de répéter à tout bout de champ depuis les atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001, afin de pré­mu­nir le peu­ple con­tre une pos­si­ble panique islam­o­phobe ? S’il était pos­si­ble de garder rai­son en dépit de deux Boe­ing ayant tra­ver­sé deux tours à New York pour qu’y flam­bent 3000 per­son­nes, est-il si dif­fi­cile de garder rai­son quand un jeune étu­di­ant tombe sous l’impact de deux coups de poings funestes ? S’il est pos­si­ble de garder rai­son quand, deux semaines plus tôt, deux musul­mans égor­gent à Lon­dres, et en pleine rue, un mil­i­taire au nom d’Allah et font filmer leurs hachoirs ensanglan­tés par les pas­sants, est-il si dif­fi­cile de con­serv­er son sang froid après l’issue trag­ique d’une bagarre où les coupables se déso­lent eux-mêmes d’une con­séquence qu’ils n’avaient nulle­ment souhaitée ? Com­ment les médias et les poli­tiques, jamais en reste d’une leçon à l’usage d’une pop­u­la­tion tou­jours sus­pec­tée de réflex­es irra­tionnels et vio­lents, se sont-ils retrou­vés à pra­ti­quer avec une effi­cac­ité démen­tielle ce qu’ils pré­ten­dent sans arrêt com­bat­tre : la sur­in­ter­pré­ta­tion d’un fait divers, la con­fu­sion émo­tion­nelle, l’amalgamite aiguë, la recherche du bouc émis­saire, la rad­i­cal­i­sa­tion du dis­cours, l’appel à la haine, la stig­ma­ti­sa­tion d’une part de la pop­u­la­tion ? Et cela alors que, dès le pre­mier jour de la médi­ati­sa­tion du drame, les faits essen­tiels et con­crets étaient entre leurs mains, sous leurs yeux, à la lumière de leur enten­de­ment, pour les pré­mu­nir d’une réac­tion que l’on peut sans exagéra­tion qual­i­fi­er de pro­pre­ment déli­rante ?

Les faits : Qui ?

Rap­pelons les faits, puisqu’il le faut encore une fois, quoi qu’ils aient été con­nus de tous et énon­cés partout dès le pre­mier jour de l’annonce de la mort de Clé­ment Méric. Il existe, dans le jour­nal­isme, la règle dite des cinq « w » pour : « when ? », « who ? », « where ? », « what ? », « why ? » (quand ? qui ? où ? quoi ? pourquoi ?). Quand ? Le 6 juin vers 16h. Qui ? Deux ban­des de jeunes gens, les pre­miers sont des Skin­heads, par­mi lesquels, le coupable ; les sec­onds sont des Red­skins ou « Antifas », par­mi lesquels, la vic­time. À ce niveau-là de l’énoncé des faits, n’importe quel obser­va­teur con­scien­cieux, un min­i­mum ren­seigné, fera un lien avec l’atmosphère des années… 80. C’est en effet à ce moment-là que ces deux gen­res de tribus urbaines sont apparues en France, descen­dants des Mods et des Skin­heads bri­tan­niques d’abord apoli­tiques, puis ori­en­tés à l’extrême gauche et à l’extrême droite comme les deux branch­es diver­gentes d’une même souche. À Paris, plus pré­cisé­ment, les Skin­heads d’extrême droite, jeunes pro­los désœu­vrés grimés de folk­lore nazi, s’installent au Châtelet au début de l’ère Mit­ter­rand. Rapi­de­ment, les Red­skins appa­rais­sent et s’organisent dans le but d’expurger la cap­i­tale de la présence des pre­miers, épopée relatée dans le fameux doc­u­men­taire « Antifas, chas­seurs de Skins » réal­isé par Marc-Aurèle Vec­chione en 2008.

Frères ennemis

L’affaire Méric ou le recyclage d’un cadavre

Les « Antifas » : s’agit-il de valeureux démoc­rates défen­dant les principes de la République con­tre la vio­lence et la haine ?

Les « Antifas » : s’agit-il de valeureux démoc­rates défen­dant les principes de la République con­tre la vio­lence et la haine ? Non, mais de pro­los désœu­vrés grimés de folk­lore anar­cho-com­mu­niste, partageant glob­ale­ment la même sous-cul­ture que leurs frères enne­mis, écoutant la même musique, prô­nant la même vio­lence urbaine, la même rad­i­cal­ité mais de l’autre bord, et se vêtant de la même manière à la nuance près que leurs lacets sont rouges quand ceux des Skins sont blancs. Réc­its de bas­tons épiques, fan­faron­nades, fière exhi­bi­tion des blessures de guerre, le Red a peut-être un enne­mi haïss­able, mais il ne le com­bat pas exacte­ment sous les espèces val­orisées par les défenseurs des droits de l’Homme. Vis-à-vis de son enne­mi, il se pré­tend pré­da­teur et non proie. Un Red tué par un Skin ne peut nulle­ment être com­paré, dans son statut de vic­time, avec le pau­vre Bouar­ram jeté dans la Seine par des Skin­heads en 1995 en rai­son de son orig­ine eth­nique, ni avec quelque autre immi­gré isolé faisant subite­ment les frais d’une raton­nade. Revê­tu de l’uniforme du guer­ri­er urbain, l’Antifa cherche à con­quérir les ter­ri­toires que les Skins pré­ten­dent con­trôler. Bas­tons récur­rentes, vendet­ta, tout cet univers rel­a­tive­ment anachronique, sous cette forme, au début du XXIème siè­cle, a été évo­qué par la plu­part des médias par­al­lèle­ment à l’affaire Méric. Ne serait-ce que dans Le Monde du 7 juin : « Proches poli­tique­ment du com­mu­nisme et des mou­ve­ments anar­chistes autonomes, les “antifa” adoptent des atti­tudes assez proches de celles de leurs enne­mis les skin­heads d’ex­trême droite. » Et quand le Nou­v­el Obs fait témoign­er un ancien Red­skin, Lau­rent Jacqua, au sujet de la vio­lence des ban­des advers­es, celui-ci expose en effet com­ment il se retrou­va un soir encer­clé par huit Skins, et com­bi­en il l’a payé cher : dix ans de prison pour en avoir « fumé » un. Bref, comme agneau immolé à la haine uni­latérale, on fait plus crédi­ble qu’un mem­bre des « Antifas ».

Où ?

Les faits se déroulent au cours d’une vente privée Fred Per­ry. Comme les con­certs de Oï, les vête­ments Fred Per­ry sont l’un des points com­muns où les frères enne­mis Skins se ren­con­trent. « Selon une source poli­cière, (Clé­ment Méric) était con­nu comme appar­tenant à un groupe de mil­i­tants d’ex­trême gauche qui recher­chaient la con­fronta­tion avec des mil­i­tants d’ex­trême droite », lit-on dans 20 min­utes le 7 juin. Autrement dit, le 6 juin, un jeune Antifa qui cherche la con­fronta­tion avec des Skin­heads se rend dans l’un des seuls lieux de la cap­i­tale où il est à peu près cer­tain d’en trou­ver. Nous ne nous sommes pas face à un naïf human­iste brusque­ment écœuré en décou­vrant au coin d’une rue une brute tatouée d’une croix gam­mée et ne pou­vant réprimer son légitime cri de dégoût ! Non, en l’occurrence « un drame était qua­si­ment inéluctable », explique Marc-Aurèle Vec­chione, réal­isa­teur du doc­u­men­taire « Antifa, Chas­seurs de skins » (2008) » dans Libé du 7 juin. Ces derniers sont d’ailleurs telle­ment proches de leurs enne­mis que cer­tains ont cru, à tort, qu’une pho­to dif­fusée sur BFMTV, cen­sée représen­ter une bande de Skins en bombers armés de battes de base ball, mon­trait en fait des Red­skins parisiens.

Quoi ?

Ce qui se passe ensuite, de nom­breux témoins sont en mesure de le racon­ter. Là encore, tous les élé­ments sont là, rien n’est obscur : « Pour les enquê­teurs qui ont enten­du de nom­breux clients, vig­iles et organ­isa­teurs, c’est Clé­ment Méric, pour­tant fre­lu­quet, qui aurait été le plus provo­ca­teur et insul­tant à l’é­gard des fachos ain­si traités, se moquant ouverte­ment de leurs tatouages, lit-on encore dans le Libé du lende­main. La suite, nar­rée dans Le Monde : « Quelques min­utes plus tard, ils (les Antifas) quit­tent l’ap­parte­ment, et, les provo­ca­tions con­tin­u­ant, pro­posent aux skin­heads de venir en découdre dans la rue. Ces derniers appel­lent du ren­fort avant de les rejoin­dre. Dans la rue de Cau­martin, une voie pié­tonne très com­merçante située der­rière les Grands Mag­a­sins du boule­vard Hauss­mann, les deux groupes se retrou­vent ain­si à qua­tre con­tre qua­tre. Mais la rixe ne dure pas longtemps. Clé­ment Méric, qui n’a pas encore com­mencé à se bat­tre, reçoit un “vio­lent coup de poing “, selon les témoins. »

Pourquoi ?

Pourquoi donc, Clé­ment Méric est-il mort ? Les faits sont limpi­des : un jeune Red­skin, comme de bien enten­du, cherche la con­fronta­tion avec des Skin­heads là où il peut la trou­ver, soit à une vente privée Fred Per­ry ; à force d’insister, il la trou­ve. Et suc­combe aux pre­miers coups de poings. Donc ? Du point de vue des ban­des antag­o­nistes, la leçon à tir­er est sim­ple : Skins : 1, Antifas : 0. Du point de vue soci­ologique : les rix­es entre ces tribus aujourd’hui com­plète­ment suran­nées se pour­suiv­ent par­fois encore à Paris, et, for­cé­ment, il arrive qu’elles lais­sent des vic­times sur le car­reau. Du point de vue moral : la vio­lence finit tou­jours par avoir des con­séquences trag­iques pour ceux-là mêmes qui la prô­nent. Du point de vue humain : « Un oiseau tombé du nid, qui se don­nait les apparences d’un skin », témoigne un cama­rade de Méric dans Aujourd’hui en France (7 juin). Un jeune étu­di­ant sur­doué de Sci­ences Po tout frais débar­qué de sa province, cher­chant l’ardeur et la vio­lence si com­muné­ment cul­tivées à son âge, a voulu jouer au résis­tant imag­i­naire et, après s’être encanail­lé avec les « Antifas », il s’est attaqué à quelques pro­los suff­isam­ment paumés et déso­cial­isés pour arbor­er des croix gam­mées sur leurs tors­es, mais la farce a viré au trag­ique.

Alors ?

Alors, qu’y avait-il d’autre à ajouter ? Pourquoi un événe­ment de cette sorte a‑t-il pris des pro­por­tions aus­si invraisem­blables ? Com­ment, tué dans de telles cir­con­stances, aus­si banales, atten­dues, mécaniques, aus­si peu inno­centes, Clé­ment Méric a‑t-il pu être bom­bardé dès le lende­main de sa mort « mar­tyr de la République » et faire la Une de Libé avec cette auréole, après que sa mort a néces­sité une inter­ven­tion du chef de l’État lui-même ? Dans l’émission « Le Secret des Sources » de France Cul­ture, le 15 juin, Willy Le Devin de Libéra­tion et Nico­las Jacquar du Parisien, expliquent que dans les rédac­tions, tout est par­ti d’un com­mu­niqué du Front de gauche. « Alex­is Cor­bière, lit-on d’ailleurs dans le Monde du 7 juin, con­seiller de Paris et secré­taire nation­al du mou­ve­ment de Jean-Luc Mélen­chon, dénonce dans un com­mu­niqué, à 23 heures, l’horreur fas­ciste (qui) vient de tuer en plein Paris ». Autrement dit, l’annonce de l’information aux jour­nal­istes se fait immé­di­ate­ment sous le signe de la récupéra­tion poli­tique. La gauche, aus­si bien gou­verne­men­tale que d’opposition, en sit­u­a­tion plus que cri­tique depuis ces derniers mois, s’empare de l’événement pour par­venir à retourn­er les accu­sa­tions dont elle souf­fre con­tre les accusa­teurs, et les médias, majori­taire­ment en accord idéologique avec elle, se font la caisse de réso­nance irréfléchie de cet escamo­tage. On a enfin trou­vé le déra­page que le gou­verne­ment a dû espér­er en vain durant les longs mois de mobil­i­sa­tion anti-mariage pour tous. Et même si les faits n’ont aucun rap­port, ce n’est pas grave, la gauche a son mort, celui-ci fera l’affaire, et il s’agit dès lors de le faire fruc­ti­fi­er au max­i­mum, comme un bour­geois fait fruc­ti­fi­er son petit cap­i­tal.

Autour du mort : un cirque

Les poli­tiques vont se lancer immé­di­ate­ment dans une surenchère d’effroi et de con­damna­tions grandil­o­quentes par­faite­ment déplacées au vu des faits. Le coupable, un jeune immi­gré d’origine espag­nole, agent de sécu­rité et ban­lieusard, se voit hiss­er au rang de principe his­torique absolu : « L’horreur fas­ciste », voilà ce qu’il incar­ne à lui seul, selon le Front de gauche. Le Sénat dénonce un « crime abom­inable ». Deux coups de poings dans une bagarre ini­tiée en face, ne mérite pour­tant pas l’appellation de « crime abom­inable », ou alors quelles épithètes fau­dra-t-il inven­ter pour qual­i­fi­er les séques­tra­tions de vieux, tor­tures pro­longées, vio­ls col­lec­tifs qui se pro­duisent chaque mois en France et sont passés à peu près sous silence ? On par­le d’« assas­si­nat abom­inable » au PS (Figaro du 7 juin), de « crime odieux » au Par­ti de Gauche (idem), et la droite ne voulant pas être en reste, voulant comme tou­jours don­ner des gages à la gauche, évoque, à l’exemple de Jean-François Copé, une « agres­sion bar­bare », même s’il n’y a ni « agres­sion » ni acte de bar­barie dans les faits. Harlem Désir va pouss­er jusqu’à « l’ignoble crime de haine », à ne pas con­fon­dre avec les nobles crimes d’amour que com­met­tent tous les jours les ban­des de ban­lieues racistes, bru­tales, machistes, homo­phobes, vio­lentes, gré­gaires, réac­tion­naires, cap­i­tal­istes, obscu­ran­tistes… mais intouch­ables.

Amalgames

Après la surenchère émo­tion­nelle, on passe immé­di­ate­ment à l’amalgame tout azimut. Ou plutôt non, à l’amalgame ciblé, et ciblé de telle manière que les raisons de la supercherie devi­en­nent par­faite­ment trans­par­entes. « Faut-il inscrire ce meurtre dans le con­texte des vio­lences qui ont accom­pa­g­né les man­i­fes­ta­tions des opposants au mariage pour tous ? » demande insi­dieuse­ment Libéra­tion, devenu pour l’occasion l’organe de pro­pa­gande offi­cielle du gou­verne­ment. Argu­ment divul­gué par toute la gauche et que la droite récuse bien qu’elle ait jusque là con­sen­ti à la mas­ca­rade. Cela fait trente ans que Skins et « Antifas » se met­tent sur la gueule, croit-on sérieuse­ment que Frigide Bar­jot ait quelque chose à voir avec cette affaire ? Quant aux « vio­lences » ayant accom­pa­g­né les man­i­fes­ta­tions des opposants à la loi Taubi­ra, sont-elles vrai­ment sig­ni­fica­tives ? Con­traire­ment aux débor­de­ments provo­qués au Tro­cadéro le 13 mai dernier par les « potes » trop ent­hou­si­astes de la gloire foot­bal­lis­tique parisi­enne, les cen­taines de mil­liers de man­i­fes­tants mobil­isés con­tre le mariage gay n’ont pas enreg­istré une liste de dégâts alar­mante. D’ailleurs, y a‑t-il seule­ment eu des dégâts ?

« Le Retour de la Bête », épisode 86

Le drame historique des antifascistes, c’est qu’ils luttent contre des moulins à vent pendant que les conditions d’un réel totalitarisme technico-financier se mettent en place dans leur dos, parfois même avec leur complicité.

Le drame his­torique des antifas­cistes, c’est qu’ils lut­tent con­tre des moulins à vent pen­dant que les con­di­tions d’un réel total­i­tarisme tech­ni­co-financier se met­tent en place dans leur dos, par­fois même avec leur com­plic­ité. DR

Le but essen­tiel visé par l’opération de com­mu­ni­ca­tion fomen­tée sur la mort de Clé­ment Méric a été de redonner une crédi­bil­ité à une gauche de gou­verne­ment dans une sit­u­a­tion spé­ciale­ment périlleuse. Depuis que l’idée d’une révo­lu­tion social­iste a été aban­don­née, avec l’accès au pou­voir de Mit­ter­rand en 81, la gauche lui a sub­sti­tué le mythe de l’antifascisme d’apparat, et alors même que le fas­cisme a été enseveli sous les ruines de l’Histoire. On a donc eu droit au « pacte répub­li­cain » mis en dan­ger, d’après Manuel Valls, par cette rixe folk­lorique entre dix jeunes gens nos­tal­giques des années 80, et sans que le min­istre de l’Intérieur remar­que que les amis anar­cho-com­mu­nistes de Clé­ment Méric se fichent magis­trale­ment d’un pacte de soci­aux-traîtres. On a par­lé de « vague brune » dans l’Human­ité et ailleurs, et usé à foi­son de toute la rhé­torique sur le « Retour de la Bête », rhé­torique ayant rem­placé celle du « Grand Soir » puisque celui-ci, finale­ment, ne vien­dra pas. Le pre­mier min­istre a appelé à « tailler en pièces (…) ces mou­ve­ments d’inspiration fas­ciste et néon­azie qui font tort à la République ». Des grou­pus­cules qui, pour­tant, d’après Nico­las Lebourg, his­to­rien spé­cial­iste des droites extrêmes et inter­viewé dans ces divers jour­naux, ne sem­blent pas représen­ter un dan­ger très con­séquent : « On estime le nom­bre de mem­bres dans les grou­pus­cules d’extrême droite à 3000. Depuis l’entre-deux-guerres, l’extrême droite rad­i­cale n’arrive pas à se dévelop­per, à fédér­er. Ils n’ont pas de force mobil­isatrice. » Et c’est donc con­tre ça que nous devri­ons être impéra­tive­ment défendus ? Au fond, le drame his­torique des antifas­cistes, c’est qu’ils lut­tent con­tre des moulins à vent pen­dant que les con­di­tions d’un réel total­i­tarisme tech­ni­co-financier se met­tent en place dans leur dos, par­fois même avec leur com­plic­ité. La gauche n’a plus aucune légitim­ité, hormis la chimère de la lutte antifas­ciste qui est un piège à gogos.

Le « critère Méric »

En con­clu­sion, on peut donc remar­quer que les médias ont glob­ale­ment relayé une salve de pro­pa­gande tirée depuis le gou­verne­ment pour s’extirper de ses dif­fi­cultés, sans jouer leur rôle de con­tre-pou­voir, sans oppos­er une lec­ture cri­tique à cette escro­querie intel­lectuelle pour­tant si man­i­feste et alors qu’ils pos­sé­daient absol­u­ment tous les élé­ments pour ce faire, le jour même de l’annonce du décès de Clé­ment Méric. Le « critère Méric » restera, pour juger, en France, de la hiérar­chie des faits divers et de l’importance des cadavres selon leur diges­tion par le sys­tème médi­ati­co-poli­tique. Et il témoign­era égale­ment de l’invraisemblable cynisme dont est capa­ble de faire preuve la majeure par­tie de la caste dom­i­nante afin de préserv­er ses prérog­a­tives.

M.D.

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