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Bernard Arnault a‑t-il fait virer le directeur de la rédaction des Échos ?

5 avril 2023

Temps de lecture : 3 minutes
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Bernard Arnault a‑t-il fait virer le directeur de la rédaction des Échos ?

Temps de lecture : 3 minutes

Lorsque la presse est détenue par une poignée d’hommes qui ne font pas l’acquisition de ces groupes de presse pour des raisons financières, il est difficile de parler d’indépendance de la presse. Le patron du groupe LVMH, Bernard Arnault, propriétaire entre autres des Échos, en offre une illustration.

C’est La let­tre A qui, dans un papi­er du 21 mars 2023, affirme que Nico­las Bar­ré, le patron de la rédac­tion des Échos depuis 2015, aurait été débar­qué de son poste par le pro­prié­taire du jour­nal Bernard Arnault. Si rien n’a été con­fir­mé, la Société des jour­nal­istes, dans un com­mu­niqué du 23 mars, a indiqué « ne pas être dupe » et voit dans cette déci­sion « une ingérence de plus dans la vie du jour­nal », en con­tra­dic­tion avec les engage­ments pris par Bernard Arnault lors du rachat des Échos. En con­séquence de cette déci­sion, une « grève des sig­na­tures » a eu lieu le jeu­di 23 mars dans l’édition web du quo­ti­di­en, et dans l’édition papi­er du ven­dre­di 24 mars.

De son côté, Nico­las Bar­ré va occu­per d’autres fonc­tions au sein du jour­nal, ce dont se félicite Bernard Arnault dans un com­mu­niqué où il indique être « très heureux » que Bar­ré ait « choisi de pour­suiv­re son par­cours au sein du groupe avec un nou­veau rôle ».

Les déboires de LVMH avec le fisc

Mais, alors, qu’est-ce qui a pu con­duire le patron de LVMH à inter­venir de façon aus­si voy­ante dans la vie d’un de ses jour­naux ? Selon plusieurs jour­naux, la faute viendrait de la pub­li­ca­tion, dans les dernières semaines, de deux arti­cles ayant un lien avec les affaires de Bernard Arnault. Le pre­mier con­cern­erait des perqui­si­tions et les déboires que con­naît LVMH avec le fisc ; quant au sec­ond, il s’agit d’une cri­tique élo­gieuse du livre His­toire d’un ogre, pub­lié par Erik Ors­en­na et con­sacré à Vin­cent Bol­loré. Si l’on com­prend aisé­ment que le pre­mier ait piqué Bernard Arnault, on n’achète pas un jour­nal pour qu’il déballe nos prob­lèmes sur la place du vil­lage, le sec­ond peut sur­pren­dre. Depuis des mois, Bernard Arnault et Vin­cent Bol­loré se livrent une bataille afin de racheter le groupe Lagardère. Néan­moins, comme l’indique Téléra­ma, une paix des braves aurait été con­clue entre le patron de Viven­di et Bernard Arnault. En effet, le rachat doit encore être aval­isé par la Com­mis­sion européenne, qui pour­rait deman­der à Bol­loré de lâch­er une par­tie de sa presse peo­ple pour valid­er le rachat. C’est à la suite de cela qu’une paix aurait été con­clue entre les deux mil­liar­daires. Par con­séquence cette cri­tique élo­gieuse du livre d’Ors­en­na dans les colonnes des Échos, qui con­sti­tu­ait une attaque par ric­o­chet con­tre Bol­loré, con­tre­vient à la trêve con­clue entre l’homme d’af­faires bre­ton et le patron de LVMH.

Si rien n’a évidem­ment été con­fir­mé, Bernard Arnault n’allant pas admet­tre impos­er sa volon­té à la presse, et la presse n’allant pas admet­tre être tenue en laisse par son pro­prié­taire, ce scé­nario sem­ble d’autant plus crédi­ble que le rem­plaçant de Nico­las Bar­ré, François Vidal, est réputé moins indépen­dant que son prédécesseur.

Il s’agit d’une autre illus­tra­tion des béné­fices indé­ni­ables de la main­mise de quelques per­son­nes sur les groupes de presse. On espère néan­moins que nos amis de la presse main­stream ne seront pas déçus qu’il ne s’agisse pas de Bolloré.