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Médias suisses : cinq questions à Guy Mettan

Guy Mettan, vous êtes une personnalité des médias en Suisse, pouvez-vous vous présenter pour les lecteurs français ? 

J’exerce le métier de journaliste depuis 40 ans, dans le domaine de la politique étrangère essentiellement. J’ai notamment eu la responsabilité de diriger La Tribune de Genève et le Club suisse de la presse, qui a pour mission d’accueillir les personnalités qui visitent les organisations internationales à Genève, ambassadeurs, ministres, chefs d’État et représentants d’ONG. Parallèlement à mes activités professionnelles, j’ai également été député au parlement genevois, le Grand Conseil, que j’ai présidé en 2010. Enfin, j’ai eu le plaisir d’écrire une dizaine de livres, parmi lesquels « Russie-Occident : une guerre de mille ans » (2015) traduit dans sept langues, et « Le Continent perdu. Plaidoyer pour une Europe démocratique et souveraine » (2019), aux Éditions des Syrtes.

Dans tous les cas, je milite pour une conception farouchement indépendante du journalisme.

Que pensez vous du pluralisme dans les médias suisses francophones par rapport à la situation en France ?

Les médias suisses n’échappent pas aux tendances générales de la presse en Occident : chute des revenus, restrictions budgétaires, sévère restriction des moyens et du nombre de journalistes, concentration des éditeurs, chute de la diversité et du pluralisme, parallèlement à l’explosion des nouvelles ou des pseudo-nouvelles diffusées par les réseaux sociaux.

Un chiffre illustre cette tendance : des 80 éditeurs indépendants il y a 25 ans, on est passé à moins d’une dizaine aujourd’hui, dont deux contrôlent 60% du marché. L’audiovisuel public a suivi la même évolution avec la fusion des rédactions radio et TV au nom d’une supposée convergence et mise en commun des forces rédactionnelles. Quant à l’agence nationale d’information, l’ATS, elle a récemment été fusionnée avec l’agence autrichienne Keystone.

En clair : la diversité et le pluralisme, sur le plan des informations économiques et étrangères, ne sont plus qu’un souvenir. Seule exception : du fait de la structure fédérale et de la pluralité linguistique du pays, l’information nationale et locale reste assez diversifiée.

La censure s’établit progressivement sur les réseaux sociaux par les GAFA, en voyez-vous les effets dans votre pays ?

Dans ce domaine aussi, la Suisse n’échappe pas à la tendance générale. Avec la guerre civile en Syrie, le renversement du pouvoir légal par la rue en Ukraine en février 2014 et surtout depuis l’élection américaine de 2016 et la pseudo-ingérence russe dont le rapport Mueller a établi qu’elle était une invention, la censure établie par les GAFA au nom de la lutte contre les fake news a assuré le triomphe de la ligne du politiquement correct dans les médias. Désormais, tout ce qui sort de la vision binaire « bon vs méchant », « démocrate vs populiste ou autoritaire », est laissé de côté, omis, ignoré ou combattu comme « conspirationniste ».

Le meilleur exemple de cette évolution est l’affaire Assange. Hier adulé par les médias installés qui se battaient pour publier les Wikileaks, il est aujourd’hui ignoré ou conspué suite à une magistrale campagne de désinformation qui a voulu le faire passer pour un violeur de femmes et un non-journaliste qui n’aurait pas respecté la déontologie du métier.

Dans vos conférences vous parlez d’Empire ou de nouvel Empire, pouvez-vous préciser ces concepts ?

Depuis les attentats du 11 septembre 2001 et le « Patriot Act », et surtout depuis les années 2013-2016, les sociétés occidentales sont entrées dans l’ère de la surveillance généralisée et du contrôle de l’information via toute une galaxie d’ONG, d’agences de relations publiques et d’experts de think tanks interposés. Sans l’avouer bien sûr, l’attention du public étant détournée sur les dérives supposées des démocratures et du système de contrôle social à la chinoise.

La rudesse, l'incohérence apparente et la vulgarité en plus, l’ère Trump n’a fait qu’amplifier une tendance déjà commencée sous les présidents Bush et Obama, à savoir une mise au pas des sociétés occidentales en vue d’une confrontation croissante avec la Russie et la Chine, vues comme des obstacles ou des concurrents inacceptables pour l’hégémonie occidentale. Trump gère l’Occident comme un patron d’entreprise monopolistique. Il est prêt à tout pour éliminer tout concurrent qui pourrait menacer son monopole : menaces, cajoleries, corruption, guerre commerciale à outrance, boycotts, joint-ventures, fusions-absorptions, marketing-propagande-publicité mensongère auprès des consommateurs-électeurs, etc.

Dans mon esprit, nos sociétés occidentales sont en train de sortir de l’ère républicaine (de la république impériale, colonialiste et impérialiste à l’extérieur mais démocratique chez elle) pour entrer dans une ère plus classiquement impériale (un empire de plus en plus autoritaire, chez lui comme à l’extérieur) dont la base sociale ne serait plus le peuple mais une oligarchie qui concentre l’essentiel des richesses dans ses mains.

Puisque vous êtes là, une minute d’attention s’il vous plaît…

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Claude Chollet
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