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Manifestation des anti-PMA et chiffres dans les médias : petits comptes entre amis ?

9 octobre 2019

Temps de lecture : 5 minutes
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Manifestation des anti-PMA et chiffres dans les médias : petits comptes entre amis ?

Le dimanche 6 octobre 2019, plusieurs associations opposées à la PMA dite « pour toutes les femmes », c’est-à-dire pour les couples de femmes lesbiennes et les femmes seules, dont La Manif Pour Tous, manifestaient dans les rues de Paris. La PMA n’était pas seule dans la ligne de mire : la principale inquiétude est qu’elle débouche ensuite sur la GPA pour toutes (et tous). La façon dont ont été indiqués les chiffres de manifestants peut laisser perplexe.

  • Les médias français allant tous boire à la source fre­latée de l’AFP, un regard sur la dépêche de l’agence datée du 6 octo­bre n’est pas inutile. Titre : «Plusieurs dizaines de mil­liers d’opposants défi­lent con­tre la PMA pour toutes à Paris ». Le chiffre annon­cé dès le 2e para­graphe est de 74 500 man­i­fes­tants. Pré­cis, pro­pre à sem­bler sérieux. Il est impor­tant car il va être repris. D’où sort-il ? Il aurait été réal­isé « par le cab­i­net Occur­rence pour un col­lec­tif de médias, dont l’AFP ». Nous voici ras­surés. C’est peu, sem­ble-t-il. La preuve ? « A titre de com­para­i­son, 100 000 man­i­fes­tants avaient défilé en France lors de la pre­mière action con­tre le mariage gay en novem­bre 2012 ». Deux points à sig­naler dans cette dernière phrase :
  • Si l’AFP veut vrai­ment com­par­er, alors il faut qu’elle applique le « dans toute la France » aus­si à la man­i­fes­ta­tion du 6 octo­bre 2019 : du coup, com­bi­en de man­i­fes­tants en réal­ité ?
  • La loi de 2012 n’était pas une loi pour « le mariage gay » mais une loi en vue du mariage homo­sex­uel. Le jour­nal­iste de l’AFP est mal infor­mé : gay, homo­sex­uel, ce sont con­cepts dif­férents. Et l’utilisation du mot « gay » est étrange­ment sex­iste, dans ce cadre médi­a­tique, puisqu’il omet les les­bi­ennes (entre autres LGBTQIAA++++). Les femmes peu­vent se mari­er et ne sont pas « gays ». Si même l’AFP ne parvient pas à s’y faire…

Selon l’AFP, les organ­isa­teurs ont comp­té 600 000 man­i­fes­tants et la police seule­ment 42 000. Ce sont ces dif­férents « comp­tages » qui vont être débat­tus dès le matin du 7 octo­bre 2019. L’enjeu n’est pas mince : aucun gou­verne­ment ne voulant organ­is­er de référen­dum, c’est-à-dire pren­dre le pouls réel de l’opinion du pays sur cette ques­tion de société, c’est donc « l’impression » qui prime, sauf à don­ner qui­tus aux sondages. L’AFP ne manque pas de con­clure sur le fait que les actes homo­phobes auraient « bon­di en France en 2013 » à cause de La Manif Pour Tous.

Ces élé­ments sont ceux qui vont être repris par tous les médias. L’AFP étant d’une cer­taine façon un pour­voyeur unique d’informations triées par avance. Seule l’interprétation change sur ce sujet de la PMA.

Deux exemples

  • Exem­ple 1 : Le Monde. Un média réputé ouvert à toutes les trans­for­ma­tions socié­tales pos­si­bles et imag­in­ables et par nature opposé aux anti PMA, con­sid­érés comme de dan­gereux extrémistes quels que soient leurs argu­ments. Le Monde titre sur le site inter­net le matin du 7 octo­bre 2019 : « A Paris, les anti-PMA ten­tent de renouer avec l’esprit de La Manif pour tous, sans y croire ». C’est donc un échec. La preuve ? « La man­i­fes­ta­tion (…) a rassem­blé 74 500 per­son­nes ». Que ferait-on en France sans l’AFP ? Le quo­ti­di­en reprend de la même façon les chiffres de 600 000 et de 42 000. Le Monde con­clut sur une cita­tion de la min­istre de la san­té Agnès Buzyn sur une PMA « pour toutes » adop­tée à une large majorité. De quoi ? Des députés. Qu’en pensent les Français ? Le quo­ti­di­en ex de référence ne nous le dira pas car il ne tient pas à le savoir.
  • Exem­ple 2 : Le Figaro. Un quo­ti­di­en pour lequel se posi­tion­ner sur un tel sujet est plus déli­cat. Titre : « PMA pour toutes : l’ampleur de la man­i­fes­ta­tion remo­bilise les opposants ». C’est fort intéres­sant : Le Monde par­le de « résig­na­tion », Le Figaro de « remo­bil­i­sa­tion ». Alors ? Seuls les chiffres, dont per­son­ne ne peut savoir quel degré de vérac­ité ils ont, pour­raient départager les deux organes de presse. Ou bien ce fameux référen­dum que nous ne ver­rons pas venir, le bloc libéral lib­er­taire au pou­voir ayant bien com­pris en 2005 et depuis, du fait des divers­es élec­tions à l’échelle du con­ti­nent, qu’il n’est plus le bien­venu au des­tin des peu­ples. Le Figaro note la dis­cor­dance entre les 600 000 man­i­fes­tants des organ­isa­teurs et les 74 500 du cab­i­net Occur­rence. Mais aus­si les 42 000 par­faite­ment ridicules de la pré­fec­ture de police. De même, au sujet des man­i­fes­ta­tions de 2012 le quo­ti­di­en ne fait pas la même com­para­i­son : « Dans la soirée, ces chiffres ont entraîné un début de polémique. La Manif pour tous a jugé l’estimation don­née par les autorités « en con­tra­dic­tion avec les échanges opéra­tionnels » avec la Pré­fec­ture de police. Elle a demandé un accès aux vidéos de la Préfec­ture sur l’ensemble des itinéraires de la man­i­fes­ta­tion. Pour rap­pel, la pre­mière man­i­fes­ta­tion con­tre la loi Taubi­ra de novem­bre 2012 avait réu­ni 200.000 man­i­fes­tants, selon les organ­isa­teurs, 70.000 selon la Pré­fec­ture de police ».

Pour le reste, les deux quo­ti­di­ens s’appuient sur la dépêche de l’AFP, la recopi­ent même, ajoutant sim­ple­ment des témoignages dif­férents recueil­lis sur place, ain­si qu’une ori­en­ta­tion dif­férente de l’interprétation de l’évènement. Ce qui est déjà beau­coup, notons-le, dans la presse française actuelle.

Du flou dans l’incertain mais un peu de proximité

En l’absence com­plète d’informations sur cette forme de PMA en tant que telle, tout étant bien floue et fort peu expliquée sur le fond, comme en l’absence de réel débat ou de recherche de l’opinion véri­ta­ble des Français, il y a polémique sur les chiffres. Ce n’est pas anodin, les organ­isa­teurs s’interrogeant sur l’origine des chiffres four­nis par le cab­i­net Occur­rence ain­si que sur la nature de ce dernier.

Du coup, le Check­news de Libéra­tion est mon­té au front pour répon­dre à cette ques­tion : « La société Occur­rence, qui a comp­té 74 500 man­i­fes­tants con­tre la PMA dimanche (ce qui au vu des images est claire­ment ridicule, même pas le stade de France un jour de match — NDLE) est-elle proche de LREM ? ». Il est alors 11h12, nous sommes le 7 octo­bre 2019. Cette sup­po­si­tion n’est pas nou­velle, elle dure depuis plus d’un an et « est fondée sur quelques tweets de cer­tains de ses respon­s­ables ». La vraie ques­tion porte sur la prox­im­ité avec Aurore Bergé et sur « une anci­enne chef de pro­jet de LREM ». Libéra­tion l’indique : l’affirmation de prox­im­ité repose sur un seul tweet « dans lequel Assaël Adary, prési­dent d’Occurrence, affichait son sou­tien à Aurore Bergé, alors can­di­date LREM aux lég­isla­tives ». Le tweet, quoi qu’en dis­ent les jour­nal­istes mon­tre une vraie prox­im­ité. La chef de pro­jet n’est plus chez Occur­rence mais elle y a bien tra­vail­lé et son patron sou­tient une can­di­date LREM. En gros, il ressort de la tour­nure de ce « check » qu’Occurrence, man­daté par « un col­lec­tif d’une ving­taine de médias », serait « indépen­dant ». Vrai­ment ?

Devant de telles analy­ses, il n’y a plus de doute : l’ère de la post-vérité tourne à plein régime mais pas dans le sens que l’on croit. Le cab­i­net qui compte les man­i­fes­tants opposés au pou­voir en place est proche ou ami de ce pou­voir, au moins idéologique­ment. Et la majeure par­tie de la presse, organ­isée ou pas « en col­lec­tif ».

Ce qui étonne n’est pour­tant pas cela. Ce serait plutôt que les idéo­logues au pou­voir, juste­ment, ne se sen­tent plus oblig­és de se jus­ti­fi­er, mais mentent tran­quille­ment et ouverte­ment ou par omis­sion en per­ma­nence. La démoc­ra­tie est entrée dans une péri­ode de las­si­tude.

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