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Manifestation de clandestins à Paris le 30 mai : des médias entre neutralité et bienveillance

14 août 2020

Temps de lecture : 5 minutes
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Manifestation de clandestins à Paris le 30 mai : des médias entre neutralité et bienveillance

Red­if­fu­sion esti­vale 2020. Pre­mière dif­fu­sion le 3 juin 2020

Samedi 30 mai, une manifestation d’immigrés clandestins a eu lieu à Paris, bien qu’elle ait été interdite par la Préfecture de police. Alors que les manifestants ont à de nombreuses reprises piétiné les lois de notre pays, les médias de grand chemin ont couvert cet événement avec une neutralité bienveillante.

La cou­ver­ture médi­a­tique de la man­i­fes­ta­tion qui a réu­ni près de 5 000 “sans-papiers” le 30 mai à Paris n’a pas été neu­tre, en dépit des élé­ments pure­ment factuels con­tenus dans les arti­cles que lui ont con­sacrés les médias de grand chemin. Le choix des per­son­nes inter­viewées et des événe­ments relatés relève d’une véri­ta­ble ligne édi­to­ri­ale, qui passe sous silence de nom­breux aspects de cette man­i­fes­ta­tion interdite.

Les médias de grand chemin entre neutralité et bienveillance

Le prin­ci­pal quo­ti­di­en région­al, Le Parisien, cou­vre la man­i­fes­ta­tion en détail­lant les reven­di­ca­tions des man­i­fes­tants : « (Ces pop­u­la­tions) sont sans droits, sans revenus et sans espoir d’ac­cès aux allo­ca­tions pro­posées par l’État. Pour elles et pour eux, il n’y a pas d’ac­cès gra­tu­it aux soins et pas d’autre pos­si­bil­ité pour sur­vivre que de chercher des moyens de sub­sis­tance ». Pour com­menter la man­i­fes­ta­tion, la parole est don­née à un man­i­fes­tant doc­tor­ant en géo­gra­phie, qui déplore le fait que la police ait décidé de gaz­er et de charg­er les manifestants.

France Info titre sobre­ment le 30 mai : « Des sans-papiers man­i­fes­tent à Paris mal­gré l’in­ter­dic­tion de la pré­fec­ture ». Les seuls points de vue que con­tient l’article sont ceux des organ­isa­teurs :

« L’ap­pel à cette “marche des sol­i­dar­ités”, pour deman­der une régu­lar­i­sa­tion des sans-papiers et une révi­sion de la poli­tique migra­toire française a été relayé par près de 210 organ­i­sa­tions et 300 per­son­nal­ités, selon un texte dif­fusé sur les réseaux soci­aux ». La seule infrac­tion com­mise par les man­i­fes­tants men­tion­née par la radio d’Etat est la par­tic­i­pa­tion à une man­i­fes­ta­tion interdite.

Le Jour­nal de Mon­tréal tout comme RTL, l’Express, etc. reprend les élé­ments de lan­gage de l’AFP. Encore une fois, la posi­tion d’un organ­isa­teur de la man­i­fes­ta­tion et un extrait du com­mu­niqué appelant à man­i­fester sont les uniques points de vue présen­tés. 20 Min­utes va plus loin que de recopi­er laborieuse­ment la dépêche de l’AFP : le site d’information accom­pa­gne l’article sur la man­i­fes­ta­tion par une vidéo présen­tant cer­tains faits héroïques com­mis par des clandestins.

France Bleu titre sur « des mil­liers de per­son­nes dans la rue en sol­i­dar­ité aux sans-papiers mal­gré l’in­ter­dic­tion ». A la vue des images de la man­i­fes­ta­tion, où l’on peut voir une pop­u­la­tion très majori­taire­ment issue d’Afrique sub­sahéli­enne, on peut s’étonner du fait que la man­i­fes­ta­tion est présen­tée comme « en sol­i­dar­ité » avec les clan­des­tins, alors que ceux-ci for­ment le gros du cortège.

Dans la cou­ver­ture de la man­i­fes­ta­tion, les médias de grand chemin met­tent unique­ment en avant les argu­ments et les reven­di­ca­tions des organ­isa­teurs : régu­lar­i­sa­tion des sans-papiers, accès aux droits, allo­ca­tions sociales, etc. A aucun moment les très nom­breuses infrac­tions com­mis­es par les clan­des­tins ni les impli­ca­tions à la sat­is­fac­tion des reven­di­ca­tions des man­i­fes­tants ne sont présen­tées dans les arti­cles à ce sujet.

Manifestants ou délinquants

Le médias de grand chemin qual­i­fient les par­tic­i­pants à la man­i­fes­ta­tion de « man­i­fes­tants » et de « sans-papiers ». On peut s’interroger sur cette qual­i­fi­ca­tion des très nom­breux clan­des­tins présents, qui en rai­son des mul­ti­ples faits com­mis pour­raient être qual­i­fiés de « délin­quants », comme nous allons le voir. La Pré­fec­ture de police de Paris n’avait pas don­né son autori­sa­tion pour la tenue de cette man­i­fes­ta­tion appelée par des syn­di­cats et de nom­breuses organ­i­sa­tions poli­tiques et associatives.

La par­tic­i­pa­tion à une man­i­fes­ta­tion non autorisée est une infrac­tion pas­si­ble d’une amende de 135 euros. En rai­son de l’état d’urgence san­i­taire, tout rassem­ble­ment de plus 10 per­son­nes sur la voie publique est inter­dit. Le non-respect de cette inter­dic­tion est égale­ment sanc­tion­né d’un amende de 135 euros par participant.

Sur les images de la man­i­fes­ta­tion, on peut voir une foule com­pacte et de nom­breux man­i­fes­tants très proches l’un de l’autre qui ne por­tent pas de masque san­i­taire. Les par­tic­i­pants et au-delà toutes les per­son­nes avec qui ils seront en con­tact, s’exposent à une trans­mis­sion du coro­n­avirus en ne respec­tant pas la dis­tance sociale que le gou­verne­ment veut faire respecter. C’est d’ailleurs le motif invo­qué par les autorités pour ne pas autoris­er la man­i­fes­ta­tion, selon Le Parisien le 30 mai.

Les images de la man­i­fes­ta­tion nous mon­trent égale­ment que les man­i­fes­tants sont d’origine africaine et qu’ils man­i­fes­tent sans équiv­oque pour la régu­lar­i­sa­tion de leur sit­u­a­tion sur le sol français. Le séjour irréguli­er en France est un délit, pas­si­ble d’un an de prison, de 3 750 € d’a­mende et de 3 ans d’in­ter­dic­tion du ter­ri­toire. Le clan­des­tin doit en out­re être éloigné du ter­ri­toire, con­for­mé­ment au code du séjour des étrangers (CESADA).

On peut égale­ment voir lors de la man­i­fes­ta­tion que des man­i­fes­tants ont refusé de se dis­pers­er à la demande des forces de l’ordre. Le fait d’opposer une résis­tance vio­lente à une per­son­ne déposi­taire de l’autorité publique est un délit pas­si­ble de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende.

Bien évidem­ment, aucun de ces élé­ments pure­ment factuels n’est men­tion­né par les médias de grand chemin.

Ce que l’on ne trouve pas dans les médias de grand chemin

Con­traire­ment à beau­coup de jour­nal­istes qui en ce same­di ensoleil­lé ont préféré rester en rédac­tion ou chez eux pour recopi­er la dépêche de l’AFP, un inter­naute s’est don­né la peine d’aller Place de la République. Il a filmé un homme en djella­ba haranguant la foule, barbe salafiste, keffieh pales­tinien à la main, qui sem­ble appa­raitre comme un leader de la man­i­fes­ta­tion. Mais cette image aurait sans doute terni ce grand moment du com­bat pour les droits. Valeurs actuelles souligne dans un arti­cle du 30 mai l’illégalité de la man­i­fes­ta­tion et le non-respect des règles san­i­taires. L’hebdomadaire est bien seul à men­tion­ner que « des heurts ont fini par éclater entre man­i­fes­tants et forces de l’or­dre ».

TV Lib­ertés ne prend pas de détour : « L’État français laisse une man­i­fes­ta­tion d’immigrés clan­des­tins se dérouler, avec vio­lences, mal­gré son inter­dic­tion ».

La chaine alter­na­tive souligne que « Con­traire­ment à la répres­sion vio­lente visant les Gilets jaunes, les autorités ont lais­sé faire cette man­i­fes­ta­tion, encadrée par des élé­ments d’extrême gauche col­lab­o­rant ain­si à l’exploitation mafieuse de ces « damnés de la terre » qui enten­dent rester dans un pays dans lequel ils n’ont pas été invités par les citoyens ». Le con­stat est sans appel : « Les autorités s’enfoncent de plus en plus dans la col­lab­o­ra­tion active avec les immi­grés ». RT France fait égale­ment par­tie des rares médias à don­ner un autre point de vue sur la man­i­fes­ta­tion : «Pourquoi une telle faib­lesse des autorités ?» : la marche pro-migrants à Paris indigne droite et RN ».

Ces points du vue dis­si­dents sont bien rares. La grande majorité des médias a unique­ment cou­vert la man­i­fes­ta­tion des sans-papiers avec les argu­ments des organ­isa­teurs dis­pen­sés par l’AFP. Les arti­cles ne com­por­tent très sou­vent aucune dis­tance cri­tique vis-à-vis de l’appel d’air que créée chaque mou­ve­ment de régu­lar­i­sa­tion de clan­des­tins. Ceci, alors que comme le souligne Le Figaro le 1er juin, les arresta­tions et les expul­sions de clan­des­tins devi­en­nent extrême­ment rares. C’est ain­si que, cha­cun à sa mesure, les médias de grand chemin comme les autorités con­tribuent à faire de la France un pays de cocagne de l’immigration illégale.

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