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Film Les misérables : une si belle unanimité médiatique

31 décembre 2019

Temps de lecture : 4 minutes
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Film Les misérables : une si belle unanimité médiatique

Pre­mière dif­fu­sion le 26/11/2019

Le 20 novembre 2019, le film du réalisateur Ladj Ly intitulé « Les misérables » est sorti dans les salles de cinéma. Rarement un film aura fait l’objet de tant de critiques positives dans les médias. L’œuvre a tellement ému le Président de la République qu’il aurait demandé « séance tenante » de trouver rapidement une solution pour les jeunes de banlieue. Les voix discordantes dans les médias sont à chercher avec ténacité. L’OJIM l’a fait pour vous.

En 1995, Math­ieu Kasso­vitz réal­i­sait le film « La haine ». Un film brut sur la vio­lence et la dés­espérance sociale dans les cités. Les émeutes en ban­lieue en 2005 ont mon­tré que le film n’a pas pro­duit de choc salu­taire auprès de l’opinion publique, et surtout auprès de la classe poli­tique.

Il sem­ble en aller autrement en 2019. Le réal­isa­teur du film en a envoyé un DVD au Prési­dent selon Libéra­tion. Le mes­sage a été reçu 5 sur 5. Après avoir vu le film « Les mis­érables », le Prési­dent Macron aurait demandé au gou­verne­ment de se dépêch­er pour trou­ver des idées et agir pour amélior­er les con­di­tions de vie dans les quartiers selon Le JDD.

Les médias unanimes

Le film primé au fes­ti­val de Cannes (prix du jury) met en scène des policiers de la Brigade Anti Crim­i­nal­ité (BAC) en action en Seine-Saint-Denis. Une mis­sion qui n’est pas sans risques, surtout quand un polici­er com­met une bavure comme on le voit dans le film. Tant les policiers que les jeunes sont mon­trés selon les médias « sans fards » et avec justesse. C’est un véri­ta­ble con­cert de louanges auquel on assiste :

C’est le « film de la semaine » pour Euronews. En Seine-Saint-Denis, « le film ne laisse per­son­ne indif­férent » selon Le Parisien. L’Obs s’interroge : « Ladj Ly sera-t-il le Diderot de Macron ? ».

C’est « un film remarquable…qui nous com­mande de faire aimer la France » pour Le Figaro. C’est un film « coup de poing dont la France avait besoin » selon Mademoizelle.com. Même Valeurs actuelles y va de sa cri­tique pos­i­tive « un tableau effrayant de la déliques­cence des ban­lieues, avec une indé­ni­able force », etc.

À quelques exceptions près…

Les cri­tiques réti­centes ou néga­tives sont dif­fi­ciles à trou­ver. Par­mi celles-ci, Boule­vard Voltaire iro­nise sur le choc du Prési­dent Macron après avoir vu le film et son souhait de mesures rapi­des pour les ban­lieues. Ceci alors que son pre­mier Min­istre avait annon­cé quelques jours plus tôt un « plan d’urgence » pour la Seine-Saint-Denis. Cela lui aura échap­pé, sans doute sous le coup de l’émotion.

Alors que les cri­tiques ont majori­taire­ment par­lé de ce qu’ils ont vu sur l’écran, Jany Leroy souligne qu’il est impor­tant de par­ler égale­ment de ce que l’on ne voit pas dans le film mais que l’on con­state par­fois – trop sou­vent — dans la réal­ité.

« Le réal­isa­teur a épargné la fragilité psy­chologique de son spec­ta­teur élyséen en évi­tant de mon­tr­er des blocs de béton tombant des fenêtres sur des policiers, de voitures de pom­piers incendiées sans rai­son, d’agressions de médecins, de tabas­sages à mort pour un mau­vais regard et autres scènes qui auraient lais­sé Emmanuel Macron mar­qué à vie. »

Le Parisien donne la parole à des policiers. Ils esti­ment que le film est « car­i­cat­ur­al et dan­gereux », cer­taines scènes sont « invraisem­blables », « le film stig­ma­tise les flics » et les jeunes. Des détails sans doute que n’auront pas relevé les cri­tiques. L’essayiste Bar­bara Lefevre souligne sur RMC (les Grandes Gueules) que dans le film, « le polici­er est hargneux, raciste et tire sur tout ce qui bouge » et que ce sont les imams les gen­tils du film, ceux qui arrivent à la fin à réc­on­cili­er tout le monde dans la cité en feu.

L’insulte et la victimisation en bandoulière

Comme en écho, le blog du ciné­ma a inter­viewé le réal­isa­teur. Si cette inter­view qui est dev­enue gênante a dis­paru du blog, elle est tou­jours présente en par­tie sur le site Fdes­ouche.

Un bel exer­ci­ce de vic­tim­i­sa­tion : « on a l’impression qu’il y a une guerre déclarée con­tre l’islam et j’ai envie de dire, con­tre les ban­lieues ». « Les pre­mières ciblées, ce sont les femmes, les femmes voilées ». L’uniformisation du port du voile en ban­lieue ? « Ce sont les femmes qui s’assument, qui sont libres ». Les femmes for­cées à porter le voile ? « Per­son­ne ne force à rien ».

On quitte ensuite les argu­ments d’autorité du réal­isa­teur, qui pense peut-être qu’ils ont un cer­tain crédit, pour pass­er au reg­istre orduri­er.

Insultes à gogo du réalisateur

Out­re leurs films sur la ban­lieue, Math­ieu Kasso­vitz et le réal­isa­teur Ladj Ly ont un point com­mun : les insultes. Alors que Math­ieu Kasso­vitz a — entre autres joyeusetés — proféré des insultes con­tre des policiers sur Twit­ter et a verte­ment insulté Nico­las Dupont-Aig­nan pour s’être ral­lié à Marine Le Pen au 2e tour de l’élection prési­den­tielle de 2017, Ladj Li quant à lui qual­i­fie devant le jour­nal­iste du blog du ciné­ma Zineb El Rha­zoui, l’ancienne jour­nal­iste de Char­lie Heb­do, sous pro­tec­tion poli­cière per­ma­nente, de « con­nasse » et lui con­seille d’« aller se faire enculer ». Éric Zem­mour se voit grat­i­fié d’un « fils de pute ». Sans par­ler de con­sid­éra­tions poli­tiques tout aus­si à l’emporte-pièce. Mais ces pro­pos peu amènes n’empêchent pas que « les mis­érables est un film rassem­bleur, qui appelle à l’harmonie »…

On est loin de la prose ciselée de Vic­tor Hugo. Nous sommes au 21e siè­cle, la France n’est plus la même, on l’avait remar­qué. En tout cas, cela ne fait pas polémique dans les médias. Mais l’essentiel n’est pas là, même si cela pose le per­son­nage.

Au dia­ble les mil­liards engloutis dans la poli­tique de la ville depuis des décen­nies, oublié l’islamisme qui étend son influ­ence dans les cités et fait régn­er une nou­velle loi. Les imams sont là pour sif­fler la fin de la récréa­tion quand il le faut. Oublié le juteux traf­ic de drogue qui gan­grène les cités alors que selon notre Prési­dent les emplois légaux ne man­quent pas puisqu’il faut ouvrir encore plus la France à l’immigration économique via des quo­tas sans pla­fond. Oubliées les men­aces des « jeunes », même si selon la voix off de la bande son du film, quand ils expri­ment leur colère (sous-enten­du vio­lem­ment) « c’est le seul moyen de se faire enten­dre aujourd’hui ». Au dia­ble la représen­ta­tion à l’emporte-pièce de la police, mise en scène de façon car­i­cat­u­rale selon des policiers eux-mêmes.

L’important n’est-il pas qu’enfin un ban­lieusard, et non un « mâle blanc », se soit emparé du sujet de la vie en ban­lieue, avec une telle justesse sem­ble-t-il que notre Prési­dent de la République en a décou­vert la réal­ité, sous un con­cert de louanges dans les médias… On se prend à rêver à l’installation d’un mul­ti­plexe à l’Élysée pour par­faire la cul­ture générale de notre jeune Prési­dent.

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Sylvain Augier, reporter, animateur de radio et de télévision