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Législatives 2022 : une union de la gauche très populaire auprès des médias de grand chemin

15 juin 2022

Temps de lecture : 4 minutes
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Législatives 2022 : une union de la gauche très populaire auprès des médias de grand chemin

15 juin 2022

Temps de lecture : 4 minutes

Jean-Luc Mélenchon a réussi un coup de maître en affichant sa volonté de se voir nommé premier ministre à l’issue des élections législatives, s’il obtient un nombre de députés suffisants. Il s’est ainsi placé en premier opposant à Emmanuel Macron, bien qu’il n’ait pas été qualifié au second tour de l’élection présidentielle. Mais un autre facteur, bien plus déterminant, lui donne un atout majeur : la surreprésentation du temps de parole des candidats de l’union de la gauche (la « NUPES ») dans de nombreux médias de grand chemin.

Mélenchon, trotskyste un jour…

Jean-Luc Mélen­chon a une longue expéri­ence poli­tique. Son pas­sage dans les années 1970 au par­ti trot­skiste OCI lui a per­mis d’acquérir une solide for­ma­tion au mil­i­tan­tisme. Il est rompu à l’« entrisme », qui con­siste à met­tre en œuvre un plan d’action visant accéder aux plus hautes respon­s­abil­ités de l’ap­pareil d’État afin d’y appli­quer « son » social­isme. Avec une habileté cer­taine, il con­duit une stratégie qui ne doit rien au hasard. Il utilise à prof­it les moyens que les médias de grand chemin met­tent à sa dis­po­si­tion avec générosité. Durant la cam­pagne élec­torale des élec­tions lég­isla­tives, ceux-ci lui ont en effet don­né un sacré coup de pouce.

La NUPES, grand champion des temps de parole

L’ARCOM, le suc­cesseur du CSA, établit un décompte réguli­er des temps de parole et d’antenne en fonc­tion des ten­dances poli­tiques. Ces infor­ma­tions doivent per­me­t­tre de quan­ti­fi­er en durée les inter­ven­tions des dif­férents par­tis poli­tiques sur les chaines de radio et de télévision.

Un inter­naute a fait un pré­cieux tra­vail de mise en per­spec­tive des don­nées de l’ARCOM, qui per­met de con­stater un temps de parole par­ti­c­ulière­ment impor­tant pour les can­di­dats de la NUPES pen­dant le mois de mai 2022. Les infor­ma­tions qu’il a mis­es en ligne sur Twit­ter se passent de tout com­men­taire. La NUPES suclasse très sou­vent en temps de parole les autres for­ma­tions poli­tiques, en par­ti­c­uli­er sur France 2 (47% du temps de parole), France 5 (73%), C8 (76%), RMC (71%), TV5 Monde (53%), BFMTV (57%), LCI (71%), Eurononews (70%).

À la radio, la dis­pro­por­tion en faveur de la NUPES par rap­port à son poids élec­toral est tout aus­si man­i­feste : France Info (55%), France Inter (62%), Europe 1 (39%).

Des réactions en série

Plusieurs médias se sont éton­nés d’une telle dis­pro­por­tion du temps d’antenne en faveur de l’union de la gauche. Le Figaro souligne le 22 mai que « les mélen­chon­istes monop­o­lisent l’antenne ». Le 7 juin, le site d’information Atlanti­co con­sacre un arti­cle au « déséquili­bre du temps de parole en faveur des mélen­chon­istes ».

L’ARCOM, que l’on avait con­nu plus dili­gent et par­fois plus autori­taire, s’est con­tentée de rap­pel­er les « règles d’équité des temps de parole » à l’occasion des élec­tions lég­isla­tives. Il en ressort que chaque média peut appli­quer cette règle d’«équité » en fonc­tion de critères très flous, notam­ment en prenant en compte « la con­tri­bu­tion des par­tis à l’an­i­ma­tion du débat élec­toral », l’ARCOM se lim­i­tant à « appréci­er, a pos­te­ri­ori, si l’exposition accordée dans cette péri­ode appa­raît con­forme au principe d’équité ». L’autorité de régu­la­tion ne dit pas un mot sur le ser­vice pub­lic de l’information qui foule une nou­velle fois au pied son cahi­er des charges qui lui impose de respecter le plu­ral­isme des opinions.

Favoritisme quantitatif et qualitatif

Mais le traite­ment de faveur par de nom­breux médias de grand chemin de la NUPES emmenée par Jean-Luc Mélen­chon ne se lim­ite pas à lui accorder un temps de parole exces­sive­ment favor­able. Sa for­ma­tion poli­tique n’est jamais désignée comme appar­tenant à l’extrême-gauche.

Si le mou­ve­ment d’Éric Zem­mour « Recon­quête ! » et le Rassem­ble­ment nation­al sont invari­able­ment stig­ma­tisés comme appar­tenant à « l’extrême droite », Jean-Luc Mélen­chon n’est en effet jamais présen­té comme étant comme un leader d’extrême gauche.

Le pro­gramme économique de la NUPES serait-il si mod­éré que cela ? Chal­lenges souligne dans un arti­cle du 10 juin que « la rafale d’im­pôts con­fis­ca­toires sur les plus rich­es et les entre­pris­es promis par la Nupes s’a­jouterait à des prélève­ments oblig­a­toires record ».

Anne de Guigné et Manon Mal­hère esti­ment dans un arti­cle du Figaro du 7 juin qu’avec l’« explo­sion des impôts, (la) retraite à 60 ans, (le) blocage des prix… S’il arrive à Matignon, le patron de la Nupes met­tra le pays à genoux »

La dérive islamo-gauchiste de LFI

Les récentes pris­es de posi­tion de Jean-Luc Mélen­chon per­me­t­tent-elles égale­ment, comme le font qua­si­ment tous les médias, de ne pas le rat­tach­er à l’extrême gauche ?

Lors de la perqui­si­tion des locaux de LFI en 2018, il s’oppose aux policiers en hurlant : « la république, c’est moi ! ». En décem­bre 2020, il par­ticipe à une man­i­fes­ta­tion « con­tre l’islamophobie » dont l’appel con­tient des dénon­ci­a­tions des lois « lib­er­ti­cides visant les musul­mans » : loi de 2004 sur le voile à l’école, loi de 2010 sur la burqa, etc. Cela lui vaut le qual­i­fi­catif de « prise de guerre » par la mil­i­tante indigéniste Houria Bouteljda.

En novem­bre 2021 sur BFMTV, Jean-Luc Mélen­chon se pose en défenseur des musul­mans vivant en en France : « Je suis excédé de voir com­ment sont traités les musul­mans dans notre pays ».

Voir aus­si : L’Arcom se félicite de son action, et pourtant…

En juin 2021, comme le rap­porte La Dépêche, il laisse enten­dre que des évène­ments sont inven­tés ou exagérés comme les atten­tats per­pétrés par Mohamed Mer­ah, « afin de pren­dre une nou­velle fois pour cible les musul­mans ».

Ses cri­tiques frontales con­tre la police sont désor­mais fréquentes, comme lorsqu’il dénonce « «une police vio­lente […] qui fait ce qu’elle veut quand elle veut» lors de l’émission Face à Baba en jan­vi­er 2022 ou, comme le rap­pelle La Dépêche, lorsqu’il affirme le 4 juin 2022 « la police tue » après un con­trôle de police qui a entrainé la mort d’une per­son­ne, suite au refus d’obtempérer du con­duc­teur de la voiture dans laque­lle elle se trouvait.

On aurait pu mul­ti­pli­er les exem­ples de posi­tions extrêmes de Jean-Luc Mélen­chon. Rien n’y fait, LFI et plus large­ment la NUPES, emmenées par Jean-Luc Mélen­chon, béné­fi­cient de la bien­veil­lance de nom­breux médias, une bien­veil­lance qui s’exprime tant dans le temps de parole qui lui est accordé que dans la présen­ta­tion de LFI comme d’une banale for­ma­tion dite « de gauche ».

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