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Le meilleur du Monde des livres

23 mai 2020

Temps de lecture : 2 minutes
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Le meilleur du Monde des livres

Après deux mois de confinement, Le Monde a voulu marquer la date de réouverture des librairies (le 11 mai 2020). Le 14 mai, le journal publie donc dans ses colonnes culture (« Le Monde des livres ») le résultat d’une petite enquête menée auprès de quarante « personnalités ». Un cocktail étonnant : sélection de quelques auteurs, ouvrages, et réponses.

La forme de la ques­tion rap­pelle celle d’un sujet de rédac­tion d’écolier : « Vous qui sortez d’un long con­fine­ment, dites-nous quel livre vous aide à rêver le monde d’après. » Par défor­ma­tion pro­fes­sion­nelle, on repère d’abord les trois his­to­riens de la liste, les sérieux et plutôt con­formistes Ivan Jablon­ka, François Har­tog et Pas­cal Ory qui, sans trop d’étonnement, appré­cient des « clas­siques » : Don Qui­chotte de Cer­van­tès, Les Essais de Mon­taigne, et De la démoc­ra­tie en Amérique de Toc­queville. Il fail­lait sans doute, pour bien faire, ajouter à la liste un pro­fesseur de Sci­ences Po : Dominique Reynié, ancien can­di­dat UMP et directeur de la Fon­dapol (Fon­da­tion pour l’innovation poli­tique, qui se définit comme « un Think Thank libéral, pro­gres­siste et européen »), jette son dévolu sur une his­toire sci­en­tifique de l’homme.

Ouverture à la « différence »

Mais il n’y a apparem­ment pas que les intel­lectuels qui ont le droit de don­ner leur avis. Un esprit d’ouverture à la « dif­férence » fait inter­roger le nageur Yan­nick Agnel (on est ravi d’apprendre qu’il nous con­seille Les Nour­ri­t­ures ter­restres de Gide, livre qui exalte le plaisir des sens) ou encore le rappeur Abd el Mal­ick, chantre d’un islam « réfléchi et tolérant » (sic). On trou­ve peut-être son résumé de La Divine Comédie de Dante un peu sim­pliste : « Cette œuvre nous dit que l’essentiel est en nous-mêmes. Il faut remet­tre l’esprit et l’humain au cen­tre de tout. ». Voilà qui n’engage pas à grand-chose.

Mais le con­formisme cul­mine avec le com­men­taire de Claire Nou­vian, mil­i­tante écol­o­giste, qui recom­mande La Com­mu­ni­ca­tion non vio­lente de Nathalie Achard : « L’auteure (sic) intè­gre et dépasse les leçons de la com­mu­ni­ca­tion non vio­lente pour forg­er une syn­thèse indis­pens­able, sans aucun dog­ma­tisme, per­me­t­tant de com­pren­dre com­ment agir pour façon­ner un monde à l’image de nos besoins fon­da­men­taux de liens, de sens, de beauté et de péren­nité. Un vaste pro­gramme qui com­mence en nous, si tant est que quelqu’un – et c’est chose faite – nous livre les clés prag­ma­tiques de la façon de tout chang­er, sans avoir à tout boule­vers­er. » Le pro­gramme est vaste même si l’on n’est pas sûr de tout com­pren­dre.

De bonnes surprises aussi

Quelques bonnes sur­pris­es à men­tion­ner tout de même : Bernanos est deux fois à l’honneur, van­té par le let­tré et fort tal­entueux (plutôt de gauche) Denis Poda­ly­dès de la Comédie Française, qui trou­ve dans le roman Sous le soleil de Satan une con­so­la­tion à l’angoisse du con­fine­ment. Mais on lit avec un plus grand intérêt encore l’analyse per­ti­nente de l’écrivain Cather­ine Mil­let, com­para­nt la loi du con­fine­ment avec la sit­u­a­tion décrite dans La France con­tre les robots. Bernanos, en son temps déjà, oppo­sait la célébra­tion des valeurs tra­di­tion­nelles de la France à la moder­nité ravageuse, dans laque­lle les hommes finis­sent par abdi­quer leur pro­pre respon­s­abil­ité. L’auteur du livre à scan­dale, La vie sex­uelle de Cather­ine M, se croit oblig­ée de pré­cis­er (par peur d’être jugée, pour une fois, réac­tion­naire ?) que son choix ini­tial por­tait sur le sul­fureux His­toire d’O, « réc­it d’un con­fine­ment déli­cieuse­ment con­sen­ti, sym­bole d’un temps où une femme pou­vait par­ler de son désir de se soumet­tre au désir d’un homme parce que c’était là sa lib­erté. » Bernanos aurait sûre­ment appré­cié.

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