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Le Brexit dans la presse européenne le matin du Jour J, revue de presse

4 février 2020

Temps de lecture : 5 minutes
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Le Brexit dans la presse européenne le matin du Jour J, revue de presse

Le vendredi 31 janvier 2020 était le Jour J. À 23h (heure britannique, soit minuit heure française), le Royaume-Uni devait officiellement cesser d’être un État membre de l’Union européenne. C’est la première fois qu’un pays quitte l’Union européenne et ce sujet concurrençait donc vendredi matin celui du coronavirus chinois comme sujet principal de la journée.

Chez les anglais

Le tabloïd anglais The Sun cri­ait vic­toire : « Aujourd’hui à 23h, après 30 ans de résis­tance, le grand peu­ple du Roy­aume-Uni aura enfin réal­isé le Brex­it ». Pourquoi 30 ans de résis­tance seule­ment alors que les Bri­tan­niques étaient mem­bres de l’UE depuis 47 ans ? C’est expliqué tout de suite après le titre : « Trois décen­nies après que tout eut com­mencé à pour­rir avec l’impulsion vers les États-Unis d’Europe ». The Sun fait ici référence au Traité de Maas­tricht signé en 1992 qui a mod­i­fié la nature de l’intégration européenne.

Le jour­nal pro-Brex­it et pro-Con­ser­va­teurs Tele­graph fai­sait lui aus­si ses grands titres sur le Brex­it ven­dre­di matin, avec Boris John­son qui « annonce ‘l’aube d’une nou­velle ère’ en célébrant Jour du Brex­it avec une baisse des impôts ». Le Tele­graph pub­li­ait égale­ment un édi­to­r­i­al opti­miste du min­istre de l’Intérieur Sajid Javid dont le titre com­mence par les mots « Notre grand pays est enfin libre » et un autre qui nous apprend, en référence au vote du par­lement écos­sais sur un nou­veau référen­dum pour l’indépendance et sur le main­tien du dra­peau européen devant le par­lement d’Édimbourg mal­gré le Brex­it, que la prési­dente du par­ti indépen­dan­tiste écos­sais SNP « Nico­la Stur­geon panique : il lui reste de moins en moins de temps pour réalis­er son rêve d’indépendance ». En effet, explique le jour­nal­iste Tom Har­ris, il n’y aura pas de si tôt un deux­ième référen­dum sur l’indépendance de l’Écosse.

Tristesse en revanche au jour­nal anti-Brex­it et pro-Tra­vail­listes The Guardian chez qui la nou­velle la plus impor­tante liée au Brex­it ven­dre­di matin était un aver­tisse­ment d’un ancien ambas­sadeur bri­tan­nique aux États-Unis : « Trump don­nera la pri­or­ité aux entre­pris­es améri­caines dans le com­merce post-Brex­it ». Le Guardian nous appre­nait égale­ment ven­dre­di matin qu’on assiste depuis 2016 à une « gigan­tesque aug­men­ta­tion des Bri­tan­niques deman­dant un passe­port non bri­tan­nique » comme assur­ance pour l’ère post-Brex­it.

Chez les mangeurs de grenouilles

Côté français, on pub­li­ait au Figaro ven­dre­di matin une tri­bune de Nico­la Stur­geon, la leader indépen­dan­tiste écos­saise, qui expli­quait que « le Brex­it est un jour de grande tristesse pour les Écos­sais » et que «  l’Écosse a le droit de choisir son pro­pre avenir et que la meilleure option pour l’Écosse est d’être un pays indépen­dant, au sein de l’Union européenne. » « L’adieu à l’Europe » pou­vait-on lire en gros titre de Une dans l’édition papi­er avec, tou­jours en Une, l’éditorial du jour inti­t­ulé « Sin­gapour-sur-Tamise ». Dans cet édi­to­r­i­al, Philippe Gélie fait l’éloge du dynamisme bri­tan­nique et s’inquiète plutôt pour l’Union européenne post-Brex­it : « Il ne fait pas de doute que l’Union perd énor­mé­ment avec le départ du Roy­aume-Uni — cinquième puis­sance économique mon­di­ale, cen­tre financier inter­na­tion­al, deux­ième bud­get mil­i­taire européen et pili­er de l’ONU. L’UE, qui n’existait déjà pas beau­coup sur la scène géopoli­tique, en devient une puis­sance amoin­drie. Sans doute lui reste-t-il assez de poids pour négoci­er sans faib­lesse avec un pays dont elle est, de loin, le pre­mier parte­naire com­mer­cial. Brux­elles veut à tout prix empêch­er l’apparition d’un par­adis fis­cal dérégulé à ses portes. Il en va de son pro­pre mod­èle, qui pour­rait souf­frir de la com­péti­tion avec un Sin­gapour-sur-Tamise. »

Au Monde, on titrait en milieu de Une de l’édition papi­er ven­dre­di matin : « Brex­it : l’Europe entre dans l’inconnu ». Dans sa chronique du jour, Philippe Escan­de remar­que que « Boris John­son promet des aides publiques, tout ce que le Roy­aume-Uni a com­bat­tu quand il était dans l’UE ». Les décodeurs du Monde inter­ve­naient aus­si ven­dre­di matin pour expli­quer que « les par­ti­sans d’un ‘Brex­it dur’ ont dû faire le deuil de nom­bre de leurs rêves et des promess­es qui leur avaient été don­nées », tan­dis qu’on appre­nait grâce à un reportage que « à Grims­by, où l’on a voté à 71 % pour le Brex­it, les habi­tants sont déter­minés mais n’osent pas croire à des lende­mains qui chantent ».

Outre-Rhin

Chez nos amis alle­mands, le sujet de la procé­dure en des­ti­tu­tion de Trump l’emportait ven­dre­di matin sur le site du quo­ti­di­en Frank­furter All­ge­meine Zeitung, suivi du coro­n­avirus. Avec tout de même une rubrique spé­ciale Brex­it un peu plus bas, con­tenant trois titres : « John­son veut rebouch­er les fis­sure en Grande-Bre­tagne », suivi du chapô « Le pre­mier min­istre John­son ne veut pas que les Écos­sais revo­tent pour leur indépen­dance », puis un édi­to­r­i­al des « trois prési­dents de l’UE (de la Com­mis­sion européenne, du Par­lement européen et du Con­seil européen ») : « Tournés vers l’avenir avec la Grande-Bre­tagne », et l’affirmation en chapô qu’en ces temps trou­blés il vaut mieux être gros et que « après le Brex­it, l’UE s’intégrera encore plus ». Troisième titre en page d’accueil du FAZ, l’avis de la Bun­des­bank sur le Brex­it : « Lon­dres devient pour nous un risque ». En effet, explique un mem­bre du con­seil d’administration de la banque cen­trale alle­mande, les Bri­tan­niques vont libéralis­er leurs règles con­cer­nant les ban­ques. »

Sur le site du quo­ti­di­en Die Welt, en revanche, le Brex­it occu­pait ven­dre­di matin tout le haut de la page d’accueil. L’article de tête con­cer­nait les craintes de con­cur­rence déloy­al après le Brex­it quand les Bri­tan­niques auront réduit leurs tax­es et libéral­isé leurs règles. Deux­ième titre : « Boris John­son ne pour­ra pas tou­jours nous bar­rer la route », explique l’Écossaise Nico­las Stur­geon dans un entre­tien avec la cor­re­spon­dante du Welt Ste­fanie Bolzen. Le troisième titre con­cerne le « Megx­it », un départ de Har­ry et Meghan dont la faute incomberait selon Die Welt aux Bri­tan­niques et à la reine d’Angleterre elle-même.

Au-delà des Alpes

En Ital­ie, le jour­nal de droite Il Gior­nale avait sem­ble-t-il d’autres chats à fou­et­ter sur son site que le Brex­it ven­dre­di matin. Le seul arti­cle un peu vis­i­ble était inti­t­ulé « Le Brex­it et la leçon de Lon­dres : com­ment le peu­ple à bat­tu les élites ». Coro­n­avirus, débar­que­ments d’immigrants, Salvi­ni,… : le grand quo­ti­di­en de gauche La Repub­bli­ca avait vis­i­ble­ment man­qué lui aus­si de place pour le Brex­it en tête de son site ven­dre­di matin. Le con­traste avec les sites des jour­naux français et alle­mands était frap­pant. En descen­dant un peu, on trou­vait mal­gré tout sur le site de La Repub­bli­ca la vision de l’Ecossaise Nico­la Stur­geon : « Nous revien­drons en Europe en tant qu’État indépen­dant ».

Par-delà les Pyrénées

Ven­dre­di matin sur le site du quo­ti­di­en espag­nol de droite ABC, c’est la soumis­sion du pre­mier min­istre Pedro Sánchez aux indépen­dan­tistes cata­lans qui occu­pait la Une. L’éditorial d’ABC était toute­fois con­sacré au Brex­it ce matin-là, sous le titre : « Lon­dres n’a pas de quoi fêter ». En effet, explique la rédac­tion d’ABC, « c’est un moment de tristesse pour tous les Européens » : « à par­tir de main­tenant ils seront citoyens d’un pays tiers, et c’est pour cette rai­son qu’il faut con­sid­ér­er les fes­tiv­ités pro­gram­mées par cer­tains à Lon­dres comme étant des man­i­fes­ta­tions obscènes qui ne présagent rien de bon. Le nation­al­isme, tout nation­al­isme exclusif et cli­vant, est mau­vais par essence ». Sur le site du jour­nal de gauche El País, c’était en revanche bien le Brex­it qui occu­pait tout le haut de la page, avec, à nou­veau, l’avertissement de Nico­la Stur­geon, tou­jours elle : « L’Écosse revien­dra dans le cœur de l’Europe en tant que pays indépen­dant ».

L’indépen­dance de l’Écosse sera t’elle la nou­velle marotte des pro-UE sur le con­ti­nent ? Rien de mieux pour pou­voir enfin prou­ver que les par­ti­sans du Brex­it ont eu tort et qu’on avait bien eu rai­son de les prévenir…

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