L’accueil de migrants en maisons de retraite vu par la PQR : un filet d’eau tiède

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La presse quotidienne régionale (PQR) consacre de nombreux articles à l’accueil de migrants en maisons de retraite. L’OJIM vous livre un panorama de son traitement médiatique, qui sous une apparence factuelle, comporte de nombreux partis-pris.

L’accueil institutionnel

Dans le Pas-de-Calais, à Nédonchel, La Voix du Nord nous informe en novembre 2017 qu’ « on regarde du côté de l’ancien établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes de Nédonchel – inoccupé depuis un mois suite à la construction d’une nouvelle maison de retraite dans la commune, pour y installer un centre d’accueil et d’examen des situations comme il en existe actuellement à l’abbaye de Belval à Troisvaux ». Pourtant, «  Le maire souhaite construire une salle polyvalente » lit-on dans l’édition du 15 décembre du quotidien nordiste. Il devra attendre….

Selon La Nouvelle République le 9 mars, à Frontenay Rohan Rohan (Deux Sèvres), « un conseil extraordinaire s’est penché sur le projet de centre d’accueil et d’orientation pour migrants dans l’ancienne maison de retraite des Trois Rois. Le conseil a voté pour une large majorité en faveur de ce projet. Les locaux qui doivent être cédés à Audacia pour l’euro symbolique par le bailleur social qui les détient ». Le quotidien cite le secrétaire général de la Préfecture : «  la quasi-totalité d’entre eux sont des jeunes hommes autonomes et débrouillards, provenant de pays dont la situation intérieure est très difficile : Afghanistan, Darfour, Érythrée, Afrique noire ».

Dans le Calvados, à Missy, c’est selon Actu.fr le 1er février « au sein d’une ancienne maison de retraite que les jeunes vont s’installer ». La Manche libre relate que « l’ancienne maison de retraite, à une vingtaine de kilomètres de Caen, va désormais abriter des jeunes non majeurs venus de l’étranger ». Sur le site Actu.fr, on peut lire que le Président du Conseil départemental affirme : « Beaucoup de migrants viennent passer le test de la minorité, raconte Jean-Léonce Dupont. Mais certains ne sont pas mineurs. Le plus âgé à s’être présenté avait 45 ans ! Cependant, le Département doit les prendre en charge, quel que soit leur âge, le temps de l’évaluation de la minorité ». Ouest-France nous apprend qu’« ils viennent principalement d’Afrique Subsaharienne (Mali, Guinée, Congo, Érythrée, Angola, Éthiopie) mais aussi du Bangladesh ou d’Albanie ».

À Auch, on apprend à la lecture d’un article de La Dépêche que « des migrants (sont) logés à l’Ehpad de la Ribère ». Il s’agit en fait des « anciens locaux de l’EPHAD ». Le quotidien nous apprend le 9 décembre 2017 que « seuls ou en petits groupes, ils arrivent à la gare d’Auch, guidés à Matabiau par les passeurs, et finissent par frapper à la porte du commissariat pour obtenir de l’aide ». Le journal donne la parole au Président du conseil départemental : « c’est un honneur pour le département et pour la République de les accueillir ».

À Triel-sur-Seine, « les migrants « temporaires » sont là depuis 2 ans » selon le site d’information Paris.vox le 30 octobre 2017. « Pour calmer les réticences des riverains, la préfecture annonçait alors que les migrants devraient rester uniquement jusqu’à fin mars 2016, le temps de l’examen de leur situation par les services de l’Etat ». On apprend dans Le Parisien qu’ils sont dans l’ancienne maison de retraite. Rapidement, ils organisent une manifestation pour dénoncer leurs conditions d’hébergement et la qualité de la nourriture qu’on leur sert, nous apprend Le Parisien en août 2016.

En Bretagne, Le Télégramme informe en novembre 2016 qu’à Lambézellec, « 30 migrants (sont) accueillis dans l’ancienne résidence de Kermaria ».

Dans le Tarn, à Réalmont, « l’ancienne maison de retraite sera reconvertie », nous informe le 28 avril La Dépêche. « Ce bâtiment devrait accueillir des migrants pour une durée de neuf mois reconductibles ». « Un collectif s’est constitué en janvier pour faire entendre la volonté d’utiliser ces locaux pour accueillir des sans-abri ». Le projet retenu « ne correspond pas aux demandes du collectif » affirme son porte-parole au journaliste.

20 Minutes nous informe que « la petite commune de Langourla dans les Côtes-d’Armor n’accueillera pas de centre d’accueil pour migrant » dans une ancienne maison de retraite. « Les élus ont finalement refusé cette proposition, préférant à la place un projet de création d’habitat partagé pour des personnes handicapées ». Le site d’information Breizh Info relate un projet alternatif à l’accueil des migrants présentés par des habitants de la commune.

L’occupation illégale

Parfois, l’accueil institutionnel de migrants souvent clandestins est remplacé par l’occupation illégale de bâtiments.

À Rennes, en juin 2017, Ouest-France nous annonce qu’au « squat de la Poterie, 160 migrants sont toujours sans issue ». « Cette ancienne maison de retraite appartenant au promoteur Lamotte doit être démolie cet été. Sept bébés sont nés depuis que les familles vivent ici. » Originaires de Mongolie, de Tchétchénie, d’Afghanistan, de Géorgie, d’Albanie, d’Ukraine, d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire, ils ont été déboutés du droit d’asile. Un adjoint au Maire affirme le 23 juin à Ouest-France : « Les Géorgiens, Albanais et Ukrainiens, soit entre un tiers et la moitié des 160 migrants, sont considérés comme des voyageurs au sein de l’Union européenne, ils ne sont donc ni expulsables ni régularisables ».

Après leur expulsion, Ouest-France nous apprend que « les migrants du squat de la Poterie sont tous à l’abri ». Dans l’édition du 22 juillet 2017 du quotidien, on apprend que « les 160 migrants dont 80 enfants » « ont été relogés dans des appartements ou de petites maisons » ou à l’hôtel. L’article se termine par les propos d’une représentante de l’association « Un toit c’est un droit ». « Nous sommes soulagés. Toutes les personnes ont été mises à l’abri. Personne ne s’est retrouvé à la rue ».

À Nantes, Europe 1 relate le 8 mars les tribulations de squatteurs clandestins. « Expulsés de l’université, des migrants occupent une ex-maison de retraite plusieurs dizaines de migrants occupent depuis jeudi midi une ancienne maison de retraite, propriété de la métropole.  Le journal relate les propos du maire (PS) de Nantes et président de Nantes Métropole : « Le bâtiment de six étages est occupé par “au moins 100 personnes” ». « Il n’y aura pas d’évacuation jusqu’à la fin de la trêve hivernale ». Le 16 mars, Ouest-France titre sur « l’ex-maison de retraite (qui) deviendra centre d’accueil de migrants ». Le quotidien nous apprend en effet que la Préfète a proposé, jeudi soir 15 mars, sur France 3 que cet Ehpad soit transformé en « centre d’accueil et d’examen des situations ».

Le détournement de l’objet

À Blacé, dans le Rhône, Le Progrès nous informe que « la nouvelle résidence Les Platanes devait à partir de début 2018 accueillir des seniors non dépendants. Mais elle pourrait finalement accueillir des jeunes migrants. » « Le Département du Rhône tient à rappeler que l’accueil des Mineurs Non Accompagnés lui est imposé par l’État, engageant sa responsabilité juridique, alors même que l’afflux des Mineurs Non Accompagnés relève de la politique migratoire de l’État ». Le journal nous apprend qu’un collectif d’habitants s’est formé pour demander le maintien du projet initial. Lyon Capitale nous informe le 26 mars qu’ « après un conseil d’administration (de l’EPHAD) qui s’est tenu la semaine dernière, le lieu restera une résidence pour seniors ».

À Mézy-sur-Seine, La Gazette en Yvelines titre positivement le 5 avril au sujet d’un bâtiment prévu pour une maison de retraite et qui accueille…des migrants : «  Logements sociaux : la mairie « dans les clous » grâce… aux migrants ». « 36 des logements sociaux comptabilisés par la préfecture proviennent du foyer de demandeurs d’asile, ouvert en 2015 dans un bâtiment prévu pour une maison de retraite. Son caractère initialement très temporaire est devenu un peu plus définitif ».

Robinet d’eau tiède

Que retenir de cette couverture par les médias de l’arrivée de migrants dans des maisons de retraite désaffectés ou rénovées, comme à Mézy-sur-Seine ?

S’il ne fallait pas s’attendre à de grands développements géo-politiques dans les pages locales des quotidiens régionaux, l’impression générale des articles est celle d’un filet d’eau tiède.

A l’exception d’Actu.fr et de Breizh.info, tout aspect trop polémique du sujet est évacué : ainsi, on ne saura pas quels étaient les projets des municipalités concernées pour l’utilisation des maisons de retraite désaffectées (travaux en vue d’offrir des places supplémentaires pour les personnes âgées, etc.). Les maires ne sont pas questionnés sur la question. Ce n’est que quand des citoyens et élus s’emparent du sujet et qu’une opposition au projet de logement de migrants voit le jour, comme à Réalmont, Langourla et Blacé, que l’affectation des locaux est évoquée.

L’injonction relayée notamment par Le Parisien de « mener au plus vite une mise à l’abri » des clandestins ne semble souffrir aucune réserve.

Des clandestins viennent téléguidés par des passeurs frapper à la porte de la Police pour être pris en charge à Auch, comme le relate La Dépêche. C’est aussitôt un élu qui est interviewé et qui invoque la fidélité à des valeurs d’accueil.

Quand des clandestins se présentent comme mineurs et qu’ils ne le sont pas, comme cet éternel adolescent de 45 ans dans le Calvados mentionné par le Président du conseil départemental, l’élu s’empresse de rappeler qu’ils doivent être pris en charge pour leur évaluation.

Après l’expulsion d’une maison de retraite squattée à Rennes, ce qui importe en conclusion de l’article de Ouest France, c’est que les déboutés du droit d’asile « soient tous à l’abri ». Pas un mot sur la suite logique du rejet de la demande d’asile : le retour dans le pays d’origine.

À Nantes, les clandestins arrivent, épaulés par un important battage médiatico-politique, à transformer leur squat en centre d’accueil de migrants, sans que cela suscite d’étonnement particulier du journaliste de Ouest France.

Le statut des intéressés est le plus souvent évoqué dans les articles sous le terme générique de « migrant ». Un terme fourre- tout qui fait l’impasse sur l’illégalité du séjour en France de nombre d’entre eux.

La polémique qui pourrait naitre à Mézy sur Seine sur le détournement de l’objet de la maison de retraite, au profit des migrants et au détriment des personnes âgées, est évacuée dès le titre de l’article par l’argument massue du Maire Europe Ecologie de la commune : Logements sociaux : la mairie « dans les clous » grâce… aux migrants ».

Ouest-France relaie sans réserve les approximations d’un élu : certains migrants seraient inexpulsables car « voyageurs au sein de l’Union européenne ». Exit donc les conditions de séjour en France qui existent tant pour les européens que les non européens et qui ne permettent pas de rester dans le pays dans tous les cas et toutes conditions.

À première vue strictement factuels, l’approche médiatique de la mise à l’abri de migrants contient dans de nombreux articles des non-dits et des présupposés. Le philosophe Pierre Manent évoquait de façon plus générale dans un récent numéro de Causeur ce qui semble en jeu : « C’est comme s’il y avait d’un côté le droit du migrant, d’une validité primordiale et universelle, et, de l’autre, une communauté mise en accusation ou sous surveillance dès lors qu’elle ne répond pas assez vite ou assez complètement aux demandes du migrant ». Des injonctions que de nombreux médias ne sont pas les derniers à relayer, à tort ou raison…

Crédit photo : kaboompics via pixabay (cc0)