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L’accueil de migrants en maisons de retraite vu par la PQR : un filet d’eau tiède

13 mai 2018

Temps de lecture : 7 minutes
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L’accueil de migrants en maisons de retraite vu par la PQR : un filet d’eau tiède

La presse quotidienne régionale (PQR) consacre de nombreux articles à l’accueil de migrants en maisons de retraite. L’OJIM vous livre un panorama de son traitement médiatique, qui sous une apparence factuelle, comporte de nombreux partis-pris.

L’accueil institutionnel

Dans le Pas-de-Calais, à Nédonchel, La Voix du Nord nous informe en novem­bre 2017 qu’ « on regarde du côté de l’ancien étab­lisse­ment d’hébergement pour per­son­nes âgées dépen­dantes de Nédonchel — inoc­cupé depuis un mois suite à la con­struc­tion d’une nou­velle mai­son de retraite dans la com­mune, pour y installer un cen­tre d’accueil et d’examen des sit­u­a­tions comme il en existe actuelle­ment à l’abbaye de Bel­val à Trois­vaux ». Pour­tant, «  Le maire souhaite con­stru­ire une salle poly­va­lente » lit-on dans l’édition du 15 décem­bre du quo­ti­di­en nordiste. Il devra atten­dre….

Selon La Nou­velle République le 9 mars, à Fron­te­nay Rohan Rohan (Deux Sèvres), « un con­seil extra­or­di­naire s’est penché sur le pro­jet de cen­tre d’accueil et d’orientation pour migrants dans l’ancienne mai­son de retraite des Trois Rois. Le con­seil a voté pour une large majorité en faveur de ce pro­jet. Les locaux qui doivent être cédés à Auda­cia pour l’euro sym­bol­ique par le bailleur social qui les détient ». Le quo­ti­di­en cite le secré­taire général de la Pré­fec­ture : «  la qua­si-total­ité d’entre eux sont des jeunes hommes autonomes et débrouil­lards, provenant de pays dont la sit­u­a­tion intérieure est très dif­fi­cile : Afghanistan, Dar­four, Éry­thrée, Afrique noire ».

Dans le Cal­va­dos, à Mis­sy, c’est selon Actu.fr le 1er févri­er « au sein d’une anci­enne mai­son de retraite que les jeunes vont s’in­staller ». La Manche libre relate que « l’an­ci­enne mai­son de retraite, à une ving­taine de kilo­mètres de Caen, va désor­mais abrit­er des jeunes non majeurs venus de l’é­tranger ». Sur le site Actu.fr, on peut lire que le Prési­dent du Con­seil départe­men­tal affirme : « Beau­coup de migrants vien­nent pass­er le test de la minorité, racon­te Jean-Léonce Dupont. Mais cer­tains ne sont pas mineurs. Le plus âgé à s’être présen­té avait 45 ans ! Cepen­dant, le Départe­ment doit les pren­dre en charge, quel que soit leur âge, le temps de l’évaluation de la minorité ». Ouest-France nous apprend qu’« ils vien­nent prin­ci­pale­ment d’Afrique Sub­sa­hari­enne (Mali, Guinée, Con­go, Éry­thrée, Ango­la, Éthiopie) mais aus­si du Bangladesh ou d’Albanie ».

À Auch, on apprend à la lec­ture d’un arti­cle de La Dépêche que « des migrants (sont) logés à l’Eh­pad de la Ribère ». Il s’agit en fait des « anciens locaux de l’EPHAD ». Le quo­ti­di­en nous apprend le 9 décem­bre 2017 que « seuls ou en petits groupes, ils arrivent à la gare d’Auch, guidés à Matabi­au par les passeurs, et finis­sent par frap­per à la porte du com­mis­sari­at pour obtenir de l’aide ». Le jour­nal donne la parole au Prési­dent du con­seil départe­men­tal : « c’est un hon­neur pour le départe­ment et pour la République de les accueil­lir ».

À Triel-sur-Seine, « les migrants « tem­po­raires » sont là depuis 2 ans » selon le site d’information Paris.vox le 30 octo­bre 2017. « Pour calmer les réti­cences des riverains, la pré­fec­ture annonçait alors que les migrants devraient rester unique­ment jusqu’à fin mars 2016, le temps de l’examen de leur sit­u­a­tion par les ser­vices de l’Etat ». On apprend dans Le Parisien qu’ils sont dans l’ancienne mai­son de retraite. Rapi­de­ment, ils organ­isent une man­i­fes­ta­tion pour dénon­cer leurs con­di­tions d’hébergement et la qual­ité de la nour­ri­t­ure qu’on leur sert, nous apprend Le Parisien en août 2016.

En Bre­tagne, Le Télé­gramme informe en novem­bre 2016 qu’à Lam­bézel­lec, « 30 migrants (sont) accueil­lis dans l’an­ci­enne rési­dence de Ker­maria ».

Dans le Tarn, à Réal­mont, « l’an­ci­enne mai­son de retraite sera recon­ver­tie », nous informe le 28 avril La Dépêche. « Ce bâti­ment devrait accueil­lir des migrants pour une durée de neuf mois recon­ductibles ». « Un col­lec­tif s’est con­sti­tué en jan­vi­er pour faire enten­dre la volon­té d’u­tilis­er ces locaux pour accueil­lir des sans-abri ». Le pro­jet retenu « ne cor­re­spond pas aux deman­des du col­lec­tif » affirme son porte-parole au jour­nal­iste.

20 Min­utes nous informe que « la petite com­mune de Lan­gourla dans les Côtes‑d’Armor n’accueillera pas de cen­tre d’accueil pour migrant » dans une anci­enne mai­son de retraite. « Les élus ont finale­ment refusé cette propo­si­tion, préférant à la place un pro­jet de créa­tion d’habitat partagé pour des per­son­nes hand­i­capées ». Le site d’information Breizh Info relate un pro­jet alter­natif à l’accueil des migrants présen­tés par des habi­tants de la com­mune.

L’occupation illégale

Par­fois, l’accueil insti­tu­tion­nel de migrants sou­vent clan­des­tins est rem­placé par l’occupation illé­gale de bâti­ments.

À Rennes, en juin 2017, Ouest-France nous annonce qu’au « squat de la Poterie, 160 migrants sont tou­jours sans issue ». « Cette anci­enne mai­son de retraite appar­tenant au pro­mo­teur Lam­otte doit être démolie cet été. Sept bébés sont nés depuis que les familles vivent ici. » Orig­i­naires de Mon­golie, de Tchétchénie, d’Afghanistan, de Géorgie, d’Al­ban­ie, d’Ukraine, d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire, ils ont été déboutés du droit d’asile. Un adjoint au Maire affirme le 23 juin à Ouest-France : « Les Géorgiens, Albanais et Ukrainiens, soit entre un tiers et la moitié des 160 migrants, sont con­sid­érés comme des voyageurs au sein de l’U­nion européenne, ils ne sont donc ni expulsables ni régu­lar­is­ables ».

Après leur expul­sion, Ouest-France nous apprend que « les migrants du squat de la Poterie sont tous à l’abri ». Dans l’édition du 22 juil­let 2017 du quo­ti­di­en, on apprend que « les 160 migrants dont 80 enfants » « ont été rel­ogés dans des apparte­ments ou de petites maisons » ou à l’hôtel. L’article se ter­mine par les pro­pos d’une représen­tante de l’association « Un toit c’est un droit ». « Nous sommes soulagés. Toutes les per­son­nes ont été mis­es à l’abri. Per­son­ne ne s’est retrou­vé à la rue ».

À Nantes, Europe 1 relate le 8 mars les tribu­la­tions de squat­teurs clan­des­tins. « Expul­sés de l’u­ni­ver­sité, des migrants occu­pent une ex-mai­son de retraite plusieurs dizaines de migrants occu­pent depuis jeu­di midi une anci­enne mai­son de retraite, pro­priété de la métro­pole.  Le jour­nal relate les pro­pos du maire (PS) de Nantes et prési­dent de Nantes Métro­pole : « Le bâti­ment de six étages est occupé par “au moins 100 per­son­nes” ». « Il n’y aura pas d’é­vac­u­a­tion jusqu’à la fin de la trêve hiver­nale ». Le 16 mars, Ouest-France titre sur « l’ex-mai­son de retraite (qui) devien­dra cen­tre d’accueil de migrants ». Le quo­ti­di­en nous apprend en effet que la Préfète a pro­posé, jeu­di soir 15 mars, sur France 3 que cet Ehpad soit trans­for­mé en « cen­tre d’accueil et d’examen des sit­u­a­tions ».

Le détournement de l’objet

À Blacé, dans le Rhône, Le Pro­grès nous informe que « la nou­velle rési­dence Les Pla­tanes devait à par­tir de début 2018 accueil­lir des seniors non dépen­dants. Mais elle pour­rait finale­ment accueil­lir des jeunes migrants. » « Le Départe­ment du Rhône tient à rap­pel­er que l’accueil des Mineurs Non Accom­pa­g­nés lui est imposé par l’État, engageant sa respon­s­abil­ité juridique, alors même que l’afflux des Mineurs Non Accom­pa­g­nés relève de la poli­tique migra­toire de l’État ». Le jour­nal nous apprend qu’un col­lec­tif d’habi­tants s’est for­mé pour deman­der le main­tien du pro­jet ini­tial. Lyon Cap­i­tale nous informe le 26 mars qu’ « après un con­seil d’administration (de l’EPHAD) qui s’est tenu la semaine dernière, le lieu restera une rési­dence pour seniors ».

À Mézy-sur-Seine, La Gazette en Yve­lines titre pos­i­tive­ment le 5 avril au sujet d’un bâti­ment prévu pour une mai­son de retraite et qui accueille…des migrants : «  Loge­ments soci­aux : la mairie « dans les clous » grâce… aux migrants ». « 36 des loge­ments soci­aux compt­abil­isés par la pré­fec­ture provi­en­nent du foy­er de deman­deurs d’asile, ouvert en 2015 dans un bâti­ment prévu pour une mai­son de retraite. Son car­ac­tère ini­tiale­ment très tem­po­raire est devenu un peu plus défini­tif ».

Robinet d’eau tiède

Que retenir de cette cou­ver­ture par les médias de l’arrivée de migrants dans des maisons de retraite désaf­fec­tés ou rénovées, comme à Mézy-sur-Seine ?

S’il ne fal­lait pas s’attendre à de grands développe­ments géo-poli­tiques dans les pages locales des quo­ti­di­ens régionaux, l’impression générale des arti­cles est celle d’un filet d’eau tiède.

A l’exception d’Actu.fr et de Breizh.info, tout aspect trop polémique du sujet est évac­ué : ain­si, on ne saura pas quels étaient les pro­jets des munic­i­pal­ités con­cernées pour l’utilisation des maisons de retraite désaf­fec­tées (travaux en vue d’offrir des places sup­plé­men­taires pour les per­son­nes âgées, etc.). Les maires ne sont pas ques­tion­nés sur la ques­tion. Ce n’est que quand des citoyens et élus s’emparent du sujet et qu’une oppo­si­tion au pro­jet de loge­ment de migrants voit le jour, comme à Réal­mont, Lan­gourla et Blacé, que l’affectation des locaux est évo­quée.

L’injonction relayée notam­ment par Le Parisien de « men­er au plus vite une mise à l’abri » des clan­des­tins ne sem­ble souf­frir aucune réserve.

Des clan­des­tins vien­nent téléguidés par des passeurs frap­per à la porte de la Police pour être pris en charge à Auch, comme le relate La Dépêche. C’est aus­sitôt un élu qui est inter­viewé et qui invoque la fidél­ité à des valeurs d’accueil.

Quand des clan­des­tins se présen­tent comme mineurs et qu’ils ne le sont pas, comme cet éter­nel ado­les­cent de 45 ans dans le Cal­va­dos men­tion­né par le Prési­dent du con­seil départe­men­tal, l’élu s’empresse de rap­pel­er qu’ils doivent être pris en charge pour leur éval­u­a­tion.

Après l’expulsion d’une mai­son de retraite squat­tée à Rennes, ce qui importe en con­clu­sion de l’article de Ouest France, c’est que les déboutés du droit d’asile « soient tous à l’abri ». Pas un mot sur la suite logique du rejet de la demande d’asile : le retour dans le pays d’origine.

À Nantes, les clan­des­tins arrivent, épaulés par un impor­tant battage médi­ati­co-poli­tique, à trans­former leur squat en cen­tre d’accueil de migrants, sans que cela sus­cite d’étonnement par­ti­c­uli­er du jour­nal­iste de Ouest France.

Le statut des intéressés est le plus sou­vent évo­qué dans les arti­cles sous le terme générique de « migrant ». Un terme fourre- tout qui fait l’impasse sur l’illégalité du séjour en France de nom­bre d’entre eux.

La polémique qui pour­rait naitre à Mézy sur Seine sur le détourne­ment de l’objet de la mai­son de retraite, au prof­it des migrants et au détri­ment des per­son­nes âgées, est évac­uée dès le titre de l’article par l’argument mas­sue du Maire Europe Ecolo­gie de la com­mune : Loge­ments soci­aux : la mairie « dans les clous » grâce… aux migrants ».

Ouest-France relaie sans réserve les approx­i­ma­tions d’un élu : cer­tains migrants seraient inex­pulsables car « voyageurs au sein de l’Union européenne ». Exit donc les con­di­tions de séjour en France qui exis­tent tant pour les européens que les non européens et qui ne per­me­t­tent pas de rester dans le pays dans tous les cas et toutes con­di­tions.

À pre­mière vue stricte­ment factuels, l’approche médi­a­tique de la mise à l’abri de migrants con­tient dans de nom­breux arti­cles des non-dits et des pré­sup­posés. Le philosophe Pierre Manent évo­quait de façon plus générale dans un récent numéro de Causeur ce qui sem­ble en jeu : « C’est comme s’il y avait d’un côté le droit du migrant, d’une valid­ité pri­mor­diale et uni­verselle, et, de l’autre, une com­mu­nauté mise en accu­sa­tion ou sous sur­veil­lance dès lors qu’elle ne répond pas assez vite ou assez com­plète­ment aux deman­des du migrant ». Des injonc­tions que de nom­breux médias ne sont pas les derniers à relay­er, à tort ou rai­son…

Crédit pho­to : kaboom­pics via pix­abay (cc0)

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