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La méthode Médiapart, vue par Pierre Péan dans Le Monde diplomatique

10 octobre 2019

Temps de lecture : 3 minutes
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La méthode Médiapart, vue par Pierre Péan dans Le Monde diplomatique

10 octobre 2019

Temps de lecture : 3 minutes

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Le journaliste Pierre Péan (portrait) est décédé le 25 juillet 2019. Il collaborait au Monde diplomatique depuis 1975 et a fait parvenir avant sa mort, à ce journal un article rédigé en mai et que le mensuel a publié en septembre 2019. Péan était très critique vis-à-vis de ceux qui se définissent comme « journalistes d’investigation », qu’il voyait plutôt comme des sous-traitants d’informations fournies par la police ou les magistrats. L’article est réservé aux abonnés du mensuel ou aux acheteurs au numéro, nous en extrayons quelques pépites en rendant un hommage posthume à Pierre Péan, et un hommage tout court au journal qui l’a publié pendant plus de quarante ans. Le titre est de Pierre Péan, les intertitres sont de notre rédaction.

Dans les cuisines de l’investigation

Depuis le milieu des années 1980, la vie publique française sem­ble mar­quée par un para­doxe. D’un côté la mon­tée du chô­mage, des iné­gal­ités sociales et géo­graphiques, la mon­di­al­i­sa­tion économique, le désen­gage­ment de l’Etat-providence tel qu’il fut conçu après la sec­onde guerre mon­di­ale et son redé­ploiement au prof­it des entre­pris­es privées ont scan­dé notre temps. De l’autre, le monde médi­a­tique a hissé au som­met de sa hiérar­chie non pas l’enquête sociale ou le reportage économique, sus­cep­ti­bles d’éclairer ces trans­for­ma­tions mais un genre et une fig­ure qui d’ordinaire prospèrent quand tout se délite : le scan­dale de cor­rup­tion politi­co-finan­cière et le jour­nal­iste dit « d’investigation »… Ces anges dévo­lus corps et âme à la ver­tu suprême, le droit à l’information, for­ment une élite au sein de leur profession…

Opacité de fonctionnement

(…) Une sin­gu­lar­ité de cette activ­ité menée au nom de la morale et de l’exigence de trans­parence est son opac­ité. Un gouf­fre sépare en effet l’image du jour­nal­iste d’investigation véhiculée par la presse elle-même à coup de por­traits d’enquêteurs, indi­vidus au regard ombreux et aux fac­ultés sup­posées excep­tion­nelles, pho­tographiés dos à dos comme sur les affich­es des films d’espionnage et la pra­tique du métier…

(…) Bien qu’elles pré­ten­dent générale­ment suiv­re ce chemin escarpé, la plu­part des têtes d’affiche du jour­nal­isme tra­vail­lent d’une manière rad­i­cale­ment dif­férente (de celle du jour­nal­isme d’enquête clas­sique, NDR). Il ne s’agit pas d’enquêter mais d’attendre une fuite. Celle d’un procès-ver­bal d’audition ou d’enquête que trans­met un juge, un polici­er, un avo­cat… L’intrépide lim­i­er s’emploie ensuite à le réécrire en style jour­nal­is­tique… L’ascension de ce jour­nal­isme qui défraie la chronique découle ain­si d’une alliance de cir­con­stance entre une petite frac­tion du monde judi­ci­aire et une tête d’épingle du monde médiatique…

Présomption d’innocence et secret de l’instruction aux oubliettes

(…) l’enquêteur est un ges­tion­naire de fuites. Le deux­ième aspect tient juste­ment à l’origine et à l’usage de ces infor­ma­tions. Leur exploita­tion repose sur la vio­la­tion de deux lois, la pré­somp­tion d’innocence et le secret de l’instruction, au nom d’un principe, le droit à l’information… En d’autres ter­mes, le jour­nal­iste ne se con­tente plus d’aider à la man­i­fes­ta­tion de la vérité et d’éclairer le juge­ment des lecteurs : il se fait, dans le cas d’espèce, aux­il­i­aire de jus­tice, voire de police…

Effets pervers

(…) Cette économie de l’investigation a un dou­ble effet per­vers. Les jour­nal­istes qui acceptent de nouer l’alliance médi­ati­co-judi­ci­aire payent l’accès aux doc­u­ments d’une extrême dépen­dance aux sources… Compte tenu du tout petit nom­bre de mag­is­trats, d’avocats ou de policiers qui acceptent de s’affranchir du secret de l’instruction, le nom­bre de « grands jour­nal­istes d’investigation » se con­sacrant aux affaires forte­ment judi­cia­risées s’est jusqu’ici lim­ité en France à une douzaine… un quar­teron d’enquêteurs détient le mono­pole de l’accès aux pièces d’instruction des affaires sensibles…

L’article en entier mérite lec­ture, nous espérons que cet emprunt au Monde diplo­ma­tique incit­era nos lecteurs se pro­cur­er le numéro de sep­tem­bre 2019.

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