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Le journal féministe Causette sauvé in extremis

28 février 2018

Temps de lecture : 3 minutes
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Le journal féministe Causette sauvé in extremis

Placé en redressement judiciaire en 2015, puis en liquidation judiciaire en janvier 2018, le journal féminin et féministe, qui s’était jusque là surtout illustré par un fonctionnement catastrophique, entre « management de la peur », harcèlement et autres dépressions, a finalement été sauvé d’extrême justesse, après un nouvel imbroglio autour de la marque. C’est le groupe Hildegarde, maison mère de LFF Média, qui édite Le Film Français et Première, qui reprend le journal pour 150 000 € tous actifs confondus et 14 des 18 salariés ; la reprise sera définitivement validée le 7 mars.

Le men­su­el a une dif­fu­sion France payée de 56 896 exem­plaires en moyenne en 2016, soit 8,86% de baisse par rap­port à 2015. Sur l’an­née, il appa­raît une réelle éro­sion puisque la dif­fu­sion France payée tombe de 60 563 exem­plaires en jan­vi­er à 49 009 en décem­bre, soit 19% de baisse. Les résul­tats ont con­tin­ué à se dégrad­er en 2017, tombant encore de 20%, à 47 000 exem­plaires en tout dont 19 000 en kiosques. A la fin de l’an­née, le mag­a­zine avait un besoin de fonds estimé à 500 000 € par sa direc­tion, qui lançait en vain un appel aux dons.

L’ac­tion­naire de référence de LFF Média est Régi­nald de Guille­bon, pro­duc­teur de ciné­ma d’an­i­ma­tion, qui sait ce que c’est le redresse­ment d’un titre en dif­fi­culté. Lorsqu’il avait repris Pre­mière (97 000 exem­plaires en 2015, 2 mil­lions d’eu­ros de pertes) au groupe Rossel, en 2016, celui-ci était déjà en redresse­ment judi­ci­aire. Le Film Français de son côté comp­tait alors 20 salariés et 8000 abon­nés, était à l’équili­bre et réal­i­sait 3,8 mil­lions d’€ de chiffre d’affaires.

La marque Causette n’appartient pas au journal

Les péripéties autour de la reprise de Causette se sont aggravées d’un nou­v­el élé­ment, pour le moins inat­ten­du : Gré­go­ry Las­sus-Débat, seul action­naire de référence depuis le départ de Gilles Bon­jour il y a deux ans, a cédé la mar­que « Causette » à un par­ti­c­uli­er, le 17 jan­vi­er 2011… qui n’est autre que lui-même. « Et ce gra­cieuse­ment ! », s’é­tonne le Canard Enchaîné (7.02), « l’acte de ces­sion tient sur un bout de papi­er rédigé par le cédant béné­fi­ci­aire, trans­mis au reg­istre du Com­merce et à l’IN­PI ».

Et toutes ces années, Las­sus-Bertrand s’est ver­sé « en plus de son salaire, une rede­vance au titre de l’u­til­i­sa­tion de la mar­que Causette par les édi­tions Gynéth­ic ». En 2015, il a créé une société per­son­nelle, Lou Médias Invest, où il a mis cette mar­que. Les édi­tions Gynéth­ic versent ain­si 108 000 € par an pour l’usage de la mar­que. Mais pour la ces­sion du jour­nal, « il exige du futur repre­neur qu’il lui verse la bagatelle de 100 000 € par an pen­dant trois ans, plus 400 000 € pour la lui céder, et encore 3% du dernier chiffre d’af­faires ». Des exi­gences qui approchent le mil­lion, aux­quelles s’a­joutent encore deux mil­lions d’eu­ros de pas­sif, et qui ont fait fuir au moins deux repre­neurs – Sophia Com­mu­ni­ca­tions (His­toire et Col­lec­tions) et Jérome Ruskin (revue Uzbek & Rica).

Pour faire pres­sion sur Las­sus-Bertrand et per­me­t­tre une reprise, le mag­a­zine a choisi la voie judi­ci­aire ; son avo­cat, Thomas Hol­lande (l’un des fils de l’an­cien prési­dent, avo­cat depuis 2010, spé­cial­isé en droit social, en cou­ple avec une jour­nal­iste sportive de France 3 et SFR Sport orig­i­naire de Brive), a annon­cé une plainte pour « abus de bien social » et « recel d’abus de bien social » con­tre Gré­go­ry Lassus-Débat .

L’ex-cogérant, Gilles Bon­jour, affirme ne pas être au courant de la ces­sion, ce que dément Las­sus-Débat qui a pro­duit un pro­to­cole trans­ac­tion­nel signé par Gilles Bon­jour en 2014. Quant à la ques­tion de la rede­vance, il a affir­mé qu’elle « s’in­scrit dans la moyenne et les usages en la matière » et que des « con­ces­sions majeures » ont déjà été consenties.

Il faut croire que la plainte a per­mis de déblo­quer d’autres con­ces­sions, puisque finale­ment, les exi­gences de Gré­go­ry Las­sus-Débat ont été divisées par dix – offi­cielle­ment du moins. La société Lou Média dont il est l’ac­tion­naire de référence récupér­era 78 000 € des 150 000 du prix d’achat, le reste allant aux créanciers. La plainte est main­tenue, au moins jusqu’au coup de tam­pon du tri­bunal de com­merce. Le prochain numéro de Causette sor­ti­ra avec une semaine de retard, le 14 mars. A charge pour le nou­veau repre­neur de réus­sir à ren­dre le titre rentable sans se faire traiter de Thénardier.

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