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Islam radical dans les médias : de quoi cette empathie est-elle le nom ? L’exemple de Libération

13 août 2018

Temps de lecture : 5 minutes

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Islam radical dans les médias : de quoi cette empathie est-elle le nom ? L’exemple de Libération

13 août 2018

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 21 mai 2018

Alors que débute le Ramadan et que 300 imams étrangers arrivent sur le territoire national, une étrange ambiance règne dans les médias quand il s’agit d’évoquer l’islam radical. Un cas d’école avec Libération, le 14 mai 2018.

Après l’attentat per­pétré à Paris le same­di 12 mai 2018 par un tueur islamiste musul­man, Libéra­tion a pub­lié un arti­cle don­nant la parole à d’anciens cama­rades de classe et à un ancien pro­fesseur du ter­ror­iste. Les témoignages anonymes sont ceux de qua­tre per­son­nes ayant con­nu le tueur ain­si que son com­plice au lycée Marie-Curie de Stras­bourg. Ce qu’ils racon­tent est édi­fi­ant et ajoute à ce que l’on sait par ailleurs de l’état men­tal, intel­lectuel et eth­nique des lycées français. Toute aus­si édi­fi­ante est la façon dont Libéra­tion « racon­te » les faits, par le prisme de ses témoins.

Voyage au bout de l’islamisme

Comme il est devenu habituel, le tueur musul­man était « gen­til », « timide », « sym­pa­thique » et rien ne sem­blait le prédis­pos­er à tuer des inno­cents avec un couteau de cui­sine. C’est ce qui ressort des témoignages. Libéra­tion ne prend pas la peine, ni le recul cri­tique, une ver­tu pour­tant éminem­ment jour­nal­is­tique, d’interroger ce fait : quelle infor­ma­tion se cache der­rière ce qui est dit depuis plus de trois ans, après chaque atten­tat islamiste, au sujet de tueurs tou­jours présen­tés ain­si ? Et que sig­ni­fie que des jour­naux tels que Libéra­tion fassent ressor­tir de tels por­traits au sujet d’assassins, sans en inter­roger le sens ?

Les témoignages vont très loin dans l’empathie, bien plus que tout ce que pour­rait imag­in­er l’observateur moyen con­cer­nant un autre cas de fig­ure poten­tiel, par exem­ple si un tel arti­cle était pub­lié au sujet d’un tueur évangéliste du Sud des États-Unis : le ter­ror­iste musul­man « allait chercher à manger », « il n’avait pas de musique sur son télé­phone », « on ne le soupçon­nait pas de quoi que ce soit », « c’était un mec dis­cret et gen­til », « c’était un ami », « il dis­ait qu’il voulait sauver des vies », « nos class­es étaient mixtes, avec des athées, des chré­tiens et des musul­mans. Il n’y avait pas de dis­crim­i­na­tion », « ils me mon­traient des textes ou des images pour me prou­ver que le Coran n’incitait pas à la vio­lence », « per­son­ne ne pou­vait imag­in­er cela de quelqu’un de si respectueux, si poli », « un mec adorable, il était dis­cret, studieux, il voulait devenir médecin », « ce qu’il a fait est impar­donnable mais quand on l’a con­nu, quand on l’a côtoyé pen­dant trois ans, quand on a mangé avec lui pen­dant trois ans, ça nous choque que le voir dia­bolisé par les médias » (sic !), « on sait tous qu’il s’est fait laver le cerveau »… Un tueur gen­til, sym­pa, un pote auquel il n’aurait pas fal­lu touch­er, lequel est cepen­dant coupable d’un atten­tat au motif d’une con­cep­tion religieuse et poli­tique total­i­taire du monde. Imag­i­nons que Libéra­tion ait existé en 1945, il est per­mis de se deman­der si sa rédac­tion aurait mené l’enquête au lycée de Himm­ler, his­toire de voir si ce garçon recon­nu coupable de quelques meurtres n’auraient pas été un type dis­cret, sym­pa et poli…

Par con­tre, son com­plice et sup­posé inspi­ra­teur est présen­té comme le grand méchant de ce drame. L’effet de con­traste est sai­sis­sant, ren­forçant le sen­ti­ment d’empathie véhiculé par les témoignages au sujet du tueur. N’oublions pas, à ce pro­pos, que ce qui est dit par les témoins dans cet arti­cle résulte d’un choix de la rédac­tion de Libéra­tion, laque­lle ne pub­lie pas ici l’intégralité des pro­pos des témoins mais ce qu’elle veut pub­li­er. Le com­plice ? « Je sais qu’il voulait par­tir en Syrie pen­dant un petit moment. C’était des rumeurs comme cela. Après ça s’est éten­du et tout le lycée l’a su et après il s’est calmé et il a dit qu’il avait retrou­vé la rai­son. On se moquait de lui en dis­ant qu’il allait par­tir en Syrie », « il était assez bru­tal », « plus pra­ti­quant », « il voy­ait tout à tra­vers le prisme de la reli­gion », « j’avais bien perçu qu’il y avait un prob­lème quant à sa vision de la démoc­ra­tie ou sur le rap­port aux femmes. Il était favor­able au port du voile et prô­nait des rela­tions iné­gal­i­taires entre hommes et femmes », « il avait fait un exposé sur le sujet et j’ai dû y met­tre fin car je ne pou­vais pas laiss­er dire tout ça au sein d’une insti­tu­tion laïque », « quand je le voy­ais par­fois après le bac, je changeais de trot­toir », « il avait une vision extrémiste, en tout cas poussée de l’islam. Il s’exprimait tou­jours con­tre les actions ter­ror­istes mais il dis­ait aus­si que c’était nor­mal qu’il y ait des attaques si la France lançait des frappes en Syrie », « il tenait tou­jours à ce qu’on ne fasse pas d’amalgame entre islam et ter­ror­isme »

Ce qui devrait étonner Libération

‣ Le com­plice de l’assassin est présen­té comme vio­lent et ses cama­rades se méfient de lui depuis qu’il s’est levé en classe et a jeté vio­lem­ment des tables et des chais­es dans un mur.

‣ Ce même com­plice est rad­i­cal­isé et fait un exposé de pro­pa­gande sur l’islam rad­i­cal en classe, même si cet exposé est interrompu.

‣ L’avancée dis­crète des islamistes rad­i­caux appa­raît comme une stratégie évi­dente dans ce cas d’école et pour­tant de cette stratégie Libéra­tion ne dit mot.

Plus sur­prenant encore :

  • Dans un lycée de la République française, la ques­tion de l’islam est dev­enue cen­trale : au point que l’on peut envis­ager d’en expos­er les doc­trines sec­taires et rad­i­cales en classe. Il est pos­si­ble d’affirmer dans ce cadre que la « charia est une bonne chose ».
  • Un élève peut se lever et jeter chais­es et tables con­tre un mur.
  • Des indi­vidus sco­lar­isés en France tien­nent ouverte­ment des pro­pos de col­lab­o­ra­tion avec des enne­mis de la France
  • Les lycéens s’amusent, se moquent d’un indi­vidu rad­i­cal­isé dont il est sup­posé qu’il envis­age de par­tir en Syrie
  • Le chef d’établissement d’un lycée de la République doit con­cen­tr­er son atten­tion sur des musul­mans attirés par le salafisme, source avérée du djihadisme.
  • Le quo­ti­di­en n’interroge pas l’origine des deux com­plices, ni le fait qu’ils sont des migrants devenus français depuis peu.

Cette phrase : « Il était favor­able au port du voile et prô­nait des rela­tions iné­gal­i­taires entre hommes et femmes » devrait inter­peller les jour­nal­istes des médias offi­ciels. Dans l’expression du témoin, le voile en tant que mar­queur de l’inégalité hommes femmes au sein de l’islamisme est évi­dent. Voilà qui donne de la per­spec­tive à un autre moment de présence de l’islam dans l’espace pub­lic et médi­a­tique français, une présence qui est dev­enue per­ma­nente : l’intervention de la musul­mane voilée prési­dente de l’UNEF Sor­bonne à la télévi­sion, le 14 mai ; une musul­mane voilée prenant la parole en tant que syn­di­cal­iste étu­di­ante, respon­s­able d’un syn­di­cat fémin­iste et « pro­gres­siste » de gauche.

Devant les cri­tiques, une salve d’empathie à fusé, un peu comme au sujet du « sym­pa­thique » lycéen devenu tueur dans les rues de Paris. Pour­tant, le sim­ple bon sens ne peut que con­duire à dire ceci : il est incroy­able qu’une représen­tante syn­di­cale de l’UNEF soit voilée, et tout autant incroy­able que nom­bre de jour­nal­istes ne voient pas une évi­dence en cela. Ce qui n’est pas le cas par exem­ple de Mar­i­anne, très clair à ce sujet. D’autres dis­cours devi­en­nent pour le moins con­fus : ici. Dis­cours de mécon­nais­sance com­plète des straté­gies des islamistes en direc­tion de la jeunesse. N’est-il pas prob­lé­ma­tique qu’une reli­gion en par­ti­c­uli­er occupe une telle place, quo­ti­di­enne, empathique et sou­vent mil­i­tante, dans l’espace pub­lic de la République laïque, avec le sou­tien d’une par­tie de la gauche rad­i­cale et la bien­veil­lance de nom­bre de médias officiels ?

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