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Jean-Michel Décugis

12 janvier 2021

Temps de lecture : 5 minutes
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Jean-Michel Décugis

Mister Fake News

Jean-Michel Décugis est surtout connu pour ses bévues journalistiques, alimentant en infox/fake news les médias pour lesquels il travaille. Né à Lunel dans l’Hérault, où il a vécu jusqu’à l’âge de 18 ans, le premier grand journal pour lequel il travaille est Le Figaro où il s’occupe des affaires judiciaires. Il publie son premier ouvrage en 1995, intitulé Paroles de banlieues, avec un confrère du Figaro, Aziz Zemouri.

Plus tard, il rejoint Le Point jusqu’en 2013, tou­jours sur les ques­tions de jus­tice. Il écrit deux livres liés à cette thé­ma­tique, le pre­mier en 2006, inti­t­ulé Place Beau­vau, la face cachée de la police et le deux­ième en 2007, Jus­tice : la bombe à retarde­ment. Ces deux ouvrages sont co-écrits avec Christophe Lab­bé et Olivia Recasens, aus­si jour­nal­istes au Point. En 2008, il a l’occasion de don­ner des cours sur “l’écri­t­ure jour­nal­is­tique” (sur les fake news ?) au Cen­tre de For­ma­tion des Jour­nal­istes de Paris. Après un pas­sage à la télévi­sion, il rejoint ensuite Le Parisien comme spé­cial­iste justice/police

Il se fait essen­tielle­ment remar­quer pour divers­es his­toires de “fake news”, nées de son imag­i­na­tion fer­tile ou inspirée.

Premier bidonnage, le polygame de Montfermeil

La pre­mière infor­ma­tion fab­riquée par Jean-Michel Décugis  remonte à 2010. Lors de la pub­li­ca­tion d’un grand dossier du Point sur ces choses “qu’on n’ose pas dire”, rel­a­tives à “l’immigration”, les “Roms”, les “allo­ca­tions”, etc., Décugis rédi­ge une dou­ble page sur la polyg­a­mie, accom­pa­g­né de Lab­bé et Recasens. Pour les besoins de cet arti­cle, il va alors inter­roger une femme de polygame de Mont­fer­meil et en faire son por­trait. Elle s’appelle Bin­tou, est une Mali­enne de 32 ans et la troisième femme d’un Malien d’une soix­an­taine d’années. Le jour­nal­iste revient en détails sur son entre­vue, c’est “une jeune femme au joli vis­age légère­ment scar­i­fié de chaque côté des yeux”, elle ne peut “pas par­tir car elle n’a pas de tra­vail, pas de mai­son, pas de famille”. Jusque-là, tout sem­ble pos­si­ble, sauf qu’après la paru­tion de cet arti­cle, on apprend que Décugis n’avait jamais ren­con­tré physique­ment cette per­son­ne  (con­traire­ment à ce qu’il men­tionne plus tard dans l’article), l’entretien avait été réal­isé à dis­tance et qu’en plus de cela, Bin­tou n’existe pas. Le jour­nal­iste a été piégé par Abdel, “fixeur pour les jour­nal­istes” et con­tac­té pour trou­ver un polygame dans le cadre du reportage. Ce dernier s’est fait pass­er pour une femme, Bin­tou, et a passé un entre­tien à dis­tance avec Décugis qui n’y a vu que du feu. En plus d’avoir démon­tré son atti­rance pour sur­jouer ses réc­its avec des ter­mes comme “joli vis­age légère­ment scar­i­fié de chaque côté des yeux”, pour le men­songe, puisqu’il explique avoir ren­con­tré Bin­tou, il a démon­tré qu’il ne véri­fi­ait pas for­cé­ment ses sources. Ces faits ne sont pas passés inaperçus, Le Point allant jusqu’à pub­li­er un arti­cle expli­catif sur cette histoire.

Deuxième bidonnage, l’affaire Mehra

En 2012, Décugis récidive dans la “fake news”. Après les atten­tats per­pétrés par l’islamiste Mohammed Mer­ah, il rédi­ge un arti­cle avec son ancien con­frère du Figaro, désor­mais passé au Point aus­si, Aziz Zemouri, pour défendre l’hypothèse selon laque­lle l’auteur de l’attentat serait un néon­azi. Le Point, par son inter­mé­di­aire, devient le pre­mier jour­nal à relay­er cette théorie dev­enue absurde.

Troisième bidonnage, Dupont de Ligonnès

Lancer en exclu­siv­ité des fauss­es infor­ma­tions est une activ­ité qui sem­ble lui con­venir, puisqu’il récidive en 2019. Main­tenant au Parisien, en octo­bre 2019, c’est lui qui dévoile en exclu­siv­ité pour le jour­nal l’information selon laque­lle Xavier Dupont de Ligonnès aurait été arrêté. Sans con­di­tion­nel, il affirme que Dupont de Ligonnès “a été arrêté” qu’il voy­ageait “grâce à un passe­port volé en 2014” et “avait changé d’apparence”. On retrou­ve bien l’attirance pour les détails, aus­si inven­tés soient-ils, comme lors de l’affaire du polygame en 2010. Il n’hésite même pas à faire des inter­views avec d’autres médias pour y racon­ter en détails l’arrestation. Une fois de plus, une fausse infor­ma­tion, autre­fois on dis­ait un bobard part d’un jour­nal­iste un peu rapi­de pour sor­tir un scoop avant ses confrères.

Du côté des vraies infor­ma­tions, il a été l’un des pre­miers jour­nal­istes à apporter des infor­ma­tions sup­plé­men­taires sur les plaintes pour viol à l’encontre de Tariq Ramadan. Il est l’auteur de deux arti­cles, révélant qu’à la suite d’Henda Ayari, deux autres femmes ont porté plainte con­tre l’islamologue, “Chris­telle” et “Yas­mi­na”.

Télévision puis Le Parisien

Avant d’arrivér au Parisien et de s’y faire remar­quer pour l’affaire Dupont de Ligonnès, Décugis est passé par i>Télé (devenu ensuite CNews). Il y a été jusqu’en décem­bre 2016, chef du ser­vice police / jus­tice. Ce poste lui ayant don­né l’opportunité d’être au cœur de l’actualité des atten­tats islamistes du 13 novem­bre 2015, il co-écrit en 2016, Les couliss­es du 13 novem­bre, avec François Malye et Jérôme Vin­cent, tous deux jour­nal­istes au Point.

Après ce pas­sage dans le monde télévi­suel, dont il sem­ble être resté proche de par sa femme qui tra­vaillerait pour l’émission C à vous (dans laque­lle on le retrou­ve sou­vent), Décugis est retourné à la presse écrite.

Depuis jan­vi­er 2017, il est Grand reporter police/justice au Parisien. En 2017, il sort une nou­velle enquête avec à nou­veau un jour­nal­iste du Point, Marc Lep­lon­geon, inti­t­ulée Le chau­dron français. Il s’intéresse aux nom­breux jeunes orig­i­naires de la ville de son enfance, Lunel, par­tis faire le dji­had en Syrie.

En 2018, il sort un nou­veau livre, Mimi, qui con­naît un cer­tain suc­cès. Co-écrit de nou­veau avec Lep­lon­geon et avec Pauline Gué­na, le livre est une enquête sur Michèle Marc­hand, la con­tro­ver­sée con­seil­lère de l’ombre du cou­ple Macron. Cette dernière a d’ailleurs essayé d’empêcher la sor­tie de ce livre, dont la pub­li­ca­tion aurait entraîné une prise de dis­tance du cou­ple prési­den­tiel vis-à-vis d’elle.

Condamnations pour diffamation

Si avec Décugis, les “fake news” sont courantes, le jour­nal­iste se fait aus­si remar­quer par ses con­damna­tions en jus­tice pour diffama­tion dans le cadre de ses articles.

En 2012, il co-rédi­ge avec entre autres, Aziz Zemouri et Christophe Lab­bé, un por­trait peu flat­teur sur Rachi­da Dati. Les mots employés sont si peu appro­priés que Dati porte plainte pour diffama­tion et obtient gain de cause. Les 5 co-auteurs sont con­damnés en 2014, à lui vers­er, sol­idaire­ment avec Franz-Olivi­er Gies­bert, la somme de 4 000 euros de dom­mages et intérêts. A cette somme, s’ajoute une amende pour Le Point ain­si que pour les 5 jour­nal­istes (avec sur­sis pour trois d’entre eux).

En 2013, c’est un arti­cle sur Bernard Tapie qui est cette fois incrim­iné. Écrit par 4 des 5 jour­nal­istes ayant déjà co-signés celui de 2012 sur Dati, dont Décugis, l’article affir­mait entre autres, que Tapie avait influé sur le cours de l’affaire du Crédit lyon­nais. Les 4 jour­nal­istes se sont de nou­veau retrou­vés con­damnés pour diffama­tion, avec amendes et, dom­mages et intérêts, à vers­er, tou­jours sol­idaire­ment avec Franz-Olivi­er Giesbert.

Sa nébuleuse

Nom­breux sont les jour­nal­istes passés au Point dans la nébuleuse de Décugis. On peut le con­stater entre autres, dans la rédac­tion de ses livres, la qua­si-total­ité de ses co-auteurs ont des liens avec l’hebdomadaire. Par­mi ces derniers, men­tion­nons tout d’abord, Aziz Zemouri, un vir­u­lent détracteur de Zem­mour. Avec Décugis, ils ont tous les deux com­mencés leur car­rière au Figaro. Par la suite, les deux sont passés au Point où ils ont co-écrit de nom­breux arti­cles et ce, jusqu’au départ de Décugis du Point, en 2013. Ils ont d’ailleurs tous deux été con­damnés dans les affaires rel­a­tives aux arti­cles sur Dati et Tapie. Zemouri s’est plus récem­ment fait remar­quer pour ses pris­es de posi­tions en faveur de Tariq Ramadan.

Décugis s’est entouré de Marc Lep­lon­geon, avec lequel il a co-écrit ses trois derniers livres. Plus jeune que Décugis, il a fait toute sa car­rière en tant que jour­nal­iste police / jus­tice au Point.

Pauline Gué­na est la troisième co-auteur, avec Décugis et Lep­lon­geon, du livre Mimi, ain­si que de La Poudrière, livre-enquête sur “l’ultra-droite”, ayant “repris du poil de la bête avec la Manif pour tous”, et qui serait l’une des prin­ci­pales men­aces pour la République. Pauline Gué­na est écrivain, pro­fesseur d’histoire-géographie et doc­teur en his­toire médié­vale. Elle a écrit plusieurs arti­cles sur Slate et col­laboré entre autres, à la rédac­tion du livre auto­bi­ographique de Safia Otoko­ré, mil­i­tante social­iste française orig­i­naire de Dji­bouti. La Poudrière ressem­ble plus à une col­lec­tion de fich­es de police plus ou moins remaniées qu’à un ouvrage d’investigation

Ce qu’il gagne

Non ren­seigné.

Publications

  • Avec Aziz Zemouri, Paroles de ban­lieues, Plon, 1995
  • Avec Christophe Lab­bé et Olivia Recasens, Place Beau­vau, la face cachée de la police, Robert Laf­font, 2006
  • Avec Christophe Lab­bé et Olivia Recasens, Jus­tice : la bombe à retarde­ment, Robert Laf­font, 2007
  • Avec François Malye et Jérôme Vin­cent, Les couliss­es du 13 novem­bre, Plon, 2016
  • Avec Marc Lep­lon­geon, Le chau­dron français, Gras­set, 2017
  • Avec Marc Lep­lon­geon et Pauline Gué­na, Mimi, Gras­set, 2018
  • Avec Marc Lep­lon­geon et Pauline Gué­na, La Poudrière, Gras­set, 2020

Pho­to : cap­ture d’écran vidéo RMC

L’Observatoire prend des vacances d’hiver

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