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Google s’accorde avec 65 éditeurs de presse français

2 novembre 2022

Temps de lecture : 3 minutes
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Google s’accorde avec 65 éditeurs de presse français

2 novembre 2022

Temps de lecture : 3 minutes

Lancé par Google en octobre 2020 pour tenter de pacifier ses relations avec la presse, le service « News Showcase », déjà présent dans une vingtaine de pays et utilisé par plus de 1800 publications, est disponible en France depuis le 25 octobre. Souvent accusée par les groupes de presse d’utiliser du contenu par le biais de son moteur de recherche sans en payer le prix, la firme californienne semble avoir trouvé l’astuce pour calmer la fronde des médias se sentant floués : payer les éditeurs de presse pour utiliser son outil « News Showcase ».

Une vitrine d’exposition

Cet out­il devrait per­me­t­tre d’augmenter la sur­face de vis­i­bil­ité des pub­li­ca­tions écrites des jour­naux ayant passé un accord avec Google. En effet, le moteur de recherche ne per­met plus sim­ple­ment de con­sul­ter les résul­tats d’une recherche par mots-clés (grâce à Google Actu­al­ités et Google Dis­cov­er), mais pro­pose désor­mais une fenêtre sup­plé­men­taire présen­tant les pro­duc­tions édi­to­ri­ales du jour des titres concernés.

Après avoir cri­tiqué les pra­tiques de Google pen­dant plusieurs années, les dirigeants de la presse française sont désor­mais ent­hou­si­astes et évo­quent « une nou­velle expéri­ence d’accès à l’information » (Pierre Petil­lault, directeur général de l’Al­liance de presse d’in­for­ma­tion générale — AGIP) ou encore « une vit­rine d’exposition [des] arti­cles payants […] pour recruter de nou­veaux abon­nés » (Jean-Nico­las Baylet, directeur général de La Dépêche).

Le problème des droits voisins enfin résolu ?

L’affaire des droits voisins dure depuis plusieurs années et con­siste en un dif­férend entre les édi­teurs de presse et la société Google, les pre­miers ten­tant d’obtenir une rémunéra­tion pour l’utilisation de leurs con­tenus par la plate-forme améri­caine. Une direc­tive européenne a été adop­tée en ce sens en 2019 et un accord entre Google et l’AGIP a été signé en jan­vi­er 2021 pour la trans­pos­er dans le droit nation­al français.

C’est dans le cadre de ce bras de fer — com­plète­ment déséquili­bré au prof­it du géant améri­cain — que 65 édi­teurs représen­tant au total 130 pub­li­ca­tions se sont récem­ment enten­dus avec Google, qui rémunér­era désor­mais ces édi­teurs pour pou­voir repren­dre leurs contenus.

Impos­si­ble en revanche de con­naître les détails de ces rémunéra­tions. Elles se fer­ont au cas par cas et ne risquent de n’être dévoilées qu’a pos­te­ri­ori. L’AFP a par exem­ple déjà signé un con­trat de ce type avec Google fin 2021 pour cinq ans sans com­mu­ni­quer le mon­tant de la rémunération.

Tordre le bras à Google, vraiment ?

Il est de bon ton de pré­ten­dre que l’Union européenne et ses États mem­bres seraient en croisade con­tre les géants de la tech. En France, Google a écopé d’une amende de 500 mil­lions d’euros en juil­let 2021 pour ne pas avoir négo­cié de « bonne foi » la rémunéra­tion due aux édi­teurs et aux agences de presse. Une déci­sion on ne peut plus com­préhen­si­ble et louable, mais d’un mon­tant ris­i­ble au vu du poids financier de la société américaine.

Con­traire­ment à ce que pour­rait laiss­er croire cette hypocrisie européenne con­sis­tant à met­tre en scène une bataille con­tre l’influence écras­ante des GAFAM, les accords en matière de droits voisins et leur dernier volet français ayant trait à la mise en place de l’outil « News Show­case » débouchent à bien des égards sur une avancée des posi­tions de Google et cer­taine­ment pas sur un recul de ses dernières.

Pour peu cher, le nou­v­el out­il du géant améri­cain per­met d’augmenter le vol­ume des con­tenus que Google reprend aux édi­teurs de presse. Il facilit­era la pra­tique du scrolling et poussera les con­som­ma­teurs de médias à rester sur Google pour s’enquérir de leur ration quo­ti­di­enne d’informations. Par ailleurs, les accords étant négo­ciés au cas par cas, Google se retrou­ve dans une posi­tion de force pour décider de s’accorder ou non avec un média pour que ce dernier puisse accéder au Graal du référence­ment grâce à la plate-forme américaine.

Ce sont bien évidem­ment — et sans doute exclu­sive­ment — les médias de grand chemin qui se ver­ront accorder quelques deniers par Google en échange d’un petit gain de vis­i­bil­ité. Pour s’en con­va­in­cre, il suf­fit de citer quelques titres faisant par­tie des 65 édi­teurs venant de sign­er un accord avec la société maîtresse en matière de référence­ment sur la toile : 20 min­utes, L’E­quipe, l’Ex­press, le Figaro, Le Monde, Le Parisien, La Dépêche, La Provence, etc… Google assoit ain­si un peu plus sa dom­i­na­tion, alors que le tri idéologique au sein du paysage médi­a­tique se radicalise.

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