Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
FranceInfo : à l’école, le gouvernement tu défendras

17 mai 2020

Temps de lecture : 4 minutes
Accueil | Veille médias | FranceInfo : à l’école, le gouvernement tu défendras

FranceInfo : à l’école, le gouvernement tu défendras

Mardi 12 mai 2020, Franceinfo diffuse un reportage au sujet de documents de « reprise » mis à disposition des professeurs des collèges par le ministère de l’Éducation nationale. De quoi s’agit-il ?

Titre du reportage

« On nous demande de ne pas remet­tre en cause la ges­tion de la crise » : des fich­es péd­a­gogiques alar­ment des syn­di­cats d’enseignants »

Accroche

« Le min­istère de l’Éducation nationale a pub­lié, lun­di 4 mai, une série de recom­man­da­tions pour accom­pa­g­n­er les enseignants dans la réou­ver­ture des écoles. Si ces doc­u­ments n’ont pas de valeur régle­men­taire, cer­taines for­mu­la­tions font bondir cer­tains syn­di­cats. »

La chaîne de radio donne d’abord la parole aux enseignants avant d’exposer sa pro­pre vision des choses.

Les sujets qui fâchent d’après Franceinfo

Au-delà du débat, par­fois polémique, c’est le mode opéra­toire du min­istère qui est mis en cause. Que cri­tiquent les pro­fesseurs rel­a­tive­ment au mode opéra­toire gou­verne­men­tal ?

Le min­istère de l’Éducation nationale dis­pose d’un (énorme) site appelé « édus­col » qui sert de base de don­nées pour tout et tout le monde. En vue de la reprise des col­lèges le 18 mai, ce min­istère a donc mis en ligne, out­re le pro­to­cole san­i­taire général et déjà large­ment com­men­té par tous les médias, une série de « con­seils » pour tous les per­son­nels ain­si que des « objec­tifs » par matière enseignée. Une par­tie des « con­seils » sem­ble son­ner étrange­ment aux oreilles des pro­fesseurs, indi­quant avec pré­ci­sion com­ment abor­der la ques­tion de la crise san­i­taire avec les ado­les­cents.

Pas de critique, je vous prie

Par­mi d’autres, une « fiche » (la pra­tique gou­verne­men­tale passe beau­coup par des fich­es, dans tous les domaines, à télécharg­er sur des sites devenus incon­tourn­ables mal­gré le fait qu’un quart de la pop­u­la­tion française n’ait pas un accès réel à inter­net aujourd’hui) inti­t­ulée « écouter et favoris­er la parole des élèves » est par­ti­c­ulière­ment cri­tiquée. Out­re le fait qu’elle mon­tre com­bi­en la reprise des cours (sauf dans les zones rouges) n’a pas pour objec­tif d’enseigner mais de faire de la psy­cholo­gie de bas étage, la fiche indique que des élèves pour­raient « tenir des pro­pos man­i­feste­ment inac­cept­a­bles », car d’évidence, bien que la fiche ne le dise pas, ils ont une vie en dehors de l’école et les posi­tions de leurs familles peu­vent être var­iées, et pré­cise que « la référence à l’au­torité de l’État pour per­me­t­tre la pro­tec­tion de chaque citoyen doit alors être évo­quée, sans entr­er en dis­cus­sion polémique. Les par­ents seront reçus et alertés par l’enseignant, le cas échéant accom­pa­g­né d’un col­lègue, et la sit­u­a­tion rap­portée aux autorités de l’école ».

Autrement dit, les pro­fesseurs sont dis­crète­ment appelés à veiller à ne pas cri­ti­quer la ges­tion de la crise san­i­taire par le gou­verne­ment. Syn­di­cats et pro­fesseurs por­tent rapi­de­ment le fer sur les réseaux soci­aux, mais pas unique­ment. Ain­si, des tweets de jeunes lycéens se font le relais en des ter­mes de cet ordre : « Je traduis : « Si l’un de vos élèves cri­tique la ges­tion gou­verne­men­tale, rap­pelez-lui à coups de puni­tions à quel point nous avons été for­mi­da­bles. »

Complotisme ?

Pour les syn­di­cats enseignants, il est demandé aux pro­fesseurs de rap­pel­er que l’État a «  très bien fait son tra­vail » (Snuipp-FSU). Pour le min­istère de l’Éducation nationale, en réponse à Fran­ce­in­fo, les « pro­pos man­i­feste­ment inac­cept­a­bles peu­vent être le refus des gestes bar­rières ou des thès­es com­plo­tistes ».

La notion de « thèse com­plo­tiste » n’est cepen­dant pas pré­cisée, ni par le min­istère ni par Fran­ce­in­fo.

Si un élève de col­lège inter­roge son pro­fesseur sur la ques­tion des masques, deman­dant pourquoi le gou­verne­ment a d’abord indiqué qu’ils ne pro­tégeaient rien, pour cacher la pénurie, que doit dire l’enseignant ? Et pourquoi une fois les masques aux portes de la France, de déclar­er qu’il était préférable d’en porter, est-ce « com­plo­tiste » ? et l’enseignant doit-il con­vo­quer la famille ?

Mais ce n’est pas cela qui préoc­cupe le plus Fran­ce­in­fo.

Franceinfo a peur de la stigmatisation

Que des injonc­tions de penser comme le gou­verne­ment ou que « les pro­pos inac­cept­a­bles » évo­qués soient liés au « com­plo­tisme » éventuel vise à l’évidence les pro­fesseurs qui ne se rangeraient pas sage­ment der­rière les doc­trines gou­verne­men­tales en matière de ges­tion de crise san­i­taire.

Fran­ce­in­fo y voit un risque plus impor­tant encore. Ceux induits par deux autres fich­es liées aux « dérives sec­taires » et aux risques de « repli com­mu­nau­taire ». Dans cette dernière, il est indiqué en intro­duc­tion que « la crise du Covid-19 peut être utilisée par cer­tains pour démon­tr­er l’in­ca­pac­ité des Etats à pro­téger la pop­u­la­tion et ten­ter de désta­bilis­er les indi­vidus frag­ilisés. Divers groupes rad­i­caux exploitent cette sit­u­a­tion dra­ma­tique dans le but de ral­li­er à leur cause de nou­veaux mem­bres et de trou­bler l’or­dre pub­lic ». Plus loin : « Leur pro­jet poli­tique peut-être anti-démoc­ra­tique et antirépub­li­cain. Des con­tre-pro­jets de société peu­vent être com­mu­nau­taires, autori­taires et iné­gal­i­taires ».

Fran­ce­in­fo choisit donc sci­em­ment de n’insister que sur la ques­tion com­mu­nau­taire, indi­quant ain­si que le gou­verne­ment stig­ma­tis­erait les pop­u­la­tions musul­manes alors que le texte désigne aus­si claire­ment les organ­i­sa­tions poli­tique dont le gou­verne­ment jugera (sur quels critères ?), qu’elles sont anti-démoc­ra­tiques et antirépub­li­caines.

Du flou dans l’incertain

À l’évidence, un tel flou ne peut que per­me­t­tre de s’attaquer à toute organ­i­sa­tion ou média non con­formiste. Ce qui inquiète Fran­ce­in­fo est cepen­dant à demi-mots plutôt le risque de stig­ma­tis­er des pop­u­la­tions non européennes et de provo­quer, par fich­es inter­posées, le lien entre ces pop­u­la­tions, musul­manes, et le com­plo­tisme. Ce qui est pour­tant un fait avéré : le com­plo­tisme trou­ve un ter­rain de choix dans les mou­vances poli­tiques pré­ten­du­ment religieuses qui se font appel­er « islam » en France.

Le min­istère pré­cise du reste qu’il y a « un risque de récupéra­tion des peurs par cer­tains indi­vidus ou groupes qui prô­nent des idées en dehors des con­sen­sus sci­en­tifiques, voire pou­vant présen­ter un dan­ger ».

Cha­cun aura pu not­er, depuis deux mois, la per­ti­nence de la notion de « con­sen­sus sci­en­tifique ». Util­isée dans ce con­texte, elle ne peut se com­pren­dre que comme une tra­duc­tion de la doc­trine poli­tique mise en oeu­vre par le gou­verne­ment dans le cadre de la crise san­i­taire. C’est cela qui ferait « con­sen­sus » mais ce n’est pas cette inquié­tude qui prime pour Fran­ce­in­fo. Ce qui prime est que ce soient les musul­mans qui soient mon­trés du doigt.

Deux points pour con­clure :

  • La fiche sur le « repli com­mu­nau­taire » avait, à la date du mer­cre­di 13 mai, dis­paru du site édus­col. Sans doute un dys­fonc­tion­nement. Il est vrai qu’elle pré­con­i­sait de « ren­forcer l’esprit cri­tique des élèves sur l’éducation aux médias et à l’information qui par­ticipe à la préven­tion du com­plo­tisme à l’école, afin qu’ils réus­sis­sent à résis­ter à la ten­ta­tion d’une lec­ture du monde sim­pli­fi­ca­trice et aux vidéos de pro­pa­gande qui cir­cu­lent sur inter­net ». Et un peu avant, cet extrait : « Cer­taines ques­tions et réac­tions d’élèves peu­vent être abruptes et empreintes d’hostilité et de défi­ance : remise en ques­tion rad­i­cale de notre société et des valeurs répub­li­caines, méfi­ance envers les dis­cours sci­en­tifiques, fronde con­tre les mesures gou­verne­men­tales etc ». Il est donc formelle­ment inter­dit de cri­ti­quer la poli­tique gou­verne­men­tale dans une école qui se réclame des Lumières. Les pro­fesseurs devront « pren­dre en compte l’intégralité du spec­tre des idées rad­i­cales du com­mu­nau­tarisme (eth­nique, religieuse, cul­turelle, sociale, poli­tique, mys­tique…)
  • Une des prin­ci­pales ressources exploita­bles par les enseignants, en classe, sur un sim­ple clic est… « Le petit Libé »…

Derniers portraits ajoutés

Yann Barthès

PORTRAIT — Avec sa belle gueule et sa décon­trac­tion cor­ro­sive, Yann Barthès est devenu en quelques années le gen­dre idéal de la mère de famille con­seil­lère déco dans le Marais, ou son fan­tasme télé le plus avouable.

Christophe Barbier

PORTRAIT — Ex-Patron de L’Express (2006–2016), Christophe Bar­bi­er a ren­du omniprésents dans le débat pub­lic sa sil­hou­ette svelte et son écharpe rouge. Est-il vrai­ment de gauche, comme il l’a longtemps soutenu ?

Éric Brunet

PORTRAIT — Né en juil­let 1964 à Chi­non (Indre et Loire) d’un père ingénieur à EDF et d’une mère compt­able, Éric Brunet est un chroniqueur, ani­ma­teur radio et essay­iste français con­nu pour son engage­ment à droite et son sou­tien incon­di­tion­nel à Nico­las Sarkozy.

Salhia Brakhlia

PORTRAIT — Sal­hia Brakhlia a apporté, avec suc­cès, les méth­odes con­tro­ver­sées du Petit Jour­nal sur BFMTV. Le mélange détonne.

Caroline Monnot

PORTRAIT — Car­o­line Mon­not est une jour­nal­iste aimant se représen­ter sur les réseaux soci­aux avec une tête d’autruche, libre à cha­cun d’en faire sa pro­pre inter­pré­ta­tion. Elle tra­vaille au jour­nal Le Monde depuis 25 ans, chef adjointe du ser­vice poli­tique, elle se con­cen­tre prin­ci­pale­ment sur les rad­i­cal­ités poli­tiques.