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Le « P’tit Libé » : version moderne du catéchisme médiatique

23 octobre 2015

Temps de lecture : 3 minutes
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Le « P’tit Libé » : version moderne du catéchisme médiatique

Laissez venir à moi les petits enfants. En perte de vitesse depuis des années, Libération a lancé un supplément digital pour les enfants, le « P’tit Libé » dont le premier numéro est consacré aux migrants. L’occasion de faire passer la doxa pro-migrationniste du journal et de présenter le sujet sous un angle partiel et partial sous couvert d’expliquer avec des mots simples l’actualité compliquée.

Très graphique, le sup­plé­ment – évidem­ment gra­tu­it et sans pub­lic­ité, donc drapé dans la toge de l’in­no­cence – com­mence par jouer sur l’i­den­ti­fi­ca­tion de ses lecteurs avec un migrant. Une migrante en l’occurrence, et même une fil­lette issue d’une famille aisée du nord de la Syrie. Une approche plutôt tron­quée de la réal­ité – la plu­part des migrants qui défer­lent sur l’Eu­rope sont des hommes en prove­nance prin­ci­pale­ment des Balka­ns ou de l’Érythrée, soit de l’Afrique sub­sa­hari­enne et enfin d’I­rak, d’Afghanistan et du Pak­istan. Les Syriens ne représen­tent qu’une infime minorité des deman­deurs d’asile, la plu­part des réfugiés issus de ce pays étant restés aux abor­ds, à l’est de la Turquie, au Liban ou en Jor­danie, espérant que la guerre vienne à s’achev­er et qu’ils puis­sent ren­tr­er chez eux. En revanche, nom­bre de migrants venus pour des raisons économiques se font pass­er pour des Syriens réfugiés de guerre – un tiers selon les autorités alle­man­des elles-mêmes. Mais ce choix rédac­tion­nel n’est pas anodin : les Syriens, en tant que réfugiés de guerre, sont mieux vus par la pop­u­la­tion majori­taire­ment hos­tile à l’ac­cueil des migrants, surtout s’ils sont des Chré­tiens d’ori­ent.

Le sujet est ensuite divisé en courts chapitres avec beau­coup de dessins : la déf­i­ni­tion du migrant, ses pays d’o­rig­ine – trois seule­ment sont don­nés à savoir la Syrie, l’Érythrée et l’Afghanistan. Ceux qui sont le plus présents dans le champ médi­a­tique. Puis leurs des­ti­na­tions, les raisons des blocages aux fron­tières et la sit­u­a­tion à Calais. Un petit quiz en qua­tre ques­tions achève le tout.

Les sujets qui fâchent sont sys­té­ma­tique­ment évités. Ain­si, à Calais, « les migrants n’ont pas le droit d’aller en Angleterre, alors ils essayent de le faire en secret. Ils ten­tent de mon­ter dans les camions qui vont en Angleterre sans qu’on les voie, mais se font sou­vent attrap­er. En atten­dant de réus­sir, ils vivent dans des tentes, dans des con­di­tions dif­fi­ciles. » Rien sur les réseaux mafieux qui les con­cen­trent et dont les passeurs armés se baladent libre­ment dans les rues, rien sur l’a­gres­siv­ité de plus en plus grande dont font preuve les migrants : ces jours-ci en plus de pren­dre d’as­saut les camions comme d’habi­tude, ils ont attaqué l’un des bénév­oles qui les aidait, le site d’Eu­ro­tun­nel ou encore une ambu­lance qui por­tait sec­ours à une migrante ren­ver­sée par une voiture. Et la jun­gle fait tache d’huile dans toute la région, jusque sur les aires d’au­toroute picardes ou les trains sur l’axe Amiens-Boulogne.

Les pon­cifs médi­a­tiques sont égale­ment repris. Par exem­ple le refus d’ac­cueil­lir des migrants est lié unique­ment à la peur d’une plus grande pau­vreté : « cer­tains habi­tants de ce pays ont peur de devoir partager, et de devenir plus pau­vres. Ils veu­lent empêch­er les migrants de venir. » La « peur de partager » est présen­tée comme un mau­vais motif, le refus de l’im­mi­gra­tion est donc frap­pé de cul­pa­bil­i­sa­tion. Ce qui escamote bien d’autres raisons, par exem­ple his­toriques – une par­tie de l’Eu­rope cen­trale, dont la Bul­gar­ie et la Grèce, a été occupée des siè­cles durant par les Turcs, musul­mans comme le sont la qua­si-total­ité des migrants qui arrivent aujour­d’hui, ou démo­graphiques – le nom­bre de baltes, bul­gares ou hon­grois s’ef­fon­dre du fait d’une natal­ité insuff­isante et d’une économie frag­ile, lais­sant plan­er le risque sérieux qu’ils soient minori­taires dans leur pro­pre pays d’i­ci quelques décen­nies. Ce qui rend net­te­ment plus douloureux dans leur société toute arrivée de pop­u­la­tion d’o­rig­ine dif­férente, surtout si elle est mas­sive.

On trou­ve aus­si une incon­tourn­able référence au dogme du réchauf­fe­ment cli­ma­tique, dans les raisons qui poussent les migrants à venir en Europe. Il est fait men­tion de ces réfugiés cli­ma­tiques dont tout le monde par­le : « Avec le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, il y a de plus en plus de cat­a­stro­phes naturelles (cyclones, inon­da­tions…), qui poussent les gens à s’enfuir de leur pays. » Pour­tant ce ne sont pas des habi­tants des Mal­dives ou des îles polynési­ennes qui se pressent en Europe ! Et même l’ex­ten­sion du désert dans le Sahel doit bien plus à l’épuise­ment des réserves en eau et en herbe – à cause d’une démo­gra­phie très supérieure aux pos­si­bil­ités offertes par le sol et des mod­èles agri­coles exten­sifs qui épuisent les ressources – qu’à l’évo­lu­tion du cli­mat.

Enfin, après avoir fait pleur­er dans les chau­mières sur le sort des migrants opprimés par les dic­tatures, entassés sur des bateaux ou oblig­és de « vivre dans des con­di­tions dif­fi­ciles » à Calais – tentes et nour­ri­t­ure leur sont pour­tant fournies gra­tu­ite­ment par des bénév­oles locaux qui entre­ti­en­nent ain­si la source de revenus inépuis­ables pour les mafias des passeurs – le petit catéchisme en prof­ite pour remet­tre une louche de cul­pa­bil­ité : « Mais la France accepte d’accueillir moins de migrants que d’autres pays. Dans l’U­nion européenne, presque la moitié des deman­deurs d’asile obti­en­nent un statut de réfugié. Mais c’est deux fois moins pour ceux qui font la demande en France ! ». Tout en oubliant que la qua­si-total­ité des déboutés du droit d’asile – 96% selon un rap­port très récent de la Cour des Comptes ! – reste en France…

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