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Européennes : avis de catastrophe naturelle dans la presse française
Publié le 

3 janvier 2015

Temps de lecture : 4 minutes
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Européennes : avis de catastrophe naturelle dans la presse française

Le meilleur de l’Ojim en 2014 (14) — Pendant les fêtes, l’Ojim fait relâche et se rallie à la trêve des confiseurs. L’occasion de vous faire revivre les grands moments de l’année 2014 du point de vue de la critique des médias. Cette année, l’Ojim s’est particulièrement attaché à décrypter le discours produit par les médias par une analyse exhaustive de certaines émissions ou de certains supports de presse. Mais l’Ojim continue également de débusquer petites et grosses manipulations dont se rendent coupables certains journalistes, et tente de mettre à jour les enjeux qui se cachent derrière ce combat de la parole. N’oubliez pas que l’Ojim est un site entièrement indépendant qui ne vit que grâce à vos dons. Aidez-nous à remplir notre rôle d’Observatoire des médias et à exercer librement notre critique du système médiatique. Tout don nous est utile.

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Pour qui aurait passé le week-end sur une île déserte, le réveil a du être angoissant ce lundi matin. À en croire la presse française, une catastrophe naturelle de grande ampleur a frappé la France. S’agit-il d’un « séisme » ? d’un « tremblement de terre » ? d’un « raz-de-marée » ? Non, simplement d’une élection démocratique.

Dès l’an­nonce des résul­tats, avec un FN large­ment en tête des élec­tions européennes avec près de 26 % des voix (devant l’UMP à 20,7 % et loin devant le PS à 13,9 %), les édi­to­ri­al­istes ont sor­ti le grand jeu. Sur les plateaux télé, on a ten­té d’ex­pli­quer ce résul­tat par le sem­piter­nel « manque de péd­a­gogie » vis-à-vis de l’Eu­rope… Ain­si, les gens n’au­raient « pas com­pris » les enjeux ; la « colère » l’au­rait emporté, etc. À aucun moment il n’est ques­tion d’ad­met­tre ce résul­tat pour ce qu’il est : un rejet mas­sif de la con­struc­tion européenne telle qu’elle est.

Pen­dant que cer­tains annon­cent un « jour som­bre pour la démoc­ra­tie » (qui n’est pour­tant, en soit, ni som­bre ni lumineuse car impar­tiale), d’autres, comme Lau­rent Dela­housse sur France 2 posent car­ré­ment à leurs invités la ques­tion de savoir si « le peu­ple a tou­jours rai­son ? » Dia­ble, pour un peu, on repre­nait le cri du cœur d’Élisabeth Bad­in­ter à l’époque du traité de Maas­tricht : « les hommes poli­tiques sont tout de même mieux aver­tis que le com­mun des mor­tels » !

Marc Levy, invité sur le plateau de France 2 on ne sait trop pourquoi, , con­fiera qu’il est « triste comme tout le monde, ce soir ». À qui s’adresse ce « tout le monde » ? Mys­tère. Car au vu des résul­tats, on peut, sans faire preuve d’une par­ti­c­ulière audace intel­lectuelle, imag­in­er que « tout le monde » n’a pas dû être triste à l’annonce de ce score. Mais peut-être ce « tout le monde » s’appliquait-il à « tout le monde sur le plateau de télévi­sion » ? Peut-être s’appliquait-il à la petite élite médi­a­tique parisi­enne qui décou­vre soudain le décalage exis­tant entre elle et le reste de la pop­u­la­tion ? Cer­tains, comme Franz-Olivi­er Gies­bert, essayent du reste de s’adapter au vent qui tourne. « Moi je fais par­tie des con­nards qui ont dia­bolisé Le Pen », a‑t-il lancé sur le même plateau en guise de mea cul­pa.

Mais le pire a eu lieu du côté de France 4. Sur le compte Twit­ter offi­ciel de la chaîne, le « com­mu­ni­ty man­ag­er » s’est, sem­ble-t-il, emmêlé les pinceaux avec son compte privé, du moins on l’espère. Ain­si a‑t-on pu lire, après l’an­nonce des résul­tats : « Des gens se sont fait mas­sacr­er, ont ter­minés (sic) leurs vies dans la souf­france ou dans des camps. Pour que vous puissiez vot­er. Ban­des de cons. » Un Tweet qui a été aus­sitôt retiré, mais n’a pas échap­pé à quelques inter­nautes vig­i­lants.

Après l’in­com­préhen­sion de la soirée élec­torale est venu le temps du cat­a­strophisme. Dès l’aube, la presse française a inondé les kiosques de ses cou­ver­tures aux allures de lende­main de fin du monde. Pour un peu, on se croy­ait revenu en 2010 à l’époque de la tragédie en Haïti. Pour le Figaro, c’est un « séisme » (mot lancé par le Pre­mier min­istre lui-même), pour Le Parisien, un « big-bang ». À l’in­ter­na­tion­al aus­si, on évoque un cat­a­clysme. En Ital­ie, pour La Rep­pub­li­ca, il s’est pro­duit un « trem­ble­ment de terre en France ». En Espagne, c’est un « raz de marée pour l’ex­trême-droite en France », selon El Mun­do, qui partage son titre avec CNN.

Pour le jour­nal alle­mand Bild, c’est un « choc élec­toral en France ». Con­cer­nant l’An­gleterre, qui a vu égale­ment un par­ti euroscep­tique, l’UKIP de Nigel Farage, tri­om­pher, le Finan­cial Times y voit une « tem­pête ».

La presse régionale n’a pas été épargnée par ce mou­ve­ment de panique. « Le choc », titre La Dépêche du Midi en évo­quant un « séisme poli­tique ». Même titre pour Ouest-France qui pré­cise que l’Ouest « résiste à la vague FN ». Du côté du Jour­nal du Cen­tre, on con­state un « vrai raz de… Marine ». La Provence, cou­vrant une par­tie du grand sud-est où Jean-Marie Le Pen a été élu avec 29 % des voix, estime que « le FN met le feu ». Pour Le Télé­gramme, c’est « un tsuna­mi bleu marine ».

Ou com­ment la presse française fait-elle, à la qua­si una­nim­ité et avec l’aide de cer­tains de ses édi­to­ri­al­istes les plus en vue, pass­er un résul­tat d’élec­tion des plus prévis­i­bles pour une cat­a­stro­phe naturelle de grande ampleur…

Crédit pho­to : DR

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