Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Été 2021, immigration clandestine : des ONG au-dessus de tout soupçon dans les médias

30 août 2021

Temps de lecture : 5 minutes

Accueil | Veille médias | Été 2021, immigration clandestine : des ONG au-dessus de tout soupçon dans les médias

Été 2021, immigration clandestine : des ONG au-dessus de tout soupçon dans les médias

Accueil | Veille médias | Été 2021, immigration clandestine : des ONG au-dessus de tout soupçon dans les médias

Été 2021, immigration clandestine : des ONG au-dessus de tout soupçon dans les médias

30 août 2021

Cet été, les annonces des arrivées incessantes de clandestins à bord de bateaux d’O.N.G. sur les côtes européennes ont été discrètes. Pourtant, l’immigration clandestine a redoublé en mer Méditerranée.

Le débar­que­ment le 8 août de plus de 800 migrants de l’Ocean Viking et du Sea Watch a jusqu’à main­tenant été le seul événe­ment forte­ment médi­atisé. Des infor­ma­tions sur l’activité de cer­taines O.N.G., beau­coup moins reluisantes que les sauve­tages en mer, auraient pour­tant méritées une large médi­ati­sa­tion. L’Observatoire du jour­nal­isme les sort pour vous de l’oubli dans lequel elles risquaient de tomber.

L’immigration clandestine redouble dans la plus grande discrétion des médias

Depuis le rétab­lisse­ment des tra­ver­sées clan­des­tines d’Afrique et de Turquie vers l’Europe, les Organ­i­sa­tions Non Gou­verne­men­tales déplorent de très nom­breuses noy­ades de migrants en mer méditer­ranée. Ces événe­ments trag­iques sont révéla­teurs de l’essor con­sid­érable du nom­bre de départs de clan­des­tins des côtes africaines et turques.

Le min­istre de l’intérieur ital­ien déclarait le 18 août, selon le site d’information Bre­it­bart, que son pays a fait face pen­dant les 7 pre­miers mois de l’année à une aug­men­ta­tion de 128% du nom­bre de migrants arrivés sur les côtes ital­i­ennes par rap­port à 2020, un nom­bre qui atteint 50 000.

Plus glob­ale­ment, fin juil­let, les arrivées clan­des­tines recen­sées en Europe par la mer et par la terre étaient en aug­men­ta­tion de 53% par rap­port à l’année dernière, selon l’Organisation Inter­na­tionale pour les migra­tions (OIM) citée par le site du think tank Polémia.

Cette ten­dance était cor­roborée par l’agence de presse Reuters. Celle-ci nous informe le 12 août que Fron­tex a observé à fin juil­let une hausse de 59% du nom­bre d’entrées illé­gales en Europe depuis le début de l’an­née par rap­port à 2020.

L’immigration clandestine en mer Méditerranée : un scenario bien ficelé

En dépit de ces chiffres ver­tig­ineux, les médias de grand chemin se sont focal­isés sur un débar­que­ment bien pré­cis en cet été 2021. L’arrivée en Ital­ie le 8 août de plus de 800 migrants, qui étaient à bord de l’Océan Viking et du Sea Watch, a de nou­veau été une grande épopée. Selon un sce­nario bien réglé, les 4 étapes de sa médi­ati­sa­tion ont été scrupuleuse­ment respectées :

1) Le sauve­tage. Les médias de grand chemin, à l’instar de Ouest France le 31 juil­let et Le Midi Libre le 1er août, relaient l’opération de « sauve­tage » de l’Océan Viking « au large des côtes libyennes ». Les arti­cles con­sacrés à ce sujet soulig­nent imman­quable­ment la pré­car­ité des embar­ca­tions des migrants. Dans le cas présent, cer­tains sont par­tis des côtes libyennes à bord de can­ots pneu­ma­tiques, nous apprend Ouest France, d’une embar­ca­tion en bois selon Le Midi libre. Que ces embar­ca­tions ne soient pas faites pour tra­vers­er la méditer­ranée n’appelle aucun com­men­taire de la part des jour­naux régionaux.

2) La recherche d’un port. Les O.N.G. se met­tent alors en recherche d’un port pour débar­quer les clan­des­tins à bord. Ces recherch­es ne se font pas dans la dis­cré­tion req­uise pour les con­tacts avec les autorités des dif­férents pays européens ayant une côte en méditer­ranée (Ital­ie, Malte, Espagne, etc.). L’opinion publique est prise à témoin grâce aux médias main­stream qui relaient abon­dam­ment cette infor­ma­tion. La pres­sion sur les gou­verne­ments européens devient forte et ceux-ci doivent s’activer pour se répar­tir les clan­des­tins qui seront débar­qués sur le con­ti­nent. Ain­si, BFM nous informe le 2 août que « l’Océan viking demande un port sûr pour débar­quer 555 migrants à son port ».

3) La sit­u­a­tion « inten­able » à bord. Afin d’accélérer le trans­fert des clan­des­tins en Europe, la sit­u­a­tion à bord des bateaux est présen­tée comme « inten­able ». Comme de nom­breux autres médias, la radio affil­iée à l’Etat français France Cul­ture décrit le 3 août la sit­u­a­tion à bord de l’Océan viking avec ce qual­i­fi­catif. La chaine de radio s’est fait une spé­cial­ité dans le lob­by­ing pro migrants et en donne une nou­velle illus­tra­tion durant la semaine du 23 au 27 août, en con­sacrant une série de reportage cen­trés sur « les sauve­tages en méditer­ranée » de migrants. Il aurait sûre­ment été incon­venant de con­sacr­er l’un de ces reportages aux pop­u­la­tions qui subis­sent une véri­ta­ble inva­sion migra­toire avec la com­plic­ité des gou­verne­ments européens et de l’Union européenne.

4) Le débar­que­ment. Après quelques jours d’une attente qui est tou­jours décrite comme « inter­minable », les médias de grand chemin comme France Info le 7 août, nous infor­ment que « plus de 800 migrants sont autorisés à accoster en Sicile à bord des navires Océan Viking et Sea Watch ». Jusqu’à la prochaine arrivée…

L’autre récit du pont maritime entre l’Afrique et l’Europe

Un autre réc­it du véri­ta­ble pont mar­itime entre l’Afrique et l’Europe pour­rait pour­tant être écrit. Comme cela n’est pas déjà le cas, il faut essay­er de le faire, en assem­blant les infor­ma­tions épars­es que l’on peut avec un peu de per­sévérance trouver.

Des interceptions au plus près des côtes africaines

Peut-on véri­ta­ble­ment appel­er une « opéra­tion de sauve­tage » menée par une O.N.G. celle qui con­siste à aller chercher au plus près des côtes africaines des migrants dans des embar­ca­tions qui  de toute évi­dence ne sont pas faites pour tra­vers­er la méditerranée ?

Le jour­nal ital­ien Il Gior­nale souligne dans un arti­cle du 6 août que le bateau appelé Geo Bar­rents évolue selon une enquête réal­isée récem­ment dans la zone de sauve­tage tunisi­enne. Il ne doit pas être le seul : cette infor­ma­tion est cor­roborée par Migrants res­cue watch, un obser­va­teur des mou­ve­ments des bateaux des O.N.G., qui relate de nom­breuses opéra­tions de « sauve­tage » en mer..

Il com­mente le 16 août à pro­pos de l’une d’entre elles : « Nou­velle ten­dance des sauve­tages par des O.N.G.. Des bateaux de migrants sont main­tenant récupérés à un jet de pierre des côtes tunisi­ennes, sans prévenir les garde côtes tunisiens, la Tunisie est pour­tant 1 pays classé sûr ». Il est bien enten­du évi­dent que les migrants inter­cep­tés au plus près des côtes tunisi­ennes ont été con­duits… en Italie.

Des Organisations Non Gouvernementales au-dessus de tout soupçon

Cinq petites lignes : c’est ce qu’a con­sacré le média en ligne EU Observ­er à une infor­ma­tion parue dans un arti­cle du 2 juil­let : on y apprend que de nou­velles pour­suites ont été engagées par un gou­verne­ment, grec cette fois-ci, suite à des sus­pi­cions de col­lu­sion entre 4 O.N.G. et des passeurs de migrants. Les charges retenues : « facil­i­tat­ing ille­gal entry of for­eign­ers and espi­onage ». « Facil­i­ta­tion d’entrée illé­gale d’étrangers et espi­onnage ». Excusez du peu. Cette infor­ma­tion a pour­tant été royale­ment ignorée en France.

Les migrants immanquablement accompagnés en Europe : « nous ne pouvons pas heurter la sensibilité publique ».

Le gou­verne­ment ital­ien com­mencerait-il à être exas­péré de l’activité des O.N.G. ? Leur rôle a été au cen­tre d’une ren­con­tre réu­nis­sant le 14 juil­let le secré­taire d’Etat aux affaires étrangères ital­ien et son homo­logue norvégien. Le quo­ti­di­en ital­ien Il Gior­nale nous informe le 6 août que les dis­cus­sions ont essen­tielle­ment porté sur deux bateaux d’O.N.G. qui bat­tent pavil­lon norvégien, l’Océan Viking et le Geo Barrents.

Suite aux accu­sa­tion à l’encontre de cer­taines O.N.G. d’aller chercher des migrants au plus près des côtes africaines pour les dépos­er en Ital­ie, le secré­taire général ital­ien a, selon le jour­nal ital­ien, souhaité rap­pel­er aux autorités norvégi­en­nes « les respon­s­abil­ités des autorités du pavil­lon dans la ges­tion des sauve­tages en mer et dans la désig­na­tion du port de débar­que­ment ». Le représen­tant du min­istère des affaires étrangères norvégien a bot­té en touche en indi­quant que « nous ne pou­vons pas heurter la sen­si­bil­ité publique ». Le jour­nal ital­ien souligne pour­tant que le Geo Bar­rents évolue par­fois selon une enquête récente dans la zone de sauve­tage tunisi­enne. Ces infor­ma­tions pour­tant essen­tielles et qui en dis­ent long sur le traf­ic de migrants en méditer­ranée ont été passées sous silence en France.

Pour résumer, des O.N.G. qui vont chercher les bateaux des migrants au plus près des côtes africaines, qui les amè­nent en Europe même quand ils vien­nent d’un port sûr, un gou­verne­ment norvégien qui refuse de remet­tre en cause le pavil­lon de son pays aux bateaux qui font lit­térale­ment du con­voy­age de clan­des­tins, voilà qui ne méri­tait pas l’attention des médias français. Cette relé­ga­tion aux oubli­ettes doit cer­taine­ment obéir aux dures règles de la hiérar­chi­sa­tion de l’information. D’autres infor­ma­tions plus essen­tielles, comme trou­ver un loge­ment au foot­balleur Lionel Mes­si appointé par le Qatar, doivent être bien plus importantes…

Sur ce sujet, voir égale­ment notre arti­cle, “com­ment le rédac­teur en chef de Poli­tis encour­age l’immigration clan­des­tine pour mieux escro­quer les immi­grés en fraude”.

Voir aussi

Cet article vous a plu ?

Il a pourtant un coût : 50 € en moyenne. Il faut compter 100 € pour un portrait, 400 € pour une infographie, 600 € pour une vidéo. Nous dépendons de nos lecteurs, soutenez-nous !

Derniers portraits ajoutés