Ojim.fr
Veille médias
Dossiers
Portraits
Infographies
Vidéos
Faire un don
Coronavirus en Italie : une presse de gauche discrète sur les erreurs commises

11 avril 2020

Temps de lecture : 4 minutes
Accueil | Veille médias | Coronavirus en Italie : une presse de gauche discrète sur les erreurs commises

Coronavirus en Italie : une presse de gauche discrète sur les erreurs commises

Depuis septembre 2019, l’Italie a un gouvernement de gauche, celui de Giuseppe Conte, formé par le Parti démocrate (PD), de centre-gauche, et le Mouvement 5 étoiles (M5S), qui se disait anti-système, mais qui est aussi partiellement de gauche au sens social et sociétal.

Cela se ressent dans la cri­tique des fautes graves com­mis­es par ce gou­verne­ment dans la ges­tion de l’épidémie de coro­n­avirus qui lui vaut d’être le plus touché d’Europe, désor­mais à égal­ité avec l’Espagne, même si ces deux pays sont talon­nés par la France dont le gou­verne­ment a lui aus­si tardé à réa­gir.

Propagation Nord/Sud

En Ital­ie, après la fer­me­ture des écoles au niveau nation­al à par­tir du 4 mars et avant le con­fine­ment de la pop­u­la­tion dans tout le pays à par­tir du 10 mars, les régions du nord affec­tées avaient été déclarées zone rouge, mais rien n’a été fait pour empêch­er la fuite de la pop­u­la­tion depuis ces zones rouges vers le reste de l’Italie, ce qui a grande­ment favorisé la prop­a­ga­tion du virus SARS-CoV­‑2 dans tout le pays.

« Ils fer­ment toute la Lom­bardie. Assaut à la sta­tion de Milan », titrait le jour­nal ital­ien de droite Il Gior­nale dès le 8 mars : « Guichets pris d’assaut », « C’est l’image d’un pays pris de panique, cédant à la psy­chose générée autant par l’explosion d’une éventuelle pandémie que par le sus­pens d’une com­mu­ni­ca­tion tar­dive du gou­verne­ment sur les nou­velles mesures con­cer­nant les déplace­ments des per­son­nes sur les ter­ri­toires attaqués par le virus. »

Il Gior­nale décrivait encore le 8 mars « l’effet boomerang pro­duit par le pro­jet de décret » qui a fuité dans les médias mais a ensuite tardé à être signé par le pre­mier min­istre et pub­lié au jour­nal offi­ciel :

« C’est seule­ment après des heures d’attente dés­espérée, en effet, que dans la nuit du dimanche 8 mars Con­te a annon­cé l’approbation des mesures ».

Mais c’est trop tard, écrivait le jour­nal, « des cen­taines de per­son­nes sont déjà par­ties de Milan vers le sud du pays, avec le risque de dif­fu­sion de l’épidémie que cela entraîne. » Tout ce qui comp­tait, c’était « fuir les ter­res du virus avant l’arrivée d’une inter­dic­tion offi­cielle de la libre cir­cu­la­tion des per­son­nes dans les provinces hors des fron­tières de la Vénétie, du Pié­mont, de la Lom­bardie et d’Émilie-Romagne. » Ceci dans un con­texte de « vaste chaos de mesures non con­fir­mées et de silences min­istériels ». Un chroniqueur du jour­nal a même racon­té sa pro­pre fuite de Milan en train dans un arti­cle pub­lié le 9 mars sur le site du jour­nal.

Contrôles tardifs

Il Gior­nale a depuis pub­lié d’autres arti­cles pour revenir sur les réac­tions trop tar­dives du gou­verne­ment de Giuseppe Con­te à l’origine de la cat­a­stro­phe san­i­taire, comme celui inti­t­ulé « Virus, les 20 jours de retards : voici com­ment le gou­verne­ment est resté immo­bile », pub­lié le 24 mars. Un arti­cle qui décrit com­ment le gou­verne­ment ital­ien n’a pas fait grand-chose pour se pré­par­er entre l’intervention du pre­mier min­istre le 27 jan­vi­er à la télévi­sion pour assur­er que l’Italie était prête pour affron­ter le virus, avec des mesures préven­tives et la sus­pen­sion des vols depuis la Chine (mais sans con­trôles aux fron­tières ter­restres, ce qui fait qu’il était tou­jours pos­si­ble de venir de Chine en atter­ris­sant dans un autre pays européen) et la déc­la­ra­tion de l’état d’urgence pour six mois dès le 31 jan­vi­er, jusqu’au 25 févri­er, soit six jours après l’admission du « patient 1 » à l’hôpital de Codog­no, dans la province de Lodi, en Lom­bardie. « Coro­n­avirus, du calme à l’alarmisme : com­ment Con­te s’est trompé », titrait déjà Il Gior­nale le 10 mars, décrivant le pas­sage « De ‘sit­u­a­tion sous con­trôle’ à ‘toute l’Italie zone pro­tégée, parce qu’il n’y a plus une minute à per­dre’ », quand « en quelques jours Giuseppe Con­te, et le gou­verne­ment avec lui, est passé d’un extrême à l’autre ».

La Repubblica bien discrète

L’on pour­rait citer d’autres arti­cles d’Il Gior­nale décrivant les erreurs com­mis­es par le gou­verne­ment Con­te dans la ges­tion de la pandémie, tan­dis qu’une recherche du même type sur le site du jour­nal de gauche de référence, La Repub­bli­ca, ne donne qua­si­ment aucun résul­tat.

À vrai dire, pour trou­ver une cri­tique des retards pris, et encore de manière indi­recte, il faut remon­ter au 10 mars, avec la reprise des pro­pos d’un épidémi­ol­o­giste appelant à con­fin­er la pop­u­la­tion « à quelques heures de l’extension à toute l’Italie des mesures déjà adop­tées dans le nord ». Ain­si, si comme le dit l’épidémiologiste en ques­tion, « cela n’a aucun sens de fer­mer les écoles et de laiss­er tout le reste ouvert », la pub­li­ca­tion de cet arti­cle de La Repub­bli­ca arrivait six jours en retard : les écoles avaient été fer­mées le 4 mars et le décret sur le con­fine­ment à par­tir du 10 mars avait été adop­té le 8 mars au soir. Il s’agit donc finale­ment pas tant d’une cri­tique des erreurs passées du gou­verne­ment Con­te que d’un sou­tien aux déci­sions venant d’être adop­tées. Dans cet arti­cle pub­lié sous le titre : « Ital­ie zone pro­tégée, les experts favor­ables à un resser­re­ment : les fer­me­tures à moitié sont inutiles », le jour­nal pré­cise tout de même, tou­jours en citant l’épidémiologiste, que « ces derniers jours, nom­bre de sci­en­tifiques ont sig­nalé les risques que l’on cour­rait dans l’Italie hors de la zone orange, entre apéri­tifs bondés, man­i­fes­ta­tions pleines de gens, déplace­ments noc­turnes en train vers les régions du cen­tre et du sud (…). Cela n’a aucun sens de pren­dre le risque de se retrou­ver ailleurs dans une sit­u­a­tion sim­i­laire à celle de la Lom­bardie ». Dans le même arti­cle, pub­lié, rap­pelons-le, le 10 mars, alors qu’en France le prési­dent Macron don­nait l’exemple de la con­duite à suiv­re en se ren­dant au théâtre avec son épouse (le 7 mars) et le gou­verne­ment Philippe refu­sait de fer­mer les fron­tières au pré­texte, avancé par le min­istre de la san­té Olivi­er Véran sur BFMTV (le 9 mars), qu’« un virus ne s’arrête pas aux fron­tières », Wal­ter Ric­cia­r­di, représen­tant de l’Italie à l’OMS, préve­nait que « l’Italie se trou­vait hier dans une sit­u­a­tion ana­logue à celle de Wuhan avant la fer­me­ture de la ville ».

Sauf que le gou­verne­ment chi­nois ne s’est pas con­tenté d’isoler Wuhan pour arrêter l’épidémie, il a aus­si instau­ré une fron­tière her­mé­tique tout autour de la province du Hubei, qui abrite 59 mil­lions d’habitants (soit presque autant que l’Italie), ce qui lui a per­mis de lim­iter forte­ment l’étendue de l’épidémie dans les autres régions de Chine.

Derniers portraits ajoutés

Christophe Barbier

PORTRAIT — Ex-Patron de L’Express (2006–2016), Christophe Bar­bi­er a ren­du omniprésents dans le débat pub­lic sa sil­hou­ette svelte et son écharpe rouge. Est-il vrai­ment de gauche, comme il l’a longtemps soutenu ?

Éric Brunet

PORTRAIT — Né en juil­let 1964 à Chi­non (Indre et Loire) d’un père ingénieur à EDF et d’une mère compt­able, Éric Brunet est un chroniqueur, ani­ma­teur radio et essay­iste français con­nu pour son engage­ment à droite et son sou­tien incon­di­tion­nel à Nico­las Sarkozy.

Salhia Brakhlia

PORTRAIT — Sal­hia Brakhlia a apporté, avec suc­cès, les méth­odes con­tro­ver­sées du Petit Jour­nal sur BFMTV. Le mélange détonne.

Caroline Monnot

PORTRAIT — Car­o­line Mon­not est une jour­nal­iste aimant se représen­ter sur les réseaux soci­aux avec une tête d’autruche, libre à cha­cun d’en faire sa pro­pre inter­pré­ta­tion. Elle tra­vaille au jour­nal Le Monde depuis 25 ans, chef adjointe du ser­vice poli­tique, elle se con­cen­tre prin­ci­pale­ment sur les rad­i­cal­ités poli­tiques.

Tristan Mendès France

PORTRAIT — Petit-fils de Pierre Mendès France et neveu de Frantz Fanon, l’homme pense marcher dans les pas du pre­mier, pas peu fier d’avoir hérité d’un cos­tume trop grand pour lui.