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Elon Musk va-t-il réellement rétablir la liberté d’expression sur Twitter ?

4 novembre 2022

Temps de lecture : 4 minutes
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Elon Musk va-t-il réellement rétablir la liberté d’expression sur Twitter ?

4 novembre 2022

Temps de lecture : 4 minutes

« L’oiseau est libéré », tweetait Elon Musk, le nouveau propriétaire du média social Twitter, le 28 octobre, au lendemain de la finalisation de son acquisition à 44 milliards de dollars. Il venait déjà de mettre à la porte Parag Agrawal, le PDG qui avait succédé à Jack Dorsey, ainsi que le directeur financier Ned Segal et encore Vijaya Gadde, la directrice juridique également « responsable politique et confiance » de Twitter, surnommée « la reine de la censure » par le site d’information conservateur Breitbart qui évoque « sa campagne de censure gauchiste fanatique ».

L’UE surveille l’oiseau

« En Europe, l’oiseau vol­era en suiv­ant nos règles », lui a répon­du le même jour le Français Thier­ry Bre­ton, com­mis­saire européen au Marché intérieur. Bre­ton a fait suiv­re sa déc­la­ra­tion du tag #DSA, pour « Dig­i­tal Ser­vice Act », l’instrument mis en place au niveau de l’UE pour « réguler » (ou cen­sur­er le cas échéant) les con­tenus pub­liés et dif­fusés sur Internet.

Le mil­liar­daire améri­cain d’origine sud-africaine Elon Musk, fon­da­teur et PDG, entre autres, de SpaceX et aus­si PDG de Tes­la, dit de lui-même qu’il est un « abso­lutiste de la lib­erté d’expression », et il avait fait de l’acquisition de Twit­ter et de la lev­ée de la cen­sure qui pesait sur ce réseau social une ques­tion de défense de notre civil­i­sa­tion. Quand le prési­dent des États-Unis Don­ald Trump avait été ban­ni de la plate­forme alors dirigée par Jack Dorsey, Musk avait tweeté : « Beau­coup de gens vont être super-mécon­tents avec la High Tech de la Côte Ouest comme arbi­tre de fait de la lib­erté d’expression. » Et il avait aus­si tweeté en avril, au moment de l’annonce de son OPA sur Twit­ter : « J’e­spère que même mes pires détracteurs res­teront sur Twit­ter, car c’est ce que sig­ni­fie la lib­erté d’ex­pres­sion. »

De la censure à la modération

L’objectif avoué d’Elon Musk est donc de cess­er de trans­former la mod­éra­tion en cen­sure sur Twit­ter et de s’opposer à la frag­men­ta­tion de l’Internet en espaces réservés aux com­men­ta­teurs de gauche en repous­sant les com­men­ta­teurs de droite dans d’autres espaces réservés moins main­stream.

Cher­chant à prévenir les craintes des annon­ceurs pub­lic­i­taires qui font vivre Twit­ter, le mil­liar­daire a toute­fois bien pré­cisé qu’il n’était pas ques­tion de trans­former le réseau social en « paysage infer­nal où tout est per­mis ». Il a d’ailleurs indiqué le 2 novem­bre que Twit­ter ne rétabli­rait pas les comptes ban­nis avant plusieurs semaines, ce qui veut dire, remar­quait le Wash­ing­ton Post ce jour-là, que Don­ald Trump ne pour­ra pas rede­venir act­if sur Twit­ter avant les élec­tions de mi-man­dat qui se dérouleront le 8 novem­bre. Après avoir mis à la porte la direc­tion du média social cal­i­fornien dès son arrivée, Musk veut créer un nou­veau « con­seil de la mod­éra­tion » qui sera chargé de met­tre en place une poli­tique de mod­éra­tion plus trans­par­ente. Et ce n’est qu’une fois le nou­veau sys­tème en place que les util­isa­teurs jusqu’ici ban­nis à vie pour­ront éventuelle­ment revenir.

Le camp du Bien réplique

Le très anti-Trump Wash­ing­ton Post indique aus­si dans le même arti­cle que 50 organ­i­sa­tions ont déjà envoyé une let­tre aux plus gros annon­ceurs pub­lic­i­taires de Twit­ter pour leur deman­der de retir­er leurs pub­lic­ités si Elon Musk « met en œuvre ses plans visant à saper la sécu­rité de la mar­que et les normes de la com­mu­nauté, notam­ment en sup­p­ri­mant la mod­éra­tion du con­tenu ». « Non seule­ment les extrémistes se réjouis­sent de la prise de con­trôle de Twit­ter par Musk, mais ils y voient une nou­velle occa­sion de pub­li­er les pro­pos et les images les plus injurieux, diffam­a­toires et racistes. », auraient écrit les auteurs de cette let­tre selon le Wash­ing­ton Post. Or le futur con­seil de la mod­éra­tion annon­cé par Elon Musk présen­tera « des points de vue très divers », ce qui ne plaira pas for­cé­ment à la mul­ti­tude d’associations et autres organ­i­sa­tions de gauche tou­jours actives pour faire pres­sion sur les mar­ques afin qu’elles retirent leurs pub­lic­ité des sites conservateurs.

GM en retrait

Déjà, le groupe Gen­er­al Motors a annon­cé la sus­pen­sion de ses pub­lic­ités sur Twit­ter. « Nous dis­cu­tons avec Twit­ter pour com­pren­dre la direc­tion de la plate­forme sous son nou­veau pro­prié­taire », a indiqué le groupe dans un mes­sage trans­mis à l’AFP. « Comme il est nor­mal de le faire lors d’un change­ment impor­tant sur une plate­forme de médias, nous avons tem­po­raire­ment sus­pendu notre pub­lic­ité payante »… sans oublie que GM est un con­cur­rent de Tes­la de Musk…

S’il est par­ti­san de la lib­erté d’expression, l’acheteur de Twit­ter va donc devoir ménag­er ses annon­ceurs. Ain­si que le fai­sait remar­quer le New York Times le 31 octo­bre, « M. Musk, qui a grevé Twit­ter d’une dette de 13 mil­liards de dol­lars pour son rachat, doit faire face à la pres­sion finan­cière pour redress­er l’en­tre­prise afin de pou­voir pay­er les intérêts – env­i­ron 1 mil­liard de dol­lars par an – sur la dette. Ce sera un défi. Twit­ter n’a pas réal­isé de béné­fices pen­dant huit des dix dernières années, et l’ensem­ble du marché de la pub­lic­ité numérique est frap­pé par les craintes pesant sur l’économie mon­di­ale. »

C’est d’ailleurs pour éviter les « para­chutes dorés » (un total d’environ 90 mil­lions de dol­lars US pour qua­tre dirigeants remer­ciés) qu’Elon Musk aurait viré les dirigeants de la com­pag­nie à l’oiseau bleu « pour justes motifs », ce qui laisse présager des suites judi­ci­aires à ces renvois.

Certification payante

D’où égale­ment l’annonce du lance­ment d’un abon­nement à 8 dol­lars par mois (aux USA, le prix devant être ajusté en fonc­tion des pays) pour avoir un compte cer­ti­fié sur Twit­ter avec un petit badge bleu con­fir­mant l’identité du pro­prié­taire du compte et d’autres avan­tages. Pour le moment, ce badge « indique aux util­isa­teurs l’authenticité d’un compte d’intérêt pub­lic » et est réservé aux comptes qui sont « authen­tiques, notoires et act­ifs ». En le ren­dant payant, Elon Musk estime le démoc­ra­tis­er puisqu’il sera acces­si­ble à tout le monde. « Le sys­tème actuel de seigneurs et de paysans pour qui a ou non une coche bleue est une con­ner­ie. Le pou­voir au peu­ple ! », a‑t-il tweeté le 1er novem­bre.

Il s’est aus­si dit que Musk prévoy­ait de se débar­rass­er des trois quarts des quelque 7500 per­son­nes tra­vail­lant aujourd’hui chez Twit­ter, mais cette infor­ma­tion a été démen­tie par l’intéressé qui prévoit bien, néan­moins, de procéder à des coupes claires dans le per­son­nel, et pas que dans les instances dirigeantes.

Ce rachat du média social Twit­ter par un mil­liar­daire très cri­tique de la cen­sure poli­tique et idéologique imposée par les médias soci­aux est inter­venu alors qu’un sondage New York Times/Siena venait de révéler qu’une majorité d’Américains con­sid­èrent leurs grands médias clas­siques comme étant aujourd’hui « une men­ace majeure pour la démoc­ra­tie ». À suivre…

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