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Duflot victime du machisme d’Elkabbach ?

2 avril 2015

Temps de lecture : 3 minutes
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Duflot victime du machisme d’Elkabbach ?

Dans un courrier adressé au CSA, le porte-parole d’Europe Écologie-Les Verts s’est plaint du « traitement scandaleux » qu’aurait réservé Jean-Pierre Elkabbach à son invitée Cécile Duflot au cours d’une émission de radio.

Invitée du « Grand Ren­dez-vous » Europe 1 le 15 mars dernier, l’an­ci­enne min­istre aurait en effet été inter­rogée sur « un ton hargneux » et aurait subi de « mul­ti­ples coupures ». Un traite­ment qui, selon EELV, dif­fère totale­ment de celui réservé aux précé­dents invités de l’émission, tous mas­culins.

Selon Julien Bay­ou, Cécile Duflot aurait été, en 42 min­utes, coupée « plus de 140 fois, soit toutes les vingt sec­on­des en moyenne » et « dén­i­grée ou tournée en déri­sion plus de 10 fois ». D’après ce dernier, l’attitude du jour­nal­iste était claire­ment misog­y­ne. « Mon­sieur Elk­a­b­bach n’en fait pas mys­tère, lui qui con­clut en fin d’émission que les ques­tions “directes” ont été adap­tées au “style” de l’invitée. Que sig­ni­fie cette remar­que ? Faut-il en con­clure qu’un homme poli­tique n’aurait pas été autant coupé ou moqué ? », s’in­ter­roge-t-il.

Pour Jean-Pierre Elk­a­b­bach, « Cécile Duflot a eu droit à un traite­ment cour­tois, con­tra­dic­toire et vif. Nous avons traité Mme Duflot comme tous les inter­locu­teurs, quelque soit leur rang. Chez nous, il n’y a ni princesse ni monar­que, on fait notre méti­er. Et d’ailleurs, la recon­nais­sance des médias et l’au­di­ence le mon­trent. Nous avons encore plus sec­oué Manuel Valls et l’avons obligé à davan­tage de pré­ci­sions encore. »

Preuve en est : en mai 2014, le journaliste connu pour ses entretiens musclés commençait son interrogatoire d’André Valline par : « De quelle couleur est le mur ? (…) le mur sur lequel votre réforme territoriale va se fracasser. » Sans parler de l’entrée en matière directe pratiquée à l’égard de Marine Le Pen le 12 janvier dernier : « Marine Le Pen, vous n’avez pas honte ? », lui avait-il demandé.

Con­tin­u­ant sa plaidoirie, Julien Bay­rou met en avant le « manque de par­ité » de l’émis­sion, où les trois jour­nal­istes sont mas­culins. « Il sem­ble incroy­able qu’une émis­sion puisse en 2015, semaine après semaine, n’offrir qu’un pan­el 100% mas­culin », explique-t-il. Con­fir­mant avoir reçu la plainte, le CSA s’est dit com­pé­tent pour veiller à la « juste représen­ta­tion des femmes et des hommes » dans les médias audio­vi­suels en appli­ca­tion de la loi du 4 août 2014 sur l’é­gal­ité réelle entre les femmes et les hommes.

« Les ser­vices de télévi­sion à car­ac­tère nation­al et les ser­vices de radio appar­tenant à un réseau de dif­fu­sion à car­ac­tère nation­al (…) four­nissent au CSA des indi­ca­teurs quan­ti­tat­ifs et qual­i­tat­ifs sur la représen­ta­tion des femmes et des hommes dans leurs pro­grammes », ajoute le Con­seil.

Quoi qu’il en soit, Jean-Pierre Elk­a­b­bach s’est quant à lui dit « sidéré qu’en 2015, un poli­tique aille se plain­dre et réclamer la cen­sure de la presse ». Et d’a­jouter que si les trois inter­venants sont mas­culins dans son émis­sion, « Europe 1 fait la part belle aux voix féminines comme Michèle Cot­ta, Cather­ine Nay, Anne Sin­clair… L’é­gal­ité s’ap­pré­cie à l’échelle glob­ale de la radio » (Et la part belle à la jeunesse seri­ons-nous ten­tés de rétor­quer ? les trois jour­nal­istes citées cumu­lent quand même 216 ans à elles trois !)

De même pour les invités depuis le début de l’an­née. S’ils sont majori­taire­ment mas­culins, c’est parce que « ce sont des hommes qui sont aux manettes des secteurs con­cernés par les ques­tions que nous souhaitions abor­der », rien de plus.

Se doutant peut-être que son accu­sa­tion en sex­isme allait faire long feu, le porte-parole d’EELV a égale­ment estimé, dans sa let­tre au CSA, qu’au-delà de Cécile Duflot, c’était le par­ti dans son ensem­ble qui était vic­time du mépris d’Elkabbach. Il dénonce « des ques­tions par­faite­ment ori­en­tées assor­ties de remar­ques acerbes et com­men­taires sar­cas­tiques ».

Et de con­clure en jugeant que « les jour­nal­istes ont sys­té­ma­tique­ment dén­i­gré la capac­ité d’EELV et des écol­o­gistes à se présen­ter comme une force autonome et à présen­ter un pro­jet indépen­dant crédi­ble et utile aux citoyens », faisant de l’émis­sion d’Elk­a­b­bach une pure émis­sion de « dés­in­for­ma­tion ».

Elk­a­b­bach est régulière­ment accusé d’être mielleux avec les puis­sants et dur avec les « faibles ». En témoigne notam­ment cette célèbre inter­view de trois syn­di­cal­istes de févri­er 2013 analysé et com­men­té par nos con­frères d’Acrimed.

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