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[Dossier] Les médias dominants et la manif pour tous

22 mai 2013

Temps de lecture : 13 minutes
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[Dossier] Les médias dominants et la manif pour tous

Temps de lecture : 13 minutes

Du mépris à la matraque – Les médias dominants et la manif pour tous

Après le phénomène inédit de la « Manif pour tous », retour sur son traitement médiatique, ou comment les médias bien-pensants sont passés du mépris à la matraque.

Il y a les bonnes man­i­fs et les mau­vais­es man­i­fs. Celles que les médias exal­tent, celles que les médias con­damnent. La « Manif pour tous » appar­tient bien sûr à la sec­onde caté­gorie. Dès le début du mou­ve­ment, celui-ci a été glob­ale­ment traité avec le plus par­fait dédain par les médias offi­ciels. Une poignée de vieux réacs allaient râler con­tre une nou­velle vic­toire du Pro­grès en marche. La Loi passerait, le meilleur des mon­des aurait une pierre de plus à son édi­fice et les ron­chons s’habitueraient, comme ils se sont partout habitués. À quoi bon épi­loguer davan­tage ? Voilà, en somme, quel était le par­ti pris. Pour­tant, on aurait pu aisé­ment objecter que les ques­tions soulevées par les man­i­fes­tants anti-« Mariage pour tous » méri­taient davan­tage qu’un tel revers de main, qu’elles touchaient à des choses essen­tielles et par­ti­c­ulière­ment actuelles : la bioéthique, la fil­i­a­tion, la struc­ture d’une civil­i­sa­tion, les muta­tions de la famille mononu­cléaire occi­den­tale, la dif­férence sex­uelle comme fonde­ment anthro­pologique, etc. Quelle que soit sa pro­pre posi­tion sur la ques­tion, il aurait pu paraître impor­tant de creuser un peu le dossier, de faire débat­tre des psy­chi­a­tres (plus de la moitié sont opposés à la loi), d’interroger des his­to­riens, d’entendre les raisons des autorités religieuses (puisque toutes les con­fes­sions sont con­tre) et de deman­der aux par­ti­sans d’étayer un rien leurs argu­ments, au-delà d’une vision dog­ma­tique et tau­tologique du « Pro­grès » (« Le Pro­grès, c’est nous, donc nous suiv­re, c’est le Pro­grès. »), ou d’un sen­ti­men­tal­isme aus­si flou que péremp­toire (« L’amour, c’est bien, donc tout ce qui est fait par amour est bien. » — ce que démon­trent évidem­ment toutes les tragédies et romans jamais écrits en ce bas monde…) Mais non. Ques­tion­ner cette réforme, et sim­ple­ment la ques­tion­ner, parais­sait déjà sus­pect, et l’on pen­sait régler le prob­lème, à France Inter et ailleurs, en employ­ant ses comiques à faire du « réac-bash­ing ».

« Manif de droite »

Cette mobil­i­sa­tion, devait-on penser dans cer­taines salles de rédac­tion, ne comp­tait donc pour rien, ce qu’elle défendait n’avait aucun sens, mais au moins allait-elle don­ner de la matière aux pro­fes­sion­nels de la vanne, c’était tou­jours ça de pris. D’une manière générale, le ton était gogue­nard, con­de­scen­dant, on rail­lait les familles nom­breuses, les jupes plis­sées, les « Marie-Chan­tal »… La man­i­fes­ta­tion est une pra­tique telle­ment con­notée à gauche que l’on ne pou­vait qu’imaginer la droite mal­ha­bile, emprun­tée, grotesque, dans un tel exer­ci­ce. Dans l’imaginaire des médias dom­i­nants, une manif qui n’est pas de gauche ne pou­vait que ressem­bler à cette farce de cra­vatés cyniques telle que mise en scène avec suc­cès par « Action Dis­crète » sur Canal+. Pour­tant, la caté­gorie car­i­cat­u­rale évo­quée ain­si, si elle existe, ne représente pas, dans le pays, un demi-mil­lion de per­son­nes, le nom­bre de par­tic­i­pants revendiqué par Frigide Bar­jot, l’organisatrice de la « Manif pour tous », le same­di 17 novem­bre 2012. À vrai dire, la soci­olo­gie prin­ci­pale de cette man­i­fes­ta­tion cor­re­spondait surtout à cette « majorité silen­cieuse » rarement encar­tée et beau­coup moins nantie que ceux des jour­nal­istes parisiens qui font la pluie et le beau temps médiatique.

Manifestants orchestrés

Lors de cette pre­mière mobil­i­sa­tion, l’ambiance avait été fes­tive, con­viviale, et la per­son­nal­ité de Frigide Bar­jot avait per­mis, en out­re, de con­tourn­er les clichés véhiculés par les médias. Devant ce suc­cès man­i­feste et dénué du moin­dre « déra­page », ne restait aux médias qu’à en atténuer l’impact. Ain­si la soci­o­logue Irène Théry allait juger auprès de l’AFP qu’il ne fal­lait pas « sures­timer l’ampleur des man­i­fes­ta­tions de same­di, qui se sont présen­tées comme spon­tanées mais qui sont orchestrées en sous-main par la droite et les Églis­es ». La phrase est assez extra­or­di­naire. Les man­i­fes­ta­tions étaient organ­isées par un col­lec­tif, aus­si ne se sont-elles jamais pré­ten­dues « spon­tanées », et elles n’étaient pas davan­tage « orchestrées en sous-main par la droite et les Églis­es » que les man­i­fes­ta­tions con­tre la réforme des retraites étaient orchestrées en sous-main par la gauche et les syn­di­cats. Ce non-argu­ment représen­tait bien en soi, un aveu d’impuissance et un recours à l’irrationnel typ­ique de la Bien Pen­sance : non, les gens n’étaient pas si nom­breux qu’ils l’étaient, ils étaient sim­ple­ment nom­breux à être manip­ulés par des forces obscures. Ain­si, de même qu’ils ne voient pas ce qu’ils voient, il faut croire que les gens ne pensent pas ce qu’ils pensent.

Les Femen entrent en piste

À côté de ceux qui rail­laient un mou­ve­ment pré­ten­du­ment inutile et absurde, la jour­nal­iste Car­o­line Fourest, elle, choisit une autre option : créer une rampe de lance­ment pour ses amies des FEMEN. L’occasion était idéale et ne se représen­terait pas de si tôt. En effet, le lende­main de la man­i­fes­ta­tion offi­cielle, les mem­bres de CIVITAS menaient leur pro­pre man­i­fes­ta­tion anti- « Mariage pour tous » en drainant avec eux la dernière cen­taine de Skin Heads qui survit en France. Il fal­lait créer des images pour la machine médi­a­tique afin de réalis­er la fic­tion suiv­ante : que les FEMEN étaient sub­ver­sives, que les FEMEN com­bat­taient une oppres­sion réelle, que les FEMEN étaient mar­tyrisées par les mâles blancs et catholiques, et que les opposants au mariage homo étaient des brutes fas­cistes. La stratégie était certes grossière mais la con­jonc­ture idéale. Bien sûr, il aurait été aisé de pro­duire de telles images n’importe quand en tra­ver­sant le périphérique, mais les oppresseurs n’auraient prob­a­ble­ment pas eu la bonne couleur de peau et les fémin­istes ukraini­ennes n’eussent peut-être pas survécu. L’opération réus­sit par­faite­ment : les FEMEN et la jour­nal­iste qui, comme par hasard, réal­i­sait sur elles un doc­u­men­taire pré­cisé­ment à cette péri­ode, reçurent les quelques gifles qu’elles étaient venues chercher, suff­isam­ment pour pos­er en mar­tyre mais pas trop pour être en état d’aller se plain­dre le lende­main même sur les plateaux de télévi­sion. Voilà com­ment une dizaine de mil­i­tantes organ­isées parv­in­rent à faire dire aux médias ce que ceux-ci désir­aient enten­dre dès le départ au lieu de relay­er l’inquiétude d’un demi-mil­lion de per­son­nes : que ce qui menaçait la dig­nité des femmes de nos jours n’était pas la pos­si­ble marchan­di­s­a­tion de leur corps et de leur progéni­ture par le régime libéral-lib­er­taire, mais la vio­lence et l’oppression du patri­ar­cat et du catholicisme.

13 janvier : Une manif sous contrôle… médiatique

Le 13 jan­vi­er se déroule à Paris une man­i­fes­ta­tion dont le record d’affluence va don­ner lieu à une pre­mière polémique de chiffres. 340 000 selon la police, de 800 000 à un mil­lion selon les organ­isa­teurs… À 16h10, sur BFMTV, Car­o­line Fourest avait annon­cé qu’à la fin de la Manif pour tous : « Ils seront à peine plus que la Gay Pride chaque année. » Il est tou­jours dan­gereux, surtout lorsqu’on se pré­tend jour­nal­iste, de pren­dre ses désirs pour des réal­ités. La bataille des chiffres pos­sède en vérité un enjeu sym­bol­ique car­di­nal : la barre des « 850 000 man­i­fes­tants selon la police », score réal­isé lors de la grande mobil­i­sa­tion de 1984 pour défendre l’École libre, si elle n’était pas franchie, sem­blait autoris­er la gauche à par­ler d’échec, quand bien même la mobil­i­sa­tion serait énorme. Le 16 jan­vi­er, le général Bruno Dary, ancien gou­verneur mil­i­taire de Paris, remet­tra en cause les chiffres don­nés par la pré­fec­ture, affir­mant qu’au moins 800 000 per­son­nes avaient défilé. Dans Valeurs actuelles, on par­lera d’une « source très sûre » affir­mant que le préfet de police avait, vers 13 heures, don­né « la con­signe ver­bale à ses ser­vices de fix­er à 340 000 le nom­bre de man­i­fes­tants. »

Ces con­tes­ta­tions par­ti­c­ulière­ment crédi­bles ne trou­veront pour­tant pas d’écho par­ti­c­uli­er dans la presse dom­i­nante. En l’occurrence, le par­ti pris anti-« Manif pour tous » se trou­vera explicite même sur une chaîne cen­sée être plus neu­tre qu’aucune autre : France Info, où l’on put enten­dre : « Entre un tube de Shaki­ra et un de Zeb­da, les défenseurs du mariage tel que décrit dans le code civ­il de l’ère napoléoni­enne, ont chan­té leur hymne pro­pre sur le pavé » On igno­rait que la famille mononu­cléaire occi­den­tale se résumait à une arbi­traire inven­tion lég­isla­tive du pre­mier empire… Mais c’est sur un autre plan que l’on réalise égale­ment que la plu­part des médias se trou­vent être les alliés objec­tifs du gou­verne­ment con­tre cette mobil­i­sa­tion. En effet, nom­breux vont être les jour­nal­istes à reprocher à la man­i­fes­ta­tion son encadrement trop strict, son absence de spon­tanéité ou les répons­es trop for­matées des man­i­fes­tants interrogés.

Or, d’un autre côté, on voit les mêmes obsédés par une seule mis­sion : tra­quer le « déra­page » homo­phobe et expos­er, quand ils y parvi­en­nent, leur mai­gre butin (une pan­car­te d’un goût dou­teux, une réponse mal­adroite…) Ain­si les organ­isa­teurs savent-ils que pour lut­ter con­tre la loi défendue par le gou­verne­ment, il leur faut égale­ment lut­ter con­tre un autre enne­mi, le pou­voir médi­a­tique, qui passera les cortèges au crible dans l’espoir d’extraire l’image ou la phrase par lesquelles pour­ra être ruinée la crédi­bil­ité de plusieurs cen­taines de mil­liers de per­son­nes. Cela revient à se bat­tre les poings liés. Et comme les médias, en effet, ne décou­vrent rien qui puisse réelle­ment leur per­me­t­tre d’attaquer la man­i­fes­ta­tion sur sa pré­ten­due homo­pho­bie, on déclare qu’elle est trop pro­pre pour être hon­nête… Face : homo­phobes décom­plexés. Pile : homo­phobes com­plexés, fachos muselés par leurs guides.

24 mars : de 1984…

Lors de la nou­velle grande man­i­fes­ta­tion du 24 mars, la bataille des chiffres fran­chit un nou­veau cap. En inter­dis­ant quelques jours aupar­a­vant aux man­i­fes­tants d’occuper les Champs Élysées, le gou­verne­ment avait désor­gan­isé de fait la mobil­i­sa­tion avant qu’elle ait lieu et sem­blait tout met­tre en œuvre pour com­pli­quer la déli­cate ques­tion du comp­tage. Quand celui-ci est effec­tué, l’écart entre le chiffre des organ­isa­teurs et celui de la police s’est encore accru depuis la précé­dente occur­rence. On passe en effet car­ré­ment d’1,4 mil­lions de man­i­fes­tants à 300 000… Le gou­verne­ment oppose aux cri­tiques des clichés aériens. Mais les images s’avèrent truquées. C’est du moins ce que prou­ve le jour­nal­iste indépen­dant Pierre Barniéras dont la vidéo fait un tabac sur le Net. L’attitude de ses con­frères le scan­dalise. En effet, la presse, cen­sé­ment con­tre-pou­voir, cen­sé­ment crible cri­tique, paraît dans cette affaire com­plète­ment à la botte du gou­verne­ment. A tel point que la pré­fec­ture de Police n’a aucun mal à pro­pos­er, pour sa défense, aux jour­nal­istes qui le souhait­eraient, de vision­ner les films incrim­inés. Aucun mal, puisque les jour­nal­istes, majori­taire­ment anti-« Manif pour tous », ne le fer­ont pas. Et quand cer­tains osent pren­dre la propo­si­tion au mot, comme Pas­cal Bories de Tech­nikart, le résul­tat est élo­quent. La pré­fec­ture de Police ne pos­sède en réal­ité aucune con­tre-preuve tangible !

… à 1934

Cette man­i­fes­ta­tion, pour la pre­mière fois, est émail­lée de vio­lences : les plus téméraires des man­i­fes­tants ten­tent de pass­er en force pour rejoin­dre les Champs Élysées et les CRS font usage des gaz lacry­mogènes. Ulcérés, des man­i­fes­tants et des députés évo­quent des gaza­ges d’enfants. Bien sûr, l’expression est out­ran­cière. Mais, mir­a­cle : la presse bien-pen­sante décou­vre alors le « Point God­win » et accuse les anti-« Mariage pour tous » de l’atteindre. Certes. Mais en l’occurrence : c’est la paille et la poutre. D’autant qu’avec le dur­cisse­ment du mou­ve­ment et la nais­sance du « Print­emps français », les médias ne vont cess­er de col­lec­tion­ner les points God­win (leur prin­ci­pale con­tri­bu­tion au débat pub­lic), dur­cis­sant quant à eux la répres­sion sym­bol­ique con­tre un mou­ve­ment dont ils n’auraient jamais pu devin­er l’ampleur. Ce n’est plus la grande man­i­fes­ta­tion pour l’École libre de 1984 qui est évo­quée comme référence his­torique mais celle des liguards de févri­er 34.

10 000 points Godwin

« Ce cli­mat démoc­ra­tique ten­du rap­pelle les années 1930 quand les ligues d’extrême droite man­i­fes­taient sans cesse pour désta­bilis­er la IIIe République », lâche Car­o­line Fourest, harcelée par les anti-« Mariage pour tous », his­to­ri­enne impro­visée entre deux débats per­tur­bés. « Vers un retour des liguards ? » s’interroge-t-on égale­ment sur Canal+. « C’étaient les années 30, sont-elles de retour ? » titre en une le Nou­v­el Obser­va­teur. Main­tenant le pou­voir médi­a­tique panique. Ce ne sont plus les quoli­bets, le dédain, la rail­lerie des débuts, mais suées d’angoisse et bouf­fées de haine. La con­tre-attaque se met en place selon cette ligne : la République est en dan­ger, les ligues fas­cistes s’apprêtent à vio­l­er Marianne.

Homophobie ? Trop gentil…

Ain­si, lorsque la gauche man­i­feste et s’oppose aux forces de l’ordre sous un gou­verne­ment de droite, il faut y voir la ver­tu de désobéis­sance civile héritée des révo­lu­tion­naires et des résis­tants, con­tre la tyran­nie d’un pou­voir inique et cryp­to-pétain­iste. Mais lorsque la « droite » est dans la rue et s’oppose aux forces de l’ordre sous un gou­verne­ment de gauche, il faut cette fois-ci con­sid­ér­er que des liguards assoif­fés de sang men­a­cent le pou­voir légitime de la démoc­ra­tie représen­ta­tive. D’un côté, les man­i­fes­ta­tions se font régulières, les har­cèle­ments de min­istres sys­té­ma­tiques, les con­fronta­tions avec les CRS fréquentes, de l’autre, les jour­nal­istes mul­ti­plient les attaques les plus frontales : l’inénarrable Bourmeau con­sid­ère « qu’Homophobie est un mot gen­til. Trop gen­til » pour désign­er les opposants au mariage pour tous. Alors quoi ? Tout anti-mariage gay est un chien ? Pour Lau­rent Jof­frin, dans le Nou­v­el Obs : « Les répub­li­cains n’é­couteront pas ces arti­sans de l’in­tolérance et de la régres­sion française. » Si les man­i­fes­tants sont, de fait, opposés aux « répub­li­cains », doit-on en con­clure qu’ils sont par con­séquent… pha­langistes ? fas­cistes ? nazis ? Quant à Frigide Bar­jot, l’égérie du mou­ve­ment, quand elle n’est pas humil­iée chez Ruquier, chez Fogiel, ou chez Moran­di­ni, elle craque car­ré­ment sur Direct 8, seule con­tre toutes.

A l’ombre des CRS

Aus­si, com­ment s’étonner qu’un petit groupe de man­i­fes­tants finisse, le 23 avril, par s’en pren­dre directe­ment aux jour­nal­istes au cri de « Médias col­la­bos ! ». Yann Barthès s’en offusque dans Le Petit Jour­nal de Canal+ avec des tré­mo­los dans la voix. L’icône bobo omet cepen­dant deux paramètres essen­tiels. Le pre­mier, c’est que s’il veut s’indigner du sort réservé aux jour­nal­istes, il devrait rel­a­tivis­er cette incar­tade somme toute bénigne si on l’a com­pare aux tabas­sages réguliers que subis­sent les jour­nal­istes en ban­lieue. Enfin, qu’à la suite de cette agres­sion, les jour­nal­istes, qui se tenaient à l’écart entre man­i­fes­tants et CRS, se sont retrou­vés der­rière les rangées de boucliers. Or, n’était-ce pas une sit­u­a­tion plus appro­priée ? Une per­spec­tive davan­tage en adéqua­tion avec le réel ? Leur juste place dans le con­flit ? Parce que lorsqu’on com­pare les man­i­fes­tants à des liguards menaçant la République, qu’implique-t-on au bout du pro­pos ? Quel traite­ment encour­age-t-on à infliger à ceux qui men­ac­eraient physique­ment la démoc­ra­tie ? La matraque évidem­ment. « Crosse CRS ! Crosse ! Mâte l’insurrection ! » N’est-ce pas le sous-enten­du per­ma­nent qu’ont martelé les médias dom­i­nants au cours du mois précé­dent la pro­mul­ga­tion de la loi ? Ain­si, lorsque l’objectif de l’appareil pho­to s’élevait au-dessus des rangées de casques, que cette ligne d’horizon soulig­nait l’image des révoltés, le spec­ta­teur, enfin, pou­vait du moins con­sid­ér­er claire­ment de quel lieu prove­nait l’information, de quel point de vue et de quel par­ti pris. Et la matraque rhé­torique, naturelle­ment, s’alliait à la matraque con­crète pour mâter la dis­si­dence, sans pou­voir se tar­guer encore, par on ne sait quel mytholo­gie figée, d’incarner un quel­conque « contre-pouvoir ».

M.D.

Crédit pho­to : ANFAD via Flickr (cc)