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France Télévi-abstention ?

3 juin 2017

Temps de lecture : 4 minutes
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France Télévi-abstention ?

Lors de la récente campagne présidentielle, France Télévision a diffusé une surprenante et généralement encensée websérie intitulée Et toi tu votes ? Une idée pleine de bonnes intentions ? En apparence.

Pour Grazia, « À deux jours du sec­ond tour de la prési­den­tielle, voici la web­série à faire regarder à nos potes absten­tion­nistes ». Dans Le Figaro Madame, un épisode de la web­série accom­pa­gne un appel à vot­er de Karine Tuil. L’écrivain donne « en exclu­siv­ité » les raisons pour lesquelles elle vote le dimanche 7 mai 2017 : « Dans ma famille, l’extrême droite a tou­jours été l’incarnation de tout ce que nous reje­tions : le repli, la ten­ta­tion de l’exclusion, le refus de l’Europe. Notre France était grande, mod­erne, généreuse, ouverte sur le monde, fière de sa diver­sité cul­turelle. Le 23 avril, l’annonce de la présence du Front Nation­al au sec­ond tour de la prési­den­tielle était déjà une tragédie ». Un par­ti-pris affir­mé. Cet appel à vot­er pour Emmanuel Macron est accom­pa­g­né d’un épisode de Et toi tu votes ?

Irl, plateforme libre emplie de bonnes intentions ?

Et toi tu votes ? est une web­série dif­fusée par France Télévi­sion dans le cadre du pro­jet Les nou­velles écri­t­ures du réel, irl en novlangue. Présen­ta­tion : « IRL pro­pose des films courts, orig­in­aux et inno­vants qui racon­tent le monde avec un par­ti-pris affir­mé. Cette plate­forme est un lab­o­ra­toire et entend ouvrir un nou­veau champ d’expérimentation pour inven­ter de nou­velles formes d’écritures du réel. Mag­a­zine, doc­u­men­taire, reportage, ani­ma­tion… IRL n’épouse aucun genre. Elle préfère les tor­tur­er, les mix­er, les revis­iter, les délaiss­er aus­si. Résol­u­ment libre, cette plate­forme s’affranchit des con­traintes édi­to­ri­ales pour mieux rénover les écri­t­ures. En ce sens, IRL s’autorise tout avec une volon­té : racon­ter le monde sans fil­tres, s’y engager avec son regard et être vu par la nou­velle généra­tion ». Lib­erté de formes. Par­ti-pris affir­mé ? C’est vrai. Un par­ti pris engagé en faveur des idées qui vien­nent de porter Emmanuel Macron à la prési­dence. À sens unique. Du reste, la plate­forme pose des ques­tions impor­tantes comme : « Rouler un joint en pub­lic, c’est mal ? Cam­Clash fait le test dans le métro ! ».

Les mêmes et on recommence ?

On ne sera donc pas éton­nés de retrou­ver le Bondy blog ici, média où Meh­di Meklat fit ses pre­miers pas. Le Bondy blog béné­fi­cie d’un espace pour des « édi­tos ». Celui de la prési­den­tielle a comme titre L’islam, défouloir des can­di­dats. Où l’on apprend en moins de 2 min­utes que « en péri­ode de cam­pagne, les politi­ciens ont une carte maîtresse pour gag­n­er quelques points ». Quel est le prob­lème selon l’édito ? « Taxe halal, inter­dic­tion du voile dans la rue, les musées ou les uni­ver­sités, oblig­a­tion pour les imans de pass­er un diplôme uni­ver­si­taire, tous les sujets sont bons pour faire des propo­si­tions plus rad­i­cales les unes que les autres ». En effet, les propo­si­tions énon­cées et issues des pro­grammes de dif­férents can­di­dats sont à n’en point douter… « rad­i­cales ». Suite : « Et nos politi­ciens de nous expli­quer à longueur de journées que nos quartiers seraient des zones de non droit où le rad­i­cal­isme est présent à chaque coin de rue. Si on les écoutait on n’oserait presque plus sor­tir de chez nous ». Sans compter que dans ces quartiers « le vivre ensem­ble marche bien mieux qu’ils ne le dis­ent » et que « c’est surtout sur inter­net et dans les pris­ons que se développe le ter­ror­isme ». Les 300 morts des récents atten­tats en France apprécieront d’avoir été assas­s­inés sur inter­net. Heureuse­ment il y a « la vérité » : « c’est que dans nos quartiers, le prob­lème ne s’appelle pas islam. Il s’appelle chô­mage, pau­vreté, crise du loge­ment, dis­crim­i­na­tion ». Il y a « instru­men­tal­i­sa­tion élec­torale ». Mais l’on ne saisit pas si l’éditorialiste par­le tou­jours des can­di­dats ou bien de sa vidéo et de la plate­forme de France Télévi­sion sur laque­lle elle est mise en ligne. Par con­tre, nous sommes cer­tains que France Télévi­sion est une chaîne publique.

Vote, on te dit merde !

Du coup, c’est vot­er qu’il faut. La proposition/question est louable : Et toi tu votes ? Sauf que glob­ale­ment il faut vot­er… en pen­sant dans le cadre d’éditos comme celui du Bondy blog. La web­série est réal­isée par Amelle Chah­bi dont les par­ti-pris sont affir­més. Les scé­nar­istes sont : Walid Afkir, Hicham Har­rag, Samir Har­rag, Al Huynh, Chak­ib Lahs­sai­ni. Dix épisodes en tout, de moins de deux min­utes chaque. « 10 épisodes drôles, dérangeants et caus­tiques qui plon­gent les pro­tag­o­nistes dans un monde où des lois com­plète­ment folles sont passées à cause d’une absten­tion record ». Donc : que risquons-nous si nous nous abstenons de vot­er ? La réponse en 10 thèmes : le monde de l’entreprise, la retraite, la jus­tice, la gra­tu­ité de l’école, le tra­vail des enfants, les droits des femmes, l’hôpital, les réfugiés, les langues autorisées sur le ter­ri­toire (la « clause Molière »). Cela forme un ensem­ble édi­fi­ant. Trois exem­ples. Dans Langue inter­dite, pronon­cer un mot d’amour en arabe serait inter­dit et entraîn­erait un con­trôle de la sécu­rité dans le cadre de la « lutte con­tre le ter­ror­isme ». Cela arrive à un jeune cou­ple issu de l’immigration mais pos­sé­dant des cartes d’identité. Le per­son­nage désagréable est une française « de souche » qui utilise le mot « maboul », mot d’origine arabe et est donc prise à son pro­pre jeu dis­crim­i­na­toire. On retient de l’épisode que nom­bre de mots arabes irriguent une langue française qui en est enrichie. Dans Dix euros, la ques­tion est la suiv­ante : devra-t-on « pay­er son entrée pour aller à l’école comme si on allait en boîte de nuit ? ». L’entrée dans l’école coûte dix euros, la queue est con­sti­tuée de jeunes issus de l’immigration, la dame patron­nesse con­trôlant l’entrée est de nou­veau une femme européenne quar­an­te­naire et la queue doit laiss­er pass­er un jeune garçon de type européen qui, lui, n’a pas de soucis car il paie à l’année. Le mes­sage est clair : les « blan­cos » chers à manuel Valls sont rich­es, la pau­vreté c’est pour la jeunesse des quartiers. Pourquoi cette sit­u­a­tion ? Car ces jeunes ne votant pas lais­sent pass­er des lois libérales, sous-enten­du de droite. L’école est dev­enue une entre­prise privée à laque­lle les jeunes issus de l’immigration n’auront plus accès s’ils ne met­tent pas le bon bul­letin dans l’urne. L’épisode Réfugiés est symp­to­ma­tique de l’idéologie de la plate­forme Irl. Thème : « Des jeunes se font alpa­guer par la police car ils aident des migrants ». Deux jeunes issus de l’immigration dans une voiture. Début : « Je com­prends pas que des lois comme ça, elles passent. Tu vois si on avait tous été vot­er on n’en serait pas là aujourd’hui ». Ce sont des « résis­tants » qui inter­vi­en­nent en faveur de réfugiés, la bande son dif­fuse du rap. La police inter­vient vio­lem­ment : « aider les réfugiés, ça va chercher dans les deux ans ferme ça ». Les « résis­tants » : « on se soulèvera, et on se soulèvera par les urnes ». Insoumis, les gars. L’ensemble de la web­série est à l’avenant.

Des lois lib­er­ti­cides, dis­crète­ment imputés aux divers­es droites, dues exclu­sive­ment à l’abstention, en par­ti­c­uli­er celle des jeunes issus de l’immigration trop peu con­cernés par le vote. Le mes­sage est clair : votez, merde ! Et l’idéologie dom­i­nante demeur­era en place. Une web­série pleine­ment démoc­ra­tique et ouverte sur les con­cep­tions du monde autres. Sans doute le min­istère de l’Éducation Nationale veillera-t-il à ce qu’elle soit dif­fusée dans les étab­lisse­ments sco­laires ?

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