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Des investisseurs corses prennent 35% du capital de Corse-Matin, une première et un coup de tonnerre pour la presse parisienne

26 avril 2018

Temps de lecture : 4 minutes

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Des investisseurs corses prennent 35% du capital de Corse-Matin, une première et un coup de tonnerre pour la presse parisienne

Des investisseurs corses prennent 35% du capital de Corse-Matin, une première et un coup de tonnerre pour la presse parisienne

C’est une première dans la presse quotidienne régionale – 35% du capital de Corse-Matin ont été revendus pour 3,15 millions d’€ par Bernard Tapie à un consortium d’investisseurs locaux, CM Holding, constitué par 154 entreprises corses. Son meneur, l’homme d’affaires François Padrona, a annoncé vouloir « assurer la pérennité et l’émancipation d’un quotidien emblématique de notre identité insulaire ». Charles Zuccarelli, 45 ans, patron du MEDEF Corse, siège aussi au conseil d’administration de CM Holding.

Grande pre­mière dans la presse quo­ti­di­enne régionale papi­er – ver­ra-t-on un jour le Télé­gramme de Brest en par­tie con­trôlé par les indépen­dan­tistes bre­tons ? – elle pose néan­moins nom­bre de ques­tions, notam­ment dans la presse main­stream parisi­enne. Pen­dant ce temps, le titre corse qui a fail­li pass­er sous pavil­lon bre­ton en 2012, et que les cors­es appel­lent sou­vent Torche-Matin ou le strac­ciu (le chif­fon), reste le jour­nal local au plus fort taux de péné­tra­tion par­mi les titres locaux en France.

Rocca vs Padrona : qui choisira Corse-Matin ?

Déjà con­nu pour son duel con­tre un autre homme d’af­faire corse, Patrick Roc­ca (déten­teur des fran­chis­es Auchan et Décathlon sur l’île), François Padrona, 53 ans, est à la tête des cen­tres E‑Leclerc en Corse. Un autre duel oppose les deux hommes : la reprise de la SNCM en 2016.

En octo­bre 2017 le par­quet nation­al financier (PNF) a d’ailleurs ouvert une enquête et mené des perqui­si­tions sur les con­di­tions de la ces­sion de MCM (pro­prié­taire de l’ex SNCM) à Cor­si­ca Lin­ea et à son pool d’entrepreneurs (des hommes d’affaires cors­es ain­si qu’un trans­porteur con­ti­nen­tal, Euro­transphar­ma). Ain­si que sur le rachat par la col­lec­tiv­ité de Corse, aux mains des nation­al­istes récem­ment réélus, de deux navires de l’ex-SNCM. Corse-Matin pren­dra-t-il posi­tion dans les deux dossiers, bien embrouil­lés comme une affaire corse ? Une ques­tion qui reste pour l’heure sans réponse.

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Un rédac-chef historique contesté mais confirmé par la nouvelle direction

En atten­dant, la nou­velle direc­tion a été instal­lée. Avec comme directeur des rédac­tions Thomas Brunel­li, jour­nal­iste chevron­né débauché de Radio Corse Fre­quen­za Mora, et comme prési­dent de Corse-Presse, Antho­ny Per­ri­no, 38 ans. Ce dernier est l’héri­ti­er de la société de BTP éponyme que son père a fondé, pro­mo­teur immo­bili­er et action­naire de nom­breuses sociétés. Roger Antech est rédac­teur en chef et Antoine Alber­ti­ni (ancien de France 3 Via Stel­la, cor­re­spon­dant du Monde en Corse depuis 2004), rédac­teur en chef adjoint.

Rédac­teur en chef de Corse-Matin depuis 2009, Roger Antech voit son rôle con­fir­mé alors qu’il était au cen­tre de la « grande crise » qui a sec­oué le quo­ti­di­en en 2015. Accusé de népo­tisme, de favoritisme et d’au­tori­tarisme – ain­si que d’avoir ver­rouil­lé toute con­tes­ta­tion en offrant de bonnes places aux cadres du STC (syn­di­cat des tra­vailleurs cors­es, nation­al­iste), il s’est retrou­vé sous le feu des cri­tiques après avoir limogé Jacques Renuc­ci, directeur de la Corse votre heb­do et cadre his­torique du quo­ti­di­en. Une péti­tion a été lancée pour le soutenir, ain­si que d’autres jour­nal­istes. Roger Antech, PDG de Corse Presse, a déposé une plainte con­tre X suite, notam­ment, à cette péti­tion et aux révéla­tions sor­ties dans la presse nationale mainstream.

Débar­qué de son poste de PDG le 30 novem­bre 2016 au prof­it de Claude Per­ri­er, il était resté dans l’ef­fec­tif du titre et y tenait la chronique Sept jours en Corse. Pressen­ti pour revenir à la tête de la rédac­tion après une ren­con­tre en févri­er avec son suc­cesseur, il a effec­tive­ment fait son retour.

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Corse-Matin, porte-parole d’une « bascule générationnelle » du pouvoir en Corse

Dans les colonnes de son jour­nal, Antony Per­ri­no a brossé à grand traits son pro­jet. « La Corse est en train de vivre une bas­cule généra­tionnelle. Une nou­velle généra­tion a pris le pou­voir dans tous les secteurs : poli­tique, économique, agri­cole, dans le domaine des nou­velles tech­nolo­gies et dans bien d’autres encore. Notre ambi­tion est de don­ner une image réelle de la Corse et de ren­dre notre jour­nal plus lisible ». 

Objec­tifs : main­tenir l’im­primerie en diver­si­fi­ant ses clients, une nou­velle for­mule papi­er, un développe­ment mul­ti­mé­dia et web – et ce même si ça coûte de l’ar­gent. « Il est bien sûr impératif d’as­sur­er la via­bil­ité économique de Corse-Matin et nous fer­ons en sorte qu’elle soit au ren­dez-vous. Mais nous savons aus­si per­tinem­ment qu’il s’ag­it d’une entre­prise pas tout à fait comme les autres. Ses per­for­mances ne peu­vent pas unique­ment s’ap­préci­er à tra­vers des ratios compt­a­bles », souligne le nou­veau PDG. Nou­velle généra­tion, soit, nou­velle direc­tion aus­si, mais le ressort de l’in­vestisse­ment d’ac­teurs économiques (ou poli­tiques) dans les médias reste tou­jours le même : l’influence.

Un journal en bon état économique

La direc­tion Tapie – en l’oc­cur­rence celle de Claude Per­ri­er – a lais­sé un jour­nal en bon état. « Nous avons trou­vé une sit­u­a­tion économique qui est, sur le papi­er, proche de l’équili­bre [170 000 € de pertes annon­cées en 2017], avec des prévi­sions de béné­fices pour 2018. La pub­lic­ité se porte plutôt bien », explique-t-il encore dans une inter­view parue sur Corse-Matin. Il ébauche au pas­sage des pistes pour la nou­velle for­mule papi­er, « plus d’ar­ti­cles de fond, en pub­liant des enquêtes et en créant des rubriques con­sacrées à l’é­conomie, au développe­ment durable, à la cul­ture ». Là encore il sera intéres­sant de voir les choix que fera Corse-Matin, eu égard à ses investisseurs.

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Autre chantier prévu : réformer la dis­tri­b­u­tion : « le portage et la dis­tri­b­u­tion, tels qu’ils ont existé, sont des métiers en voie d’ex­tinc­tion. Notre objec­tif c’est de trou­ver des leviers de crois­sance pour per­me­t­tre au per­son­nel de la struc­ture de dis­tri­b­u­tion de con­tin­uer à tra­vailler. On ne dis­tribuera plus le jour­nal comme par le passé, c’est sûr ». Des pistes sont évo­quées : « des abon­nements numériques pour cer­taines zones ; utilis­er notre struc­ture pour dis­tribuer égale­ment autre chose que des jour­naux ». Des cen­tres Leclerc de Padrona aux parpaings du pro­mo­teur Per­ri­no, sans oubli­er les bateaux de Cor­si­ca Lin­ea, de nom­breuses syn­er­gies sont en effet pos­si­bles pour main­tenir Corse-Matin à flot.

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