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Pub­lié le 2 novembre 2018 | Éti­quettes : ,

Complément d’enquête de Jacques Cardoze sur France 2, haute cuisine et amalgames en série

Connaissez-vous Jacques Cardoze ? En plus de son métier de journaliste, le présentateur de l’émission « Complément d’enquête » est également cuisinier. Il vient de nous en donner une excellente preuve lors de l’émission du 18 octobre dernier.

Le magazine d'actualité présenté par Jacques Cardoze le jeudi à 23h00 sur France 2 est censé « approfondir des sujets de société aux thèmes divers au travers de plusieurs reportages ». Mais il est aussi l’occasion de donner des cours de cuisine. La recette de J. Cardoze est assez simple : prenez des ingrédients hétérogènes (néo-fascistes, survivalistes, populistes, émigrés européens). Secouez-les fortement. Vous obtenez à l’arrivée un amalgame, certes indigeste, mais 100% politiquement correct et Macron-compatible. Illustration.

Menaces sur l’unité européenne, les ingrédients

J. Cardoze a choisi un fil rouge à son émission consacrée aux « néo-fascistes » et aux « populistes » : présenter ceux qui « menacent l’unité européenne », les « extrêmes qui montent en Europe ».
Au programme de l’émission du 18 octobre, des reportages sur Matteo Salvini, sur des français ou des belges qui partent en « exil patriotique » en Hongrie, sur des survivalistes en France et enfin sur des « néo nazis » en Allemagne.
S’il était difficile de trouver un point commun entre ces différents groupes de personnes. J. Cardoze réussit l’exploit d’associer :
- un leader démocratiquement élu, qui n’a jamais remis en cause le système démocratique ;
- des nostalgiques du 3e Reich, des déguisés bas du front, dont on se demande quel risque ils font courir à l’Europe des paradis fiscaux et de la concurrence libre et non faussée ;
- des survivalistes anti-musulmans ;
- et des citoyens qui ne supportent plus le climat qui règne dans certaines parties du territoire national. Cette association aboutit à créer une « mixture » inquiétante dont on attend de connaitre les composants. Mais avant de les présenter, il importait pour l’équipe de J. Cardoze de marquer les esprits en les amalgamant.

Matteo Salvini, fond de sauce

Le journaliste relate une des premières mesures du nouveau ministre de l’intérieur italien : refuser de laisser accoster l’Aquarius sur les côtes italiennes. Selon le journaliste, « il devient l’épouvantail de l’Europe ». La voix off interroge : comment « ce personnage qui s’emploie à tout prix à donner l’image d’un citoyen comme les autres » est-il devenu l’idole des populistes ? (8e mn39) ? La musique funèbre qui fait suite à l’interrogation du journaliste laisse augurer les pires révélations. On retient des images qui suivent que Matteo Salvini multiplie les meetings et les selfies, plutôt que de travailler ses dossiers. Tout le reportage est tourné sur la personne de M. Salvini et non sur ses réalisations. Au lieu de s’attarder par exemple sur l’arrêt d’un flux migratoire qui a amené 700 000 clandestins sur le sol italien depuis 2010, le journaliste donne la parole à des personnes qui ont côtoyé M. Salvini et en ont gardé un piètre souvenir. On y apprend que le succès du « populiste italien » « en campagne permanente » viendrait de sa « voix de baryton » : son timbre « parle aux tripes » en descendant dans les graves. Elle permettrait à la Ligue de populariser « les idées les plus radicales ». On se dit que l’on a bien fait de veiller pour regarder cette émission tardive, si riche en révélations. Sans doute Cardoze a-t-il pris exemple sur Richard Heuzé qui lynche régulièrement Salvini dans Le Figaro.

Pour commenter le reportage, l’invité n’est autre que l’ancien chef du gouvernement italien Matteo Renzi, membre du Parti démocrate (centre gauche). J. Cardoze lui demande s’il fait bien partie du « camps des progressistes ». Une angoisse nous étreint : est-il vraiment dans le camp de progrès ? Nous sommes vite rassurés, il est du bon côté. Tandis que M. Salvini veut détruire l’idée de l’Europe et donner un « message contre les intérêts nationaux ». En conclusion, Matteo Renzi nous apprend qu’en particulier dans le nord de l’Italie, les entreprises ont besoin de migrants. Une information à donner rapidement aux 33% de jeunes italiens au chômage qui cherchent en vain un emploi.

Les Français et belges identitaires qui s’installent en Hongrie, cuisson à feu vif

L’équipe de Complément d’enquête nous invite ensuite à découvrir « ces français qui partent pour la Hongrie et qui quittent la France qu’ils trouvent trop communautariste ». Parmi eux, Steve et Priscilla. Pour Steve, « il y a un problème avec l’immigration, clairement ». Le journaliste a besoin d’éléments tangibles et demande s’il y a un problème à Verdun, ville où le couple vivait. Steve évoque l’agression d’une jeune femme par un migrant. Le journaliste nous précise que celui-ci n’a pas fait l’objet de poursuites judiciaires. Est-ce pour autant que les faits n’ont pas eu lieu ? Nous ne le saurons pas. Le journaliste ne s’attarde par contre pas quand Priscilla se plaint des klaxons et des sifflements qu’elle subissait à Verdun. Trop difficile à objecter peut être.

Vient le tour de présenter Frédéric et ses 3 enfants. Il a acheté un appartement dans une HLM en Hongrie. Il explique ses motivations : « je me sentais étranger chez moi ». Cardoze commente : « Frédéric n’est pas à un amalgame près : immigration = insécurité ». On voit Frédéric qui constate l’absence de jeunes qui trainent et dealent dans la « cité ». On voit également qu’il n’y a pas de graffitis et que les rues semblent propres. Des détails sans doute pour Cardoze.

Puis on passe à Elsa « qui a trouvé une terre clémente en Hongrie ». Si elle est venue en Hongrie après sa 3ème agression, c’est aussi parce qu’elle a le « fantasme d’une France envahie par les étrangers ». La recherche de sécurité physique et culturelle semble réduite pour J. Cardoze à un problème unique : elle libèrerait la parole raciste. Il s’en émeut auprès d’un Ministre hongrois, qui balaie ces allégations.

Pour mieux appuyer son argumentation, le journaliste nous fait découvrir Maurice et Christiane. Cette dernière « déborde de haine », elle affirme ainsi « je suis devenue raciste à 200% ». J. Cardoze ne cache pas que Christiane est un tantinet brouillée non seulement avec les étrangers, mais également avec ses enfants et son voisin. Comme pour mieux accentuer la caricature de ces exilés « identitaires », son chien est zoomé montrant les crocs.

Des méchants et un gentil, nappage final

Dans la continuité du reportage consacré aux « émigrés identitaires », on continue crescendo et sans transition avec… des survivalistes qui se préparent à la guerre civile. Certains membres de l’organisation qui nous est présentée ont été interpellés pour port d’armes. On pense à J. Cardoze qui accuse Frédéric de faire des amalgames.

Pour commenter la séquence aux deux sujets forts différents, un « marin sauveteur » de l’Aquarius » est invité. On commence à comprendre : les mauvais sont présentés dans les reportages, les bons sont là pour les commenter. Après quelques échanges de propos policés, J. Cardoze remercie son invité de « cette humanité que l’on voit à travers vous ». Il serait malvenu à ce stade de parler du véritable pont maritime organisé à partir de la Libye avec l’aide d’ONG et du business cynique des passeurs, comme nous vous en parlions fin octobre 2018.

On se dit que l’insécurité culturelle (voir les articles du politologue Dominique Reynié sur le sujet) de nombreux français n’a pas bonne presse à France 2. Sans doute pour mieux caricaturer les populistes, le dernier reportage est consacré à des mouvements néo nazis en Allemagne. La boucle est bouclée. Matteo Salvini et les populistes sont annonciateurs des années 30.

Cardoze devient téméraire avec son dernier invité, un « spécialiste de l’extrême droite», Nicolas Lebourg. Une information sérieuse donnée par N. Lebourg : les prisons françaises comptent 18 néo nazis et… 505 djihadistes. On a les épouvantails que l’on se choisit. Puis, il se lance : « Personne n’ose faire la comparaison avec les années 30 ». On se dit qu’il devrait lire l’OJIM pour mieux s’imprégner des éléments de langage de ses confrères conformistes. À l’image d’un récent clip gouvernemental pour les élections européennes, présentant M. Salvini comme un épouvantail, on ne sait plus si l’on a affaire à des émissions du service public de télévision ou à de la propagande grossière. Ou plutôt si, on ne le sait que trop. Et trop souvent.

Crédit photo : capture d'écran vidéo Complément d'Enquête (DR)

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