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Candidat au titre de l’article le plus ridicule de 2018, le quotidien suisse Le Temps et les migrants

3 août 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Candidat au titre de l’article le plus ridicule de 2018, le quotidien suisse Le Temps et les migrants

Red­if­fu­sion. Pre­mière dif­fu­sion le 4 juin 2018

Aimez vous les poncifs ? Les lieux communs ? L’entre soi bien confortable mais moralement (à première vue) irréprochable ? Le confort intellectuel dont a si bien parlé Marcel Aymé ? Vous devez absolument lire Éléonore Sulzer, rédactrice en chef adjointe du Temps, premier quotidien francophone suisse ainsi que ses deux reporters (leurs noms ne sont pas cités, sans doute par charité), bons candidats pour le titre envié d’article le plus ridicule de la presse francophone, édition 2018. Un papier paru le samedi 26 mai 2018. Le thème ? L’enfer en Méditerranée, via un reportage sur l’Aquarius, le bateau de MSF. Visite guidée.

Le confort suisse et la culpabilité

L’auteur de ces lignes l’avoue de suite : il aime beau­coup la Suisse et en par­ti­c­uli­er sa par­tie fran­coph­o­ne. Il aime les mon­tagnes, la pro­preté, le sens pra­tique, la sécu­rité, les vins blancs, la fon­due, la viande des grisons, les bis­es (qui ne sont pas de petits bais­ers mais des sen­tiers qui suiv­ent les nom­breux canaux d’irrigation agri­cole), la démoc­ra­tie directe, les écrivains suiss­es. Il aime moins une sorte de con­fort moral dû sans doute à une très grande prospérité. Il aime encore moins le sen­ti­ment de cul­pa­bil­ité qu’une cer­taine par­tie de ses élites (notam­ment jour­nal­is­tiques) cul­tive et essaie de faire partager aux autres Européens moins bien lotis.

L’exergue de l’article signé de la chef ressem­ble à une rédac­tion de classe de troisième, « Là-bas, le ciel est plein d’étoiles, les dauphins jouent sous la coque des bateaux ». On aurait pu ajouter en répé­tant Là-bas (la redon­dance est une fig­ure de style) « Là-bas, le soleil darde de ses rayons les flots tou­jours bleus, les mou­ettes guet­tent les restes des plai­sanciers ». Mais ne boudons pas le plaisir d’Éléonore qui n’a pu embar­quer sur l’Aquarius, lais­sant sa place à ses deux reporters, elle aus­si a bien mérité un peu de soleil, d’air marin et un souf­fle d’exotisme.

Attention aux garde-côtes libyens : danger !

Il sem­blerait que les Ital­iens se soient lassés d’encourager des cen­taines de mil­liers de clan­des­tins à débar­quer chez eux, voire d’organiser leur recueil en mer puis leur trans­port à domi­cile. Il est vrai que leur posi­tion géo­graphique n’est pas envi­able. L’île ital­i­enne de Lampe­dusa n’est qu’à une enca­blure des côtes tunisi­ennes et libyennes. Fatigués peut-être (l’Italien est impa­tient) de devoir nour­rir, édu­quer, soign­er, dis­ci­plin­er des Éry­thréens, Ghanéens, Éthiopi­ens, Ivoiriens, Séné­galais, Soudanais, Soma­lis, Ben­galis, Sri-Lankais, Tamouls, Maro­cains, Tunisiens, Algériens, Kur­des, Afghans, Gam­bi­ens, Kalmouks voire Poldèves, arrê­tons ici car la liste est trop longue. Oui, il sem­blerait – au vu des dernières élec­tions – que les ital­iens man­i­fes­tent une cer­taine las­si­tude de trop prof­iter de côtes éten­dues et ensoleil­lées, à prox­im­ité des lieux d’embarquement priv­ilégiés par les passeurs. On me dit – mais il fau­dra véri­fi­er – que la Suisse a moins de côtes donc est moins exposée à ces incon­vénients.

Donc les Ital­iens délèguent dans cer­tains cas leurs pou­voirs aux garde-côtes libyens qui sont, qui sont quoi au fait ? Des mil­i­taires qui com­bat­tent le traf­ic des passeurs ? Des fonc­tion­naires qui pro­tè­gent – on s’en doute moyen­nant quelques con­trepar­ties – les côtes ital­i­ennes de l’invasion ? Eh non, ce sont les « dan­gereux alliés de l’Europe », nous dis­ent les reporters du Temps, bien au chaud en hiv­er et bien au frais en été, dans leur chalet de mon­tagne ou leur apparte­ment de Lau­sanne. Sous enten­du, ces salauds d’Européens côtiers (mais pas les Suiss­es — plus con­ti­nen­taux — à moins que la Méditer­ranée n’ait atteint la fron­tière suisse le temps que cet arti­cle soit écrit), lais­sent faire le sale tra­vail – pro­téger leurs fron­tières et leurs pop­u­la­tions – à des sup­plétifs étrangers.

Reportage sur l’Aquarius

L’Aquarius est un bateau de 77 m (mazette !) d’une jolie couleur orange et loué (qui paie ? Soros ?) à une com­pag­nie alle­mande par Médecins sans fron­tières, MSF. Amoureux de Pon­son du Ter­rail soyez heureux ! L’auteur de Rocam­bole, de La Nour­ris­seuse d’enfants, L’enfant per­du et autres Orphe­lines a fait des émules chez nos amis suiss­es. Sans attein­dre le som­met lacry­mal de notre Pon­son nation­al, nos reporters n’ont pas peur de l’écriture émo­tive et don­nent même dans le ver (sans mau­vais jeu de mots) de mir­li­ton :

Ce soir, on sort en pleine mer/ Ce soir, on chante sous la lune/ Ce soir, je vais gueuler mes vers/ Avec mes copains de for­tune

Ah « il faut les enten­dre chanter ces marins bre­tons et ces human­i­taires off­shore ». Le marin est Bre­ton c’est enten­du, comme l’Auvergnat est mous­tachu, comme le Polon­ais boit, comme l’Italien est impa­tient (voir supra). Tout ceci, sous un « ciel rem­pli d’étoiles… La houle s’est apaisée », on est ici plus proche de Lamar­tine, O temps (pas le jour­nal, le sen­ti­ment de la durée), sus­pends ton vol et vous heures prop­ices sus­pendez votre cours (note du rédac­teur). Nous l’avons tous apprise. Les heures sont en effet prop­ices car « les pas­sagers fêtent leur sauve­tage », com­prenez l’Aquarius a fait son devoir : il ramène en Ital­ie, à ces trop peu patients ital­iens, les 105 clan­des­tins qui ont pu « pay­er les 1000 à 1500 euros de leur tra­ver­sée ».

Mais alerte ! « une navette libyenne fait de nou­veau son appari­tion », le respon­s­able « se charge de faire régn­er le calme et ordonne aux migrants de rester couchés, immo­biles », enfin « le trans­fert des 105 migrants a échap­pé aux garde-côtes. Soupir de soulage­ment à bord où réson­nent quelques applaud­isse­ments ». Nous vous épargnons la vidéo du mineur maro­cain qui danse devant les yeux émer­veil­lés des passeurs.

Passeurs et passeurs au carré

Oui des passeurs, car ce que décrit le Temps avec atten­drisse­ment, c’est bien le tra­vail de passeurs au car­ré de MSF, Sea Watch et autres Proac­ti­va Open Arms. Ces pseu­do human­i­taires sont les com­plices act­ifs des passeurs, ceux qui reçoivent « les 1000 à 1500 euros » de la tra­ver­sée. Et les core­spon­s­ables de la mort des mal­heureux qui pren­nent la mer pour le faux Eldo­ra­do européen.

Et le Temps dans tout cela ? Et la douce Eléonore ? Et ses deux reporters ? Ils font du tourisme human­i­taire, s’offrent un moment de mora­line exo­tique, sachant par­faite­ment que tous ces clan­des­tins n’arriveront pas en Suisse. Cela mérit­era un prix ou au moins un acces­sit sur le site Prav­da que veut met­tre en place Elon Musk, dont vous trou­verez les détails ici https://www.ojim.fr/elon-musk-veut-faire-noter-les-journalistes/. Souhaitons leur bonne chance.

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