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Aude Rossigneux quitte le Média, brutalité et crise de nerfs
Publié le 

27 février 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Aude Rossigneux quitte le Média, brutalité et crise de nerfs

Elle était heureuse de travailler au Média, le « média indépendant » mais tout de même très lié à Mélenchon, « parce que faire un journalisme aligné avec ses idées est une occasion qui ne se présente pas plusieurs fois dans sa vie ». Aude Rossigneux n’a pourtant pas fait de vieux os au Média, qu’elle a quitté en l’accusant de l’avoir limogée avec un « management à la Bolloré ». Le malaise est perceptible au sein du média proche de la France Insoumise. Même s’il n’y a rien d’étonnant au vu des racines idéologiques de la France Insoumise et de l’entourloupe associative autour du statut des socios (sociétaires), bons pour payer, pas pour être écoutés.

« Assom­mée » par son « évic­tion » qui la laisse « en état de sidéra­tion », selon sa tri­bune libre pub­liée par le média Élec­tron libre [où Xavier Niel a investi] Aude Rossigneux dénonce la « bru­tal­ité » du traite­ment qui lui a été réservée. Elle que Le Média est allée chercher comme « femme de la sit­u­a­tion » pour « aller au char­bon chez les con­frères plus ou moins bien dis­posés, pour présen­ter et défendre le pro­jet ». Elle décrit une équipe « pas loin du du burn-out » avec plusieurs arrêts de tra­vail et un traite­ment « pas exacte­ment con­forme à l’idée que cha­cun se fait d’un ‘man­age­ment’ de gauche. Une bru­tal­ité qui serait peut-être un sujet pour ‘Le Média’ si elle était le fait d’un Bol­loré ».

Les « Socios » spectateurs

Le malaise chez les socié­taires et spec­ta­teurs du Média est per­cep­ti­ble ; on leur avait promis qu’ils seraient au cœur du dis­posi­tif, ils se retrou­vent en spec­ta­teurs con­sternés de déci­sions peut-être con­testa­bles et surtout forte­ment autori­taires. Plutôt style Mélen­chon que comité citoyen. Cer­tains sont assez vio­lents dans leur réac­tion : « pour être dif­férents des autres médias, pour se démar­quer des magouilles cap­i­tal­istes, pour prou­ver que nous sommes meilleurs, sol­idaires, démoc­rates, opposés au man­age­ment des pré­da­teurs cap­i­tal­istes ou des machines à broy­er stal­in­i­ennes, la patronne Chikirou se bol­lorise sans ver­gogne, impose un licen­ciement bru­tal, sans con­sul­ter les socios, sans dire un mot, avec le sou­tien maoïsant et silen­cieux du freud­iste de ser­vice [Gérard Miller]. Per­so, je me retire », réag­it ain­si l’un d’eux.

Le Média accuse Aude Rossigneux d’incompétence et de dirigisme

Du côté de l’équipe, on laisse plan­er des dif­fi­cultés d’or­gan­i­sa­tion, notam­ment au niveau du JT. Gérard Miller pré­ci­sait à Libéra­tion : « Elle était jour­nal­iste, comme les autres. On voulait aus­si, dès le début, une présen­ta­tion tour­nante du JT. On lui a dit, au bout d’un mois, qu’il fal­lait réor­gan­is­er la for­mule. Elle ne voulait pas faire autre chose ». Plusieurs jour­nal­istes du Média (Gérard Miller, Vir­ginie Cresci, Yanis Mham­di, Théophile Kouamouo) ont défendu leur direc­tion dans les autres médias et sur Twit­ter et dénon­cent notam­ment le par­al­lèle avec le man­age­ment à la Bol­loré, jugé « infâme » par le pre­mier.

Dans une let­tre « con­fi­den­tielle » aux socios, les trois con­fon­da­teurs du Média, Sophia Chikirou, Hen­ri Poulain et Gérard Miller, « sous le choc d’au­tant de déloy­auté » étab­lis­sent leur ligne de défense. En com­mençant par charg­er les autres médias : « Imag­inez la délec­ta­tion de tous les médias de TF1 à BFMTV, du Parisien au JDD, d’Europe 1 à Radio France ! Imag­inez leur plaisir de répan­dre sans rien savoir de la réal­ité, une « infor­ma­tion » qui charge ain­si Le Média : « Voyez, ils sont aus­si pour­ris que nous ! » — c’est bien, en sub­stance, ce que ces médias racon­tent en boucle depuis hier ».

Aude Rossigneux obligeait « une jeune journaliste à faire son travail »

Pre­mière­ment, Aude Rossigneux était pour eux en péri­ode d’es­sai, qui vise à véri­fi­er les com­pé­tences, la moti­va­tion, l’im­pli­ca­tion du salarié et sa capac­ité à tra­vailler en équipe. Or, « nous avons relevé énor­mé­ment de lacunes, de lim­ites depuis les pre­miers jours. Nous avons même publique­ment défendu Aude face aux moqueries des jour­nal­istes issus des mêmes médias qui aujourd’hui font sem­blant de la plain­dre », relèvent les trois co-fon­da­teurs. Ils revi­en­nent aus­si sur les cafouil­lages autour du JT : « son con­trat de tra­vail prévoit la réal­i­sa­tion de sujets de reportage, la rédac­tion de  « fil d’infos » mais ni la rédac­tion en chef ni la présen­ta­tion du jour­nal ! Ce sont des rôles qu’elle a revendiqués con­tre l’avis général ». La défense enfon­cerait presque Le Média : une cabale col­lec­tive a‑t-elle eu rai­son d’Aude Rossigneux… comme cela arrive dans les autres médias ?

Ensuite, suiv­ant le proverbe selon lequel qui veut tuer son chien l’ac­cuse de la rage, suit une longue litanie de griefs. Ain­si, con­tre la « bru­tal­ité » du man­age­ment, les cofon­da­teurs opposent des pra­tiques dirigistes voire paresseuses de l’intéressée : « nous n’étions pas d’accord avec le fait qu’elle ait « obligé » une jour­nal­iste plus jeune à devenir son assis­tante per­son­nelle et à faire son tra­vail. Nous n’étions pas d’accord avec le fait qu’elle n’ait  jamais rédigé un seul arti­cle, ni jamais réal­isé un reportage ».

Et ce alors qu’elle aurait été choyée : « recrutée en jan­vi­er 2018 par Le Média, elle a obtenu le salaire le plus élevé, plus du dou­ble du salaire d’un jeune salarié. Elle a tra­vail­lé 4 jours par semaine. Elle était quo­ti­di­en­nement aidée par ses col­lègues pour assumer la seule tâche de « présen­ta­tion » du Jour­nal quand ces mêmes col­lègues réal­i­saient de nom­breuses tâch­es comme rédi­ger des arti­cles, réalis­er des reportages, men­er des inter­views, ani­mer des émis­sions ».

Pour Le Média, jamais il n’a été demandé à Aude Rossigneux de quitter l’aventure

Pour les cofon­da­teurs du Média, « c’est le plus incroy­able du mail d’Aude, il ne lui a pas du tout été demandé de quit­ter Le Média ». Mais la défense offi­cielle pêche par un détail : « l’annonce de notre volon­té de met­tre fin à son con­trat de jour­nal­iste a eu lieu le lun­di 19 févri­er à 9 heures : durant deux heures, nous avons dis­cuté avec elle et lui avons pro­posé d’animer deux émis­sions sur le thème de son choix ». « Met­tre fin à son con­trat de jour­nal­iste »… si ce n’est pas une fin de con­trat, ça y ressem­ble beau­coup même si on lui pro­pose d’animer une émis­sion san­té à titre de con­so­la­tion.

Au pas­sage, Le Média affirme que les arrêts-mal­adie des salariés ne sont pas con­sé­cu­tifs au burn-out et encore pire dû pour l’un d’eux à Aude Rossigneux elle-même : « l’une des salariés a été arrêtée pour une « infec­tion pul­monaire», l’autre a dû être arrêtée suite à un inci­dent lié directe­ment à Aude (et dont on ne peut par­ler ici) et le troisième a déclaré un arrêt mal­adie après un décès dans sa famille ».

Con­clu­sion des cofon­da­teurs du Média : « en con­clu­sion, nous ne regret­tons absol­u­ment pas cette déci­sion. La suite nous con­firme qu’il était temps de percer l’abcès ». Le man­age­ment coopératif ne sem­ble pas à l’épreuve des dif­férents egos, illus­trant par là un con­flit du tra­vail somme toute clas­sique et banal. Pen­dant ce temps là, on ne par­le pas des audi­ences, qui ne décol­lent pas vrai­ment, comme le remar­quent – mal­gré l’ab­sence de chiffres offi­ciels – les socios. Encore eux. Les audi­ences sont même en forte baisse, de 50.000 à 15.000 vues en moyenne sur YouTube, relève L’Obs.

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