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Aude Lancelin allume la presse mainstream

13 août 2017

Temps de lecture : 3 minutes
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Aude Lancelin allume la presse mainstream

13 août 2017

Temps de lecture : 3 minutes

[Red­if­fu­sions esti­vales 2017 – arti­cle pub­lié ini­tiale­ment le 08/04/2017]

Dans un entretien fleuve à Vice France, Aude Lancelin tire à boulet rouge sur la presse française, et particulièrement sur cette presse « de gauche » qui n’en a plus que le nom.

En mai 2016, alors qu’elle était direc­trice adjointe de la rédac­tion de L’Obs, celle-ci avait été licen­ciée bru­tale­ment, payant ain­si ses posi­tions bien mar­quées (à la gauche de la gauche, dirait-on pour aller vite) et sa prox­im­ité idéologique avec des intel­lectuels rad­i­caux, tels qu’Alain Badiou, Jacques Ran­cière, ou encore Frédéric Lor­don, son com­pagnon. Depuis, elle a sor­ti un livre, Le Monde Libre (édi­tions Les Liens qui Libèrent) dans lequel elle allume cette presse de gauche dev­enue « esclave du Marché ».

Pour Vice France, Aude Lancelin étaye ses cri­tiques. Tout d’abord, elle s’é­tonne d’être accusée, en tapant sur la pro­fes­sion, d’avoir fait preuve de « manque de con­fra­ter­nité ». « Si vous êtes char­cuti­er, devez-vous vous sen­tir sol­idaire d’un con­frère qui met­trait de la viande avar­iée dans ses sauciss­es ? », s’in­ter­roge-t-elle. Or ce qu’elle dénonce est bien plus pro­fond qu’une sim­ple rancœur.

Pour elle, la presse fait aujour­d’hui face à un nou­veau dan­ger, venu avec un nou­veau type d’ac­tion­naires. Ter­miné les Her­sant et autres Das­sault, qui rachetaient des titres pour soutenir tel ou tel camp. Désor­mais, les action­naires et pro­prié­taires sont de rich­es affairistes, venus gér­er un jour­nal comme une entre­prise com­mer­ciale. En témoigne le pro­fil des cadres pro­mus dans leurs titres : des man­agers, employ­ant un vocab­u­laire com­mer­cial et priv­ilé­giant « l’idéolo­gie man­agéri­ale aux con­tenus ». « On a tout à fait quit­té l’u­nivers d’Al­bert Lon­dres », plaisante-t-elle.

Une propagande plus insaisissable

Et n’allez pas croire que cette démarche est dépourvue de toute idéolo­gie, bien au con­traire. « Il ne s’ag­it plus de s’of­frir un titre pour soutenir tel ou tel camp, on est passé à un autre âge de la pro­pa­gande, plus insai­siss­able, plus dan­gereux par con­séquent », explique la jour­nal­iste. Désor­mais, il s’ag­it « d’im­pos­er une vision libérale du monde ». Une stratégie qui, pour­tant, ne porte pas ses fruits. Car « le jour­nal­isme dépoli­tisé, liq­uide et ultra-con­nec­té est un véri­ta­ble naufrage économique ».

Plus loin, Aude Lancelin revient sur le Décodex, ce nou­v­el out­il lancé par Le Monde pour « labélis­er les sources d’in­for­ma­tion ». Et de s’in­ter­roger : « Com­ment les jour­nal­istes d’un groupe appar­tenant à deux mil­liar­daires issus du luxe et des télé­coms et un ban­quier d’af­faires peu­vent-ils se penser bien placés pour décern­er des points de bonne con­duite intel­lectuelle à qui que ce soit ? » Car en effet, au Monde comme dans les autres grands titres de presse, « il y a une pen­sée autorisée, et une pen­sée inter­dite. C’est du mac­carthysme au sens le plus clas­sique du terme ». Et ceci est sans par­ler du niveau intel­lectuel des jour­nal­istes actuels. « Les jour­nal­istes chargés de met­tre en place le Décodex ont-ils le cadre intel­lectuel suff­isant pour déter­min­er ce qu’on a le droit ou non de penser sur des sit­u­a­tions aus­si mou­vantes et com­plex­es que celle qui règne aujour­d’hui en Syrie ? », se demande Lancelin.

Tout peut s’effondrer très vite…

Au final, le com­bat idéologique assumé a été rem­placé par un autre com­bat, rad­i­cal mal­gré ses apparences de neu­tral­ité. « Un phénomène poli­tique comme Emmanuel Macron est l’é­ma­na­tion poli­tique directe de cette presse-là, pré­ten­du­ment neu­tre et “objec­tive”, ni-de-droite-ni-de-gauche, mais qui mène en réal­ité des opéra­tions idéologiques très agres­sives », ajoute-t-elle.

Fort heureuse­ment, c’est un phénomène qui ne va pas dur­er. « Nous appro­chons du moment de rup­ture, tout peut s’ef­fon­dr­er très vite. Comme je vous l’ai dit, économique­ment par­lant, ça ne marche pas ! », répète Lancelin. Cette affir­ma­tion pour­rait pass­er pour une spécu­la­tion sans fonde­ment, mais les chiffres sont là. Et l’élec­tion récente de Don­ald Trump en dépit de l’a­gres­siv­ité de la qua­si-total­ité de la presse améri­caine est là pour nous le rap­pel­er… Non seule­ment la pro­pa­gande ne passe plus, mais le mod­èle économique s’ef­fon­dre. Par­tant de là, les entre­pris­es dés­espérées comme le fut le Décodex sont à regarder d’un œil nou­veau ; comme la fin d’un monde.

Voir notre portrait d’Aude Lancelin et notre dossier sur le Décodex

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