Observatoire du journalisme (OJIM)

Vice Media ferme son bureau en France

La rédaction de l'OJIM 2 mars 2023 Temps de lecture : 3 min
Le Vice coûte cher
Le Vice coûte cher

Quinze ans, c’est l’âge de l’adolescence perturbée. C’est parfois un moment qui clôt un cycle, comme Vice France qui va disparaître à cet âge au printemps 2023, sans regrets de notre part.

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Non, nous ne lancerons pas dans un débat sur le rude combat du vice et de la vertu. Plus prosaïquement, nous évoquerons le groupe américain de médias Vice qui vient de lever 250 millions…

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Une Histoire de Vice

Né en 1994 à Montréal, Voice of Montreal, est racheté par ses rédacteurs en 1996 et rebaptisé Vice. Grâce à Rupert Murdoch et Disney (ce dernier y investit 40M€), la société rachète des chaines de télévision, des agences de publicité, lance un fil d’informations en continu, Vice News et un label musical. Après un déménagement à New York, le groupe lance sa chaîne de télévision payante en 2016. Matthieu Pigasse s’associe à Vice dans Vice France qui ne connaît qu’un succès très mitigé.

Un style mou et putassier

Désolés de la crudité du terme, mais voyons comment nous parlions de Vice dans un article qui date de 2015 :

« Le vivre ensemble mou + le brand content = Vice. Le brand content c’est notre vieille publicité rédactionnelle peinturlurée moderne. Les marques paient les articles qui font vendre leurs produits. Le vivre ensemble mou c’est le vieux fond de la doxa conformiste.
Comme il est nécessaire d’attirer les jeunes, Vice glorifie tout ce qui est branché. Le magazine a inventé un ton, entre sérieux, branchitude et ironie, écrit Libération : diverses catégories d’informations qui se confondent dans une critique gentille et tolérante, où tous les journalistes communient autour d’une pensée crépitante et enferment dans un cachot quelques pitres de l’ancien temps sur lesquels on crachera aux fêtes sacrées du vivre ensemble… pour venir s’y mirer érotiquement jusqu’à ne plus aimer que soi ».

Des pertes et Soros en renfort

En 2017, le fondateur Shane Smith est accusé de harcèlement sexuel, il est remplacé en 2018 par Nancy Dubuc qui licencie 15% du personnel. Après 50M$ de pertes en 2017, le groupe est de nouveau déficitaire en 2018. Début 2019, un groupe d’investisseurs, mené par un des fonds de George Soros, remet 250M€ au pot. Matthieu Pigasse avait investi dans Vice France, via sa holding médias, LNEI, lui permettant de lancer sa chaîne de télévision française.

Fin de partie en France

En petite forme, Vice TV France avait cessé d’émettre fin 2021. La fin de partie a été annoncé par le rédacteur en chef de la filiale française, Paul Douard, entraînant 30 licenciements :

« Triste de l’écrire, mais c’est la fin de VICE France. Le bureau va fermer d’ici fin mars. 15 ans d’existence d’un média fabuleux qui m’aura donné ma chance il y a 10 ans. Fier d’en avoir été le rédacteur en chef pendant 5 ans, accompagné de personnes super».

Si la holding centrale était évaluée entre 5 et 6 milliards de dollars en 2017, elle serait à vendre pour moins de 1,5 milliards de dollars en 2023. À ce prix personne n’en veut et le départ surprise de Nancy Dubuc, à la tête de l’entreprise depuis 5 ans, n’est pas très  bon signe.

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