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Allemagne : des journalistes issus de l’immigration accusent de racisme les médias

20 décembre 2020

Temps de lecture : 4 minutes

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Allemagne : des journalistes issus de l’immigration accusent de racisme les médias

Allemagne : des journalistes issus de l’immigration accusent de racisme les médias

Nous reprenons un article de notre confrère germanique Junge Freiheit du 9 décembre 2020. Le magazine Der Spiegel (“Le miroir”) dispose de sa chaîne YouTube où ils diffusent entre autres des reportages sur la criminalité organisée et l’immigration, provoquant la réaction des journalistes immigrés. Certains intertitres sont de notre rédaction.

« Nouveaux acteurs »

« Les Nou­veaux acteurs des médias alle­mands, ou NdM, ont accusé Spiegel TV, la chaîne de pro­grammes sur YouTube du péri­odique nation­al Der Spiegel, de pro­duire des reportages racistes et défor­més et lui ont décerné le prix, négatif, de la « Pomme de terre d’or ». Cette asso­ci­a­tion de per­son­nes issues de l’im­mi­gra­tion a invo­qué les reportages du Spiegel TV sur les récents crimes de clan comme rai­son : “Les reportages sur le crime organ­isé dans les médias alle­mands, en par­ti­c­uli­er sur Spiegel TV, sont défor­més, stig­ma­ti­sants et racistes”, indique NdM dans son mes­sage accom­pa­g­nant le prix.

Spiegel TV aurait réduit ses reportages sur le crime organ­isé prin­ci­pale­ment aux clans, don­nant l’im­pres­sion que « les asso­ci­a­tions de type mafieux en Alle­magne sont prin­ci­pale­ment des familles arabes ou gitanes ». Alors que l’Of­fice fédéral de la police crim­inelle n’im­put­erait que 8% du crime organ­isé aux clans.

« Selon Spiegel TV l’Allemagne som­bre dans le crime, de soi-dis­ant clans diri­gent des villes entières et l’É­tat, faible, est impuis­sant face à cette évo­lu­tion. Cela n’a rien à voir avec la réal­ité », se sont indignés les jour­nal­istes de NdM. Les déc­la­ra­tions des policiers seraient égale­ment accep­tées sans réserve et leur manière de tra­vailler ne serait pas sur­veil­lée correctement.

Pauvre Spiegel

Les reportages du Spiegel TV seraient :

Racistes. Car, selon NdM, dans ces reportages le racisme n’ap­pa­raî­trait générale­ment que sous la forme d’ac­cu­sa­tions sans fonde­ment. Le fait que les gitans et les per­son­nes d’o­rig­ine arabe soient exposés au racisme serait rejeté comme une sim­ple affir­ma­tion pro­tec­trice ne ser­vant qu’à détourn­er l’at­ten­tion du com­porte­ment crim­inel. Une par­tial­ité en elle-même raciste.

Stig­ma­ti­sants. Par ailleurs, tou­jours selon NdM, tout mem­bre d’une famille por­tant un nom sus­pect serait qual­i­fié de crim­inel dans les rap­ports. Les « bars à chicha » (lieux où l’on fume le nar­guilé) seraient décrits comme des lieux sus­pects où les crim­inels se ren­con­trent. De nom­breux restau­rants et mag­a­sins de migrants seraient filmés et accom­pa­g­nés de com­men­taires menaçants sur les « sociétés par­al­lèles », bien que les com­merçants n’aient aucun rap­port avec le crime.

Uni­latéraux. Les mêmes experts don­neraient tou­jours le ton, sans nuances.

Indif­féren­ciés. NdM tou­jours : qu’il s’agisse de pour­suites en voiture, de bruit dans les hôpi­taux, de vente de tabac au noir dans les bars ou de park­ing en dou­ble file, tout com­porte­ment peu glo­rieux de per­son­nes d’o­rig­ine arabe serait sou­vent lié par réflexe au «crime de clan» sans aucune justification.

Général­isants. Enfin, d’après ces mêmes jour­nal­istes, le terme « clan » appa­raî­trait dans les médias alle­mands exclu­sive­ment ou presque, en rap­port avec des familles arabes ou gitanes — en rela­tion avec la crim­i­nal­ité. En revanche, cer­taines familles liées pour affaires se ver­raient rarement attribuer ce terme : per­son­ne ne par­lerait du clan Aldi, par exemple.

Cepen­dant, la cri­tique ne s’ap­plique pas seule­ment à Spiegel TV. Les reportages d’autres médias sur les crimes de clan, tels que ceux de RTL par exem­ple, ou du Nou­veau Jour­nal de Zürich pour ne pas don­ner ici la longue liste des médias sup­posés offen­sants, sont aus­si pris dans le col­li­ma­teur de NdM. Spiegel TV ne mérit­erait le prix que pour avoir sur­passé de nom­breux médias dans le genre négatif.

Pomme de terre en or

L’an dernier, plusieurs émis­sions de la radio du ser­vice pub­lic avaient été sélec­tion­nées pour la « Pomme de terre d’or », les patrons d’émis­sions ayant, tou­jours selon NdM, à plusieurs repris­es per­mis aux extrémistes de droite et aux racistes de s’exprimer.

Le racisme serait traité comme nor­mal et les représen­tants des minorités eth­niques et religieuses seraient rarement invités dans les émis­sions. Un « manque de diver­sité » selon NdM.

L’an­née précé­dente, la « Pomme de terre d’or » avait été décernée au péri­odique Bild pour “manque d’ob­jec­tiv­ité, pour préjugés et tac­tiques de peur en ce qui con­cerne les thèmes de l’in­té­gra­tion, de la migra­tion et de l’asile, de deux poids deux mesures dans les rap­ports sur les per­son­nes avec et sans orig­ine migra­toire et pour une vision forte­ment eth­no­cen­trique de notre société d’im­mi­gra­tion et de ses défis”.

NdM a aus­si attiré l’at­ten­tion en se procla­mant gar­di­en de la langue alle­mande, dic­tant aux jour­nal­istes des autres médias com­ment ren­dre compte de la crise de l’asile. Ain­si, à la place de «vague de réfugiés», il faudrait selon eux écrire «arrivée de migrants», au lieu de «deman­deur d’asile» plutôt «réfugié». Et pour les per­son­nes issues de familles immi­grées, le terme «diver­sité cul­turelle» serait recommandé.

L’as­so­ci­a­tion est égale­ment financée par les fonds publics. Elle a reçu plus de deux mil­lions d’eu­ros du gou­verne­ment fédéral ces dernières années. »

La liste des signataires

Mohamed Amjahid, Die Zeit, Berlin
Erkan Arikan, Deutsche Welle
Mo Asumang, Berlin
Dr. Mehmet Ata, Medi­en­di­enst Inte­gra­tion, Berlin
Fer­da Ata­man, Der Spiegel, Berlin
Gökalp Babay­iğit, Süd­deutsche Zeitung, München
Murad Bayrak­tar, WDR, Düs­sel­dorf
Mar­co Berto­la­so, Deutsch­land­funk, Köln
Gök­sen Büyük­bez­ci, ntv, Köln
Dr. Car­men Col­i­nas, SWR, Frank­furt
Daniel Drep­per, Buz­zfeed, Berlin
Sineb El Mas­rar, Berlin
Kathrin Erd­mann, NDR, Tokio
Fer­dos Foru­das­tan, Süd­deutsche Zeitung, München
Tabea Grzeszyk, host­wirter, Berlin
Eren Güvercin, Qua­natara, Lev­erkusen
Hadi­ja Haruna, HR, Frankfurt/Main
Dun­ja Hay­ali, ZDF, Berlin
Diana Hodali, Deutsche-Welle-Akademie, Köln
Kemal Hür, Deutsch­landra­dio, Berlin
Dr. Ranty Islam, Deutsche Welle, Berlin
Ian P. John­son, Deutsche Welle

Melisa Karakus, renk, Berlin
Esra Karakaya, FUNK, Berlin
Chris Köver, netzpolitik.org, Berlin
Iva Krtal­ic, WDR, Köln
Veron­i­ca Lal­eye, NDR, Ham­burg
Loay Mud­hoon, Quantara.de, Köln
Nkechi Madubuko, 3sat, Mainz
Mal­colm Ohan­we, BR, München
Gülseren Ölcüm, FUNK, Bre­men
Prasan­na Oom­men-Hirschberg, Köln
Mil­tiadis Oulios, Köln
Khue Pham, Die Zeit, Ham­burg
Prof. Ulrich Pät­zold, Dortmund/Berlin

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